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Archive for 20 décembre 2009

Je n’arrive pas à choisir entre une bétaillère moderne et la nouvelle virginité
(Eurostar 0 – Pie XII 1)

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Moi, je vis ici, dans un coin vierge et désert de ma tête – entre rediffusion de la veille et images inertes – au second étage d’un tout petit musée trop usé pour recevoir des visiteurs attendus depuis toujours. Lui dans son costume repassé, dépassé, il a l’impression de se laisser partir tout en restant ici-bas. Plus personne ne bouge, mais les ambulanciers passent pour un oui et pour un nom !

Avant une ultime représentation et de prendre enfin une pause définitive bien méritée sur un brancard, il subsiste en lui un peu d’air confiné, recyclé et parfois quelques mots articulant des phrases qui restent lettres mortes sur un lit solitaire. Et je les guette ces confessions anonymes orphelines de trop de faux départs, ces derniers morceaux de vie, de vous chuchotés péniblement à qui peut bien les entendre.

Lui n’avait pas encore rétrocédé son dernier juron antidaté, son dernier verdict approximatif tant la mélancolie de cet hiver qui ne s’en va plus et les remords qui n’appartiennent qu’à celle ayant disparu le plaquent à même le sol, quitte à prendre racine avant de ne faire qu’un avec lui. Moi, je suis son assistant dans la mort. Aucun de nous ne le dit mais c’est tout comme. On se regarde soit pour qu’il se souvienne, sois pour que je m’imagine.

Je cherche la magie des gens là où elle s’arrête pour bien des choses, au moment où la quiétude reprend ses droits avant le tunnel sous la manche immaculé et le comité de bienvenue du Jesus Club’s. Cependant, pour faire rêver le peuple – les vivants et avec les moyens du bord – vous pouvez habilement présenter un mensonge insoutenable pour une promesse sans garantie ou clamer à la face du monde que tout est illusion, mais qu’il doit s’y accrocher farouchement afin qu’elle continue de plus belle. Le tout payable en 3 fois. A vos téléphones chers clients !

Je veux bien me dire en voyant le monde entier s’activer que la vie, la vraie, c’est faire des trucs ou tout du moins le prétendre avec suffisamment de désinvolture pour intéresser le quidam à notre peau de chagrin. Je préférerais connaître les dessous du spectacle plutôt que d’en faire partie, mais l’industrie humaine – des cours de récréation au crématorium – offre peu de répit à ceux qui ne dansent pas avec la meute.

Je suis entouré par trop de sagesse pour m’en rendre compte et pour cause, dès lors qu’elle bave à ses dépens, qu’elle radote pour mieux se remémorer, qu’elle grogne pour trouver des coupables au lever du lit, je la suspecte d’une de ces sénilités qui ravissent les simples et les saints d’esprits. Mais lui, il m’en donnait sans jamais en récupérer, elle ne lui était plus d’aucune utilité.

Lui lorsqu’il n’arrivait plus à pleurer, il se mettait à parler sans trouver d’excuses, ni de si et encore moins de peut-être, car la fatalité n’a que peu d’intérêt dans la bouche d’un enfant, mais dans les yeux d’un vieillard… Je gardais ça et le reste au fond de moi pour commencer à me tricoter une mémoire digne de ce nom, digne de son nom !

Le silence, quel mode de communication singulier. Il est idéal tant qu’on ne connaît pas l’identité de l’autre, c’est quelque chose d’impalpable et d’universel qui ne se retranscrit qu’après la disparition de l’un des protagonistes. Son camion à lui, il empestait les cigarettes qu’il collait machinalement à ses lèvres, ça c’était son histoire ordinaire, je m’en souviendrai jusqu’à ce que je puisse la donner aussi.

Je ne l’ai pas vu partir le soir en question. A un moment donné, il était là à prendre sa part du temps et l’instant d’après plus rien, la fin, le vide. Il n’a pas voulu me prévenir de peur de me dire au revoir comme à tous les autres, ceux qui nous traversent et que l’on effleure, des morceaux de nous un peu de partout, que l’on ne revoit jamais pour continuer à vivre ailleurs. Puis les choses ont repris leur cours en attendant que ce soit un jour mon tour.

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