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À Lire En V.2 Ici : http://www.herosordinaires.com/2010/11/22/s-c-p-suicide-collectif-passif-part-1/

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Sans argent, sans repères et sans avenir, mais où aller ? Au centre commercial, voyons ! Et en courant qui plus est !

Je me rappelle encore de l’excitation palpable qui était la mienne au moment de me précipiter l’air hilare vers un ennui profond, propre, à escaliers, à escalators, à issues de secours, rien que pour ne pas faire les 100 pas en bas de chez moi. Alors, la promesse de quitter quelques heures ces murs scarifiés qui ne tiendraient pas sans nous ou de laisser sur le bord de la route ce banc fatigué qui portait mes initiales ainsi que l’empreinte encore fraîche de mon postérieur, cette perspective m’enivrait de la même manière à chaque évocation. L’essentiel résidait dans cela, sûrement dans mon veau d’or – avec extincteur intégré – où je n’avais aucune responsabilité architecturale et encore moins de pouvoir de coercition sur mon sphincter. Dans ce lieu libre entretenu par une chape de plomb, l’anonymat providentiel côtoyait sans y prêter gare l’indifférence ordinaire. Plus de classes, plus de genres, juste des gens, seuls et ensemble…

Je sais, je sais, j’aurais pu faire montre de l’une de ces attitudes studieuses dont font preuve les spécimens dits immigrés et assimilés ou courir sans réfléchir après un ballon, mais la domestication parfaite et la vie d’un groupe contre un autre ne m’attiraient que peu, et puis ce n’était pas comme si je n’avais jamais essayé ! Mais l’assimilation d’un corps étranger, à même le pupitre, par manuel scolaire a fait remonter en moi un frisson que ma mémoire ne connaissait pas, sans oublier que la plupart des réjouissances compétitives étaient mère de cette ambition qui aime tant la trahison. Je passe mon tour et laisse ma place avec plaisir. Ceci étant, cette brève expérience m’a enseigné que j’avais un mal fou à jouer sans faire mal, allez savoir ?!

Et parfois, en ne voyant pas l’intérêt de demain après la sortie salvatrice de 16h30, je me laissais happer par le reste de la semaine, au hasard de l’une de mes pauses hygiéniques sur mon banc personnel – entre « Les chiffres et les lettres » et « Une famille en or », d’après la fenêtre de la concierge. C’était avec stupeur que je ne voyais plus, peu ou pas les crachats d’usage joncher le sol, ceux-la même s’enorgueillissant d’avoir la main mise sur notre système de communication géolocalisé ! Nous étions déjà samedi et personne ne m’avait tenu informé, soit en enfonçant un bâtonnet dans l’interphone pour sonner l’alerte ou soit en criant par la fenêtre en l’agrémentant de quelques insultes de base. Il faisait désert dans le square, il ne restait que les nostalgiques de la guerre d’Algérie et de la gégène pour garder le contact visuel avec les mères de 16 ans qui surveillaient avec la plus grande des concentrations leur cigarette se consumer plutôt que leur parasite dans la poussette. Il me fallait bien sortir de mon banc, et au moment de monter dans le bus – malédiction ! – que pouvait faire un homme, de 12 ans, seul face à une demi douzaine de contrôleurs des TCL ? Pas grand chose en vérité, je me suis donc résigné à acheter, puis à composter un ticket, en attendant patiemment la bousculade générale organisée à la fin du voyage retour !

Le centre commercial, mon royaume, mon home sweet home, pour lui j’ai combattu même avec des hématomes*. Une addiction reste une addiction même légale et c’est la pupille dilatée, les lèvres pincées et la gorge sèche que je retrouve celle qui promet beaucoup, mais qui ne donne jamais rien, si ce n’est un échantillon d’une nouvelle tentation.

Face à mon regard déjà acéré, un immense monstre métallique déjà usé à quatre étages m’ouvrait son antre faite d’enseignes tapageuses, de cartes bleues muettes et de sa fourmilière disciplinée au possible. J’étais donc au rendez-vous, comme à chaque fois pour faire le pot de fleurs et le décor zoologique. Ce qu’il y avait de sain dans notre relation, c’est que je n’avais rien à vendre et encore moins à acheter et ça, la bête vitrée le savais. Je n’étais pas là pour le plaisir, mais pour affaire, notre affaire. Une histoire de temps qui passe, qui lasse, qui laisse, voilà quel était mon fond de commerce entre vide et néant.

