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Je ne crois qu’en ce qu’il reste sur mes mains et mes genoux lorsque je me redresse fébrilement après avoir lourdement chuté sur les évidences. J’avoue ne jamais avoir bien compris comment certains peuvent parier sur le paradis avec une chape de plomb au dessus de la nuque et, surtout, comment les autres trouvent une excuse raisonnable à la tricherie séculaire, celle qui distingue ceux qui donnent de ceux qui reçoivent.

Oui, tout ceci ne relève que d’une banale histoire de troc entre primates qui a dégénéré jusqu’à en devenir un système immunitaire dictant sa conduite – accompagnée – au dernier cri de l’évolution faite Homme. Je voudrais m’interroger avant de vous questionner. Mais on me rétorque trop justement que c’est comme ça, et depuis la nuit des temps. À la lumière de cette vérité plausible, j’en reviens à dire que le libre arbitre n’était pas un os suffisamment gros à ronger, on a dû aussi donner la démocratie en pâture. J’allais oublier, l’amour a tenu tant qu’il a pu, mais il ne reviendra pas !

Mais pour maintenir une imposture – théologique qui perd ses adhérents et économique qui gagne des saboteurs – au rang de machine à statu quo et de modèle de futur possible, il faut une vitrine morale aussi vertueuse que putassière. L’amour du public est à ce prix et, pour cela, mieux vaut le préserver des erreurs d’avortement – qui se transforment parfois en mouvement – en lui inventant des exemples et une histoire à l’image de son fantasme. Je vous le garantis, une bonne mascotte doit savoir jouer autant le parfait Samaritain que le rebelle sans cause !

Avec les meilleurs des épouvantails décorés de leur plus beau sourire et un scénario avec un happy end sponsorisé par les pompes funèbres, nul doute que j’aurai du mal à enrayer la course effrénée pour le progrès idéal même avec un attentat suicide ou deux. A force d’en avoir abusé, le peuple s’en est lassé ! Et nous voilà déjà au chapitre de la souffrance, condition sine qua non d’une réussite légitime – quitte à renier son arbre généalogique – pour celui qui n’était pas le prototype issu de la bonne lignée. Je dois dire que les voyeurs, les exhibitionnistes et les marionnettistes prennent un malin plaisir à tout justifier par la douleur, même le bonheur le plus insignifiant !

À l’extrémité des gens pragmatiques courant après l’irréprochable, se trouvent les inénarrables parieurs ayant la chance pour porte de salut et comme roue de secours. À ceux-ci, je dirais qu’à trop miser sur l’inconnu, on cultive sciemment l’indifférence des autres, ceux-là même qui construisent leur chance en remplissant ou en héritant d’un carnet d’adresses.

Si cela ne suffit pas, si la nature ne vous a pas doté du minimum de force de caractère, si Dieu ne vous aime pas plus que ça malgré les copier/coller de vos prières, si la survie vous traîne par la peau du cou tel un trophée dans les rayons d’un supermarché, bardez-vous de diplômes, invoquez le retour de la dîme et de la gabelle, allez vous acheter un dentier avant de mettre le monde à feu et à sang derrière votre écran d’ordinateur. Je vous le dis – en qualité de bourreau en sommeil – regroupez-vous, parlez et habillez-vous de manière identique, travaillez main dans la main avec votre engeance jusqu’à vous reproduire ensemble afin de prouver à tous que l’évolution passe par le nombre, jamais par la détermination !

La messe est dite, les jeux sont faits, vous pouvez remballer. Excepté que j’ai horreur de perdre et que je ne prendrai pas ma retraite entre quatre planches de sapin sur une défaite, qui plus est par achat de l’arbitre ! Sachez que la prospérité est plus proche de l’obésité qu’il n’y paraît. Alors ce qui sépare ceux qui possèdent des autres, c’est la faim. A table, appelez-moi le cannibale gentleman !

