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Je n’arrive pas à choisir entre la télécommande et la télékinésie
(Pragmatisme 0 – fainéantise 1)

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Je ne me rappelle plus si la télévision est devenue n’importe quoi à partir du moment où l’on pouvait y voir n’importe qui, ou l’inverse.

Heureusement que le poste est là pour attester des instants de transition où les hommes transforment leurs côtés sombres en vitrines alléchantes.

Il fut un temps où le téléviseur déterminait le jeu social, à présent il l’articule, depuis que le vedettariat est à portée de tous en un claquement de doigts, en un click il est devenu une profession de foi.

Enfant, je me disais qu’il y avait Dieu au-dessous de ma tête pour entretenir une certaine terreur républicaine et la télécommande en guise de libre arbitre.

Mais, dans une époque absurde, quoi de plus normal que les dealers de morale et d’humanité croupissent dans un anonymat sans public – hors guerres et catastrophes naturelles – et que nos plus bas instincts érigent la scatologie à l’état de religion ?

Je me suis souvent interrogé durant mes heures de colle sur l’utilisation correcte de la Bible, j’ai fini par admettre qu’elle était le chaînon manquant entre le code pénal et une campagne publicitaire.

Le manque potentiel engendre inexorablement un sauveur providentiel, fût-il la dernière cuisine équipée ou du papier hygiénique.

Avant que les écrans ne deviennent des tribunes passives pour la pédophilie, j’ai perdu le goût de l’irrémédiable.

Quand la télévision a fait du public son spectacle, il ne lui restait plus qu’à vendre des nombrils.

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J’étais donc là, amorphe, au sommet de mon art, pris en flagrant délit de téléphagie sur un canapé s’effondrant en temps réel, entouré de papier peint couleur HLM et de la moquette du locataire précédent, le cable était enfin dans les moyens de ceux qui n’en possédaient pas.

J’avais plus la télévision dans la tête que la tête devant la télévision.

Entre un mauvais épisode d’X-Files sur la mythologie de la connerie populaire et Yo ! MTV raps avec son cortège de mythomanes parlant vrai, je me donnais parfois bonne conscience en regardant le Jean Edern’s Club, tout en lorgnant sur la montagne de devoirs dont la logique prévisible me préparait à l’usine, et que je ne faisais donc pas, eux qui trônaient sur mon sac à dos fétiche made in china, avec un logo américain.

Je vivais quelque part entre l’exception culturelle et la mondialisation bon marché.

Chut, la télé parle, la séance de name dropping pouvait commencer et malheur à celui qui ne maîtrisait pas une référence, un silence trop éloquent ou certaines absences dans la lueur des yeux étaient un motif d’élimination cathodique.

Cher ami censeur de l’industrie culturelle et faiseur de bien pensance sur mesure avant la télé-réalité accompagnée de son voyeurisme universel et de son exhibitionnisme d’époque, les émissions littéraires avaient tué le ridicule !

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J’avais 13 ou 14 ans, la littérature ne m’intéressait guerre, mais des sexagénaires en plein clash à coup d’invectives vouvoyées, criant de tout leur sphincter, le côlon au bord de l’implosion et qui, pour un oui ou un non, voulaient en découdre au nom de l’humanité, de la décence, de la France ou simplement pour avoir un avis gratuit, eux, arrivaient à stimuler ma passion pour l’accompagnement de fin de vie.

La bizarrerie était suffisamment étrange pour que je finisse par écouter ce qui se disait entre les séquences d’insultes, enfin, comme dans un bon disque de rap.

Entre Charles Bukowski et Old Dirty Bastard mon cœur balance, toujours.

Des empoignades de canapé, il en existait de toute sorte de la Duchère à St Germain, à ce détail près qu’à la Duchère, on ne se serait jamais amusé à balancer dans les airs un livre acheté avec les 3-8.

On l’aurait mangé, certes, vers le 15 du mois avec un bouillon, mais c’est tout.

Cela doit être dû à la pénibilité ou à l’apesanteur.

Si j’ai bien saisi les ressorts qui animent cette farce entre amis, mieux vaut s’en prendre à ce que fait quelqu’un plutôt qu’à ce qu’il est.

Un groupe de gens se faisant la guerre poliment, pourquoi pas, mais ma chère éducation nationale – républicaine sous tout rapport et laïque selon son bon plaisir – m’a toujours claironné, martelé, vociféré que les livres c’était sacré, et le sacré dans ce pays…

Que la télévision possède un pouvoir de coercition afin de ridiculiser les choses importantes, soit, mais que celle-ci puisse arriver à nous faire croire que rien n’a de sens ? Non !

Alors, le jour où j’ai vu l’une de ces prostates sur pilotis balancer un bouquin dans les airs en stipulant que c’était de la merde, pour moi la messe était dite.

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Il me fallait impérativement un début d’explication – avant de brûler une voiture ou devenir nihiliste – je décidais donc d’en parler avec la personne la plus lucide du corps enseignant dans mon collège : le concierge.

