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Posts Tagged ‘nuit’

Avant d’avoir du papier avec des lignes, un stylo perdant son pétrole, un clavier à crédit, un blog en sursis, il y avait ce monde invisible. Une terre transparente, une succursale du service des objets perdus où les anonymes s’appelaient par ce qu’ils étaient comme les indiens. Et pour rejoindre cet eldorado, j’avais une machine à flashs pour m’endormir