Une fois repu comme à la fin de chacune de mes aventures, j’ai toujours ce petit moment de latence en apesanteur, fait d’un présent enfin achevé et d’une incertitude qui me rappelle que rien ne va plus depuis que le tireur de ficelle donne le la et les rôles avant que nous sautions à pied joints dans l’au-delà, en espérant éclabousser le souvenir des proches. Moralité, je me suis fait copieusement mastiquer par le catéchisme et les séquelles sont bien présentes lorsque j’arrive à culpabiliser de la part de justice que je me suis offerte.

Mais je reprends le dessus parce qu’il faut bien, parce que les tombes ne me répondent jamais, parce que j’ai trop de gens à voir au pénitencier pour m’en rappeler et que les derniers, les plus lucides, ceux ayant trouvé refuge dans un hôpital psychiatrique, ne me le laisseront pas rentrer de si tôt. Tout ça pour dire que je ne crois pas, je fais, je n’en ai ni le temps, ni les moyens et encore moins la patience.

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La tombée de la nuit est un de ces moments particuliers où le décor urbain bascule de sa rigidité journalière vers ses instincts les plus débridés.

Imaginez ses ombres prenant le pas sur les bâtisses en devenir qui les ont engendrées, sous le regard d’un soleil agonisant, toujours et encore, plus ou moins à la même heure.

C’est à ce moment précis lorsque nos politesses géométriques disparaissent pour devenir des doutes déraisonnables dans la nuit, que l’ordre reprend ses droits, impose sa loi et se délecte du frisson premier qui envahira ses proies.

La nuit, la justice elle faite d’urgences qui n’en sont pas, mais sans le feu, l’Homme a peur du noir.

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Le plus grand des hasards a voulu que ce soit au même horaire où je devais quitter les studios vintage de ma radio villeurbannaise pour la salle de concert du Transbordeur, équipé d’un micro arraché des mains d’un stagiaire, de quelques câbles soudés à la va-vite, et d’un enregistreur numérique de seconde main. Ce listing aura son importance.

Loin de moi l’idée de penser que mes interlocuteurs de maison de disque fraîchement sortis d’une quelconque école de com’, traumatisés par mon impudence toute provinciale, de radio non commerciale pour aggraver l’infamie, aient fomenté ces traquenards bi hebdomadaire conjointement avec les forces de police, elles mêmes exaspérées de venir répondre aux plaintes des voisins de la radio, stipulant que des individus suspects rodent dans le quartier.

Les individus suspects étant majoritairement les employés, des artistes ou des clones plus ou moins réussis de l’équipe de France de football de 1998.

Mais, peu après le 11 septembre, toutes les formes de racisme sont redevenues acceptables.

J’avoue, j’avais une barbe drue et dense, j’avais une profonde lassitude face au rasoir et très peu d’affinités avec le mode de vie ascétique du terroriste de base.

Mais les faits sont là, à chaque interview effectuée pour gagner mon dur labeur et pour mon plaisir personnel, s’ajoutait irrémédiablement un contrôle de police, souvent par les mêmes préposés à la gestion du troupeau.

Et si la fantaisie leur prenait de ramener un bleu, d’origine contrôlée, alors le représentant de la compagnie créole avec képi masquant son accent antillais ou une racaille reconvertie à la France d’en bas niant toute connaissance d’un certain livre appelé le Coran, ces assimilés se faisaient un plaisir de prêter allégeance en faisant preuve d’une plus grande bêtise que leurs maîtres.

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Encore 500m, 500m, voilà ce qui me séparait… mon enregistreur numérique en bandoulière serrant ma veste noire, faite d’une colonie de pelures, de bouloches et flockée du sigle du Wu Tang Clan, mon micro se baladant à chaque pas dans ma poche arrière déchirée, maculée de tâches de stylo bic rouge, bleu, vert, noir, de mon jean trop large, mes câbles enfoncés tant bien que mal dans les poches avant où sommeillaient déjà les capsules de bières de la veille ainsi qu’un tas de papiers griffonnés, voilà ce qui me séparait d’un tête à tête avec des artistes ou des employés d’une maison de disque, tout dépend la valeur que l’on donne à un contrat de travail.

En fait, ce qui faisait principalement obstacle, c’était deux silhouettes plantées là en train de prendre racine, la loi en deux exemplaires éructant à l’impératif quelque chose de vaguement sans majuscule ni point et encore moins de M. ni de s’il vous plaît.