Il était à la fois la colonne vertébrale et laissé pour compte dans cette garderie.

Evidement, vous allez me dire que j’aurais dû aller voir mon professeur de français, mais franchement, une personne qui boit un pichet de Côtes du Rhône à chaque déjeuner, qui laisse sa boite de Xanax à portée de vue et, surtout, qui vit en plein fantasme Ferryien dans une ZEP, je ne pouvais en aucun cas lui parler du ridicule et encore moins de la dérision.

Celui ou celle qui a appris la vie dans un livre, périra par ses élèves.

Il fallait que j’explique mon affaire à Gérard, le concierge, la cinquantaine, les dents bien entamées par les Gauloises et l’haleine qui va avec, le visage suffisamment boxé pour justifier son vécu, son abdominal sculpté par la bière moulait son uniforme, des tatouages de la guerre d’Algérie sur les avant-bras, les mains pétries par une femme dépressive, deux enfants en prison et les ongles noirs de vingt ans de bons et loyaux services à ramasser la merde de l’avenir supposé de la nation.

Il n’avait rien à perdre puisqu’il avait compris tôt qu’il n’y a rien à gagner, alors il se faisait un plaisir d’assener quelques vérités à qui le croisait dans un couloir – écrivains craintifs misant plus sur la sécurité de l’emploi que sur leur talent et racailles tiers-mondistes chaussant 1000 francs de misère sociale – il était donc l’homme de la situation.

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« – Alors p’tit, c’est quoi ton truc crucial à régler aujourd’hui ?

Un problème de main droite ? Une méthode d’intimidation à l’attention des nouveaux profs ? Un plan d’évasion avant la prochaine chasse à l’homme ?

Non, c’est un vrai problème ce coup-ci, apparemment, rien à voir avec les cons qui viennent ici parce qu’on leur a dit d’y aller ou ceux qui sont payés pour le faire bêtement.

Tu m’as l’air encore plus perdu que le jour où tu as découvert les Monty Python. »

Nous, nous sommes assis dans un angle mort de la cour entre les grillages vert bouteille et un morceau de mur lézardé, il a sorti une bière tiède, il l’a décapsulé puis me l’a tendu – c’était ma première gorgée de poison – il a soulevé son béret gris sale, s’est gratté le front frénétiquement, a expiré de tout son coffre en une fois, m’a souris comme pour se donner du courage et m’a demandé de vider mon sac, calmement si possible.

Le mois d’août avait l’habitude d’arriver en mai dans la cuvette lyonnaise, une chaleur de plus en plus étouffante anesthésiait mes envies d’autodestruction.

Je lui résumais brièvement mon tourment du dimanche après-midi, la télé, Dieu, les livres, les vieillards incontinents, la culture, le spectacle et l’argent, tout en voyant défiler à vive allure les moutons réagissant instinctivement à la même sonnerie heure après heure.

Gérard m’a rétorqué que le ridicule est un mot pour les hommes de salon qui ne savent pas se salir les mains, que la dérision est la preuve vivante de leur imposture et surtout que les pauvres prennent toujours un malin plaisir à singer ceux qui les méprisent.

Et il a conclu en me disant :

« Quand il n’y a plus de gravité, il ne reste plus de malheur et encore moins de bonheur. »

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Mathieu Bastareaud

Je n’arrive pas à choisir entre le malade imaginable et la téléphagie selective
(Mathieu Bastareaud 0 – Le Zapping 1)

Le zapping

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Durant ma longue carrière de téléphage, j’ai dû subir la dictature du bien, du bon et du beau.

J’avoue avoir été tiraillé entre le réflexe conditionné de bonne conscience collective et le besoin de despotisme éclairé que chacun recherche dès qu’il fait acte de sociabilisation.

Outre les valeurs normatives d’une logique de production espérant être bénéficiaire, la figure du mal ne fait pas suffisamment recette dans le régime de la transgression sans punition.

À bien y réfléchir, le fait de revendiquer ouvertement ses projets de management à l’échelle mondiale au nom de son surmoi, cela indispose les prétentions du quidam qui oscille entre ces éphémères richesses matérielles et ces coïts anodins mi adultères, mi pédophiles.

Et si, et si le « méchant » n’était pas bêtement le héros de l’histoire – les plus malhonnêtes d’entre vous s’engouffrent dans le contre-emploi à la mode, on ne peut pas faire d’une exception, un exemple – mais s’il avait le mot de la fin, les responsabilités et la pression sociale ?

Quid de la psychologie du Coyote, des serials killers, de Chuck Bass, des fonctionnaires zélés, du Dr Gang, des rappeurs/gangsters, de Gargamel, des hotliners de votre opérateur téléphonique le plus proche, de Jr Ewing et de tous ces dictateurs issus du Moyen Orient ou d’Afrique, enfin les noirs et les arabes à forte tendance musulmane dont personne ne veut jamais se rappeler le nom.

La fonction morale du méchant est-elle plus importante que sa nature humaine ?

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