Tous les mercredis et samedis de ma grande enfance, sans exception – angine, punition ou Thc – étaient dévolus à l’inertie entre congénères se ressemblant suffisamment pour se détester sans se connaître, à la perte de toute dignité en présence d’un début de poitrine, au moyen de trouver un problème musclé à chaque solution pacifique et, sans omettre le truc du pauvre à la limite du masochisme à travers les âges, la consommation par procuration ou par prospective qui n’arrive jamais. J’étais à mon aise dans ce faux rythme où de loin tout va lentement, mais en grossissant la caricature, je m’apercevais que tout le monde courait tête baissée, en famille, en solitaire, avec pour unique pénitence le prochain dealer de signes extérieurs de richesse, l’impôt du parking toujours automatique mais jamais habité ou la sortie principale pour ceux abandonnant leur rêve précaire pour le luxe d’une vie bien à soi. Les seuls possédant le recul nécessaire étaient ces vigils, plus silencieux que décérébrés et dont tout le monde préjugeait de leurs petites, si petites pensées, ainsi que les techniciens de surface invisibles que personne n’ose bousculer de peur d’accepter leur existence dans ce petit paradis tout droit sorti d’une liste en papier glacé. Eux étaient à la fois témoins privilégiés et prisonniers salariés de cette course contre la montre, ce compte à rebours où les plus fous amassent tout ce qu’ils peuvent en espérant qu’on ne leur dira rien au check-out le cœur léger, les pieds devant et les poches pleines.

Comme d’habitude, je suis en train de me perdre dans ces dédales et je vous y entraîne également, mais la répétition est la clé de la paix. Emprunter le même étage, le même escalator, le même demi-tour, voilà une petite mort bien agréable. Je trouvais presque à chaque fois une raison évidente à exposer à mes détracteurs – les amoureux de l’amour et les extrémistes de la liberté – pour crédibiliser mon apathie. Au moins, je ne faisais rien de pire et cette réponse suffisait à leur malheur. C’était le ventre plein et les poche arides que rien ne pouvait me tenter, j’étais en osmose pour stagner en avançant. Entendons-nous bien, tourner en rond machinalement les uns derrière les autres – au risque d’un carambolage – cela n’avait rien de fétichiste, mais c’était le seul choix pour ne pas perdre la tête, je n’avais ni les moyens ni le profil d’acheter du spleen et l’inertie était plus légitime à mon sens que les râles pseudo dépressifs. Je vivais dans une cage à lapins avec ma famille, alors quoi de plus normal que de passer mon temps libre dans une roue pour hamster ? Au final, c’est pendant ces moments que j’ai cultivé mon obsession pour le temps et mon indifférence pour l’argent.

La particularité du centre commercial, c’est sûrement sa fascination pour l’anticipation de tous les calendriers quels qu’ils soient et le besoin qu’il a d’expulser, la nuit tombée, ceux qu’il retient captifs malgré lui. Le paroxysme de ce phénomène se manifestait lors du respect mercantile des festivités religieuses. J’étais ainsi tiraillé entre mon hérésie de circonstance et mon œcuménisme opportuniste. Dans cette perspective, j’ai longtemps attendu l’avènement de Noëlouka dans les étals monothéistes, mais les décorations envahissantes et hypnotiques de la fin d’année scelleraient à jamais mon iniquité envers l’obèse sans papier qui défiait l’apesanteur. A titre personnel, je n’ai rien contre Noël en tant que tel, mais la combinaison religion, marketing, crédulité et pouvoir d’achat me donnait la nausée ou une idée de plan de carrière.

C’est mon centre commercial à nous ?! Oui, ça a l’air fou à entendre, mais dans les faits, c’était le cas. L’autre événement théologique qui tenait en haleine tout le centre commercial était la veille du Ramadan et ses violences, fantasmées, espérées, chorégraphiées, scénarisées. De mémoire de sauvageons on n’a jamais su si l’obscurantisme républicain avait généré cette étouffante situation ou si trois déficients mentaux au milieu de suffisamment de moutons avaient créé le phénomène. Toujours est-il que le samedi précédant le début du Ramadan un étrange rituel se réitérait : d’une part, tout ceux qui portaient une casquette étaient d’office catalogués dans la catégorie musulmans, même les Sylvain, surtout les Sylvain, ça fait agent double comme matricule – parole d’un membre ardent de la B.A.C. – et puis, surtout, il ne fallait pas se regrouper à plus de cinq. Mais quelle est cette science sans logique ? Si je voulais m’ennuyer seul, la télévision avait été inventée pour cela et, de plus, cette interdiction retardait l’apprentissage des civilités en milieu hostile, j’entends par là « espace économique récessif ». Au final beaucoup de bruits de part et d’autres, beaucoup de bruits pour rien. Soyons cohérents, qui irait se parer de ses habits de lumière made in China pour aller s’offrir en pâture sur l’autel de l’insurrection religieuse, banlieusarde et sociale – à vous de voir Mesdames et Messieurs les journalistes – certainement pas une personne qui passe l’intégralité de sa vie à parler avec ses mains pour ne jamais les utiliser !

Et l’agitation annuelle enfin passée, les uns jeûnaient, les autres ne pouvaient plus attendrir de l’arabe durant un mois et moi, comme la coutume le voulait, je passais du Mac bacon au Big mac, moins cher et meilleur à la fois ! Je vous entends déjà les juges en freelance et les lésés de ma part de burger, mais à force de laisser une bouchée à tout le monde, il ne me restait jamais rien à la fin, j’ai donc dû prendre les dispositions drastiques qui s’imposaient en étendant cette hygiène économique aux soirs d’extorsion sur fond de solidarité et de Kleenex depuis mon banc de salon !

* Cf. LP « Entre deux mondes »

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Je n’arrive pas à choisir entre la majorité des minorités et la minorité des majorités
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Je n’arrive pas à choisir entre la lourdeur par dépit et la vitesse à tout prix

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Je n’arrive pas à choisir entre le nombrilisme amateur et l’anonymat professionnel
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la vie

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révolution française

1989, j’avais 9 ans et comme une envie indéfinissable d’être apatride en cette année de pré Coupe du monde.

Cette année là, le pays de la révolution en faveur des PME et PMI de l’époque s’enorgueillissait de sa justice implacable – demandez à Patrick Dils – tout en assumant à demi-mot le curriculum vitae de Paul Touvier, en attendant le plan Orsec en différé pour Hugo et une cinglante défaite à Tetris du mur de Berlin, oui encore lui.

À croire que l’on a sacrifié mes souvenirs d’enfance sur l’autel de l’amitié franco-allemande. Allez donnez-vous la main, qu’on en parle plus.

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C’était le CE2, une période chrysalide ou plutôt bâtarde entre le goût du pouvoir sur les plus faibles et la tragique réalité de ne pas en avoir les moyens, chaîne de vie.

Moi je n’aspirais qu’à profiter en toute quiétude des émanations de colles UHU, la testostérone populaire et les dogmatismes élitistes en ont décidé autrement en m’imposant de souffler 200 bougies sur une mascarade politique de plus.

Mes ancêtres n’étaient pas des Gaulois au vu des contrôles de police et en bons sauvages sans âmes qu’ils devaient être d’après l’église catholique, le concept marketing des sans culottes devaient leur paraître bien accessoire.

Le communautarisme gadget en ce temps-là n’existait pas et je ne connaissais encore que peu l’utilisation de la mauvaise foi.

Il était donc impossible d’échapper au déglutissement pavlovien et à l’unisson d’une déclaration de ratonnade à grande échelle.

Alors, la joie obligatoire que chaque élève était tenu d’arborer ne m’habitait pas, je n’ai jamais remué la queue à la vue de goodies tricolores ou aux premières notes du single national.

Célébrer un passé aux relents de Doom like ne faisant rêver que les amoureux des bruits de bottes, les vendeurs de pétards et ceux courant après n’importe quel ballon, cela m’était intimement insupportable, peut-être le syndrome du Déserteur© était-il déjà présent en moi.

Plus hypocondriaque que menteur, j’aurais pu me faire porter pale, à moins que je ne me fasse acheter contre quelques friandises et un paquet de stickers Panini.

La chaire d’un enfant est faible – redemandez à Patrick Dils !

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Au fond de la classe, prostré mais pas résigné, j’écoutais par intermittence la vulgarisation mièvre et idéaliste de l’Histoire de France dispensée de manière gauche et veule par le dernier spécimen à la mode sorti d’un IUFM.

L’instituteur de base certifié bon pour la prochaine reforme pratique la pédagogie du pleutre et la discipline d’un beatnik.

Sa mission était de créer un désir révolutionnaire chez une population estimant, à juste titre, que la démocratie et la vraie rupture avec le passé se nomme Game Boy et que l’objet fait l’individu puis les idées, à en croire la dernière publicité pour les Reebook Pump.

Avant de poursuivre, il serait bon de faire un bilan des forces en puissance. Entre ceux d’origine espagnole, portugaise, italienne, polonaise, les produits importés d’Afrique du nord maintenant implantés, et ce n’est pas faute d’avoir essayé de renvoyer le colis, les trois descendants de communistes fondamentalistes, le fan d’Henri Krazucki, plus votre serviteur l’ami chocolat, il ne restait guerre que deux Barristes en culotte courte ayant été fécondés sous Giscard pour défendre le patrimoine national, sans oublier le professeur de service prônant l’esprit républicain plus par fidélité envers sa fiche de paie que par conviction citoyenne.

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Bleu, Blanc, Rouge, il était hors de question que je me retrouve affublé d’un quelconque placebo idéologique qui insinuerait que je fusse contre quelqu’un, un étranger en particulier ou son prochain, surtout si le but est d’être en symbiose totale avec un ex-activiste de l’OAS et un Skin-Head en pleine réinsertion.

Après de multiples tractations allant de l’annulation du répertoire de l’affaire Luis Trio durant les cours de chant jusqu’à l’achat d’un vinyle des meilleurs génériques du Club Dorothée par l’école, la jeunesse, l’avenir de ce pays céda enfin.

L’affaire était entendue, la révolution française avait été achetée à bas prix et elle n’allait pas changer quoi que ce soit au programme, si ce n’est le décor, enfin pour le jour de la représentation devant les élus locaux.

Mais si les spectateurs fanatiques et occasionnels, ainsi que les acteurs pensant autant à leurs cachets qu’à la sécurité de leur emploi sont d’accord pour jouer la même dramaturgie, quitte à faire semblant, je simulerai donc du bout des lèvres tel un joueur de l’équipe de France de Football cette Marseillaise dont la violence unilatérale m’a donné le goût du Gansta rap et l’amour du « la France soit tu l’aimes soit tu la quittes ».

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