Je stoppe ma course effrénée contre la montre voire le cholestérol, d’un dérapage aussi sec qu’élégant avec mes Air Force 1 aussi trouées sous la semelle que peinturlurées d’impacts de bombes aérosol.

Après un temps de stupéfaction, je leur demandais avec toute la diplomatie nécessaire pour ne pas finir dans une vulgaire rubrique nécrologique, de réitérer les doléances. Peine perdue.

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« Hé, tu vas où comme ça toi, donne-moi tes papiers, tu comprends pas le français, papiers, papiers, et plus vite que ça !!! »

J’hésitais un bref instant entre lui donner mon amas de feuilles calligraphiées encastrées dans ma poche gauche ou ma carte d’identité qui n’a de française que le prénom. Prendre un coup de matraque pour un trait d’humour, sans public cela n’a aucun intérêt.

Et puis la carte d’identité, je n’ai jamais vraiment compris à quoi elle servait, ça moisit le plus souvent dans un coin sombre et on l’a ressort uniquement pour se justifier de quelque chose, de son appartenance à un hypothétique territoire national ou même de son existence, on devrait nous badger, cela serait plus honnête et moins humiliant.

Manifestement les représentants de la justice sans collant ni cape avaient un besoin impérieux de savoir où je me dirigeais à vive allure pédestre, sachant qu’à proximité, il n’y avait que l’autoroute et la salle de concert en question.

À ce stade de la conversation ou de l’interrogatoire à ciel ouvert, j’hésite à les classer dans la catégorie des plus brillants rhétoriciens ou celle des décérébrés avec un port d’arme légal et le droit à la sommation.

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Les préliminaires s’achèvent, ils finissent par obtenir mon pédigrée, et il s’en suit un cours de profiling hors du commun :

« Toi, t’es africain, hein, ha, non plutôt, antillais, hein, moi, j’ai le flaire pour ça, en tout cas t’es pas suédois, ha ha ha !!! »

En bon sociologues, ils poursuivirent par un laconique et topographique :

« T’es une raclure de Vaux-en-Velin ou un taré de Venissieux, haaaaaaa, putain d’adorateur de Ben Laden, si tu parlais comme nous au moins !!! »

Puis ils me questionnèrent savamment sur le but existentialiste de ma venue ici-bas :

« Et, tu fais quoi ici ? Hein ? Voler ? Dealer ? Tu bosses dans la sécurité ? Journaliste ! On n’arrête pas le progrès, les cartes de presse ça pousse sur les bananiers maintenant ? »

J’ai grandi non loin d’une préfecture de police et je sais d’expérience qu’avec ce type d’énergumène, il n’y a qu’une seule possibilité de réponse, brève, ne pas baisser les yeux, regarder un point fixe, sans aucune hésitation.

Sinon c’est direction la cellule de dégrisement 4 étoiles la plus proche.

Dans mon quartier, il y avait toujours ceux qui revenaient avec une histoire extraordinaire, insurrectionnelle, pleine de bravoure où dans un premier temps ils ont vaillamment résisté par leur simple présence à un fourgon entier de CRS et que dans un second temps uniquement à la force du mental et avec une main dans le dos, ils auraient renvoyé les assermentés dans leur poulailler.

La plupart du temps ces personnes ont fini par rentrer dans la police ou pire dans l’armée, le syndrome de Stockholm n’a pas de limites.

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Moi, j’avais une interview à faire et une vie à poursuivre, j’ai donc abrégé les réjouissances en ravalant tout le fiel que j’avais dans la trachée comme je le fais tous les jours dans ce pays.

À bien y penser, c’est comme cela que l’on construit de l’insécurité latente et des bombes à retardement.

Tic, Tac, Tic, Tac, Tic, Tac, Boom. Tout est une question de temps ou d’avoir des enfants. Enfin ouvrez les yeux.

Aujourd’hui avec mon uniforme de nègre intégré avec une cravate en option, j’ai droit à un M. avant la séance de Charles Martel appliquée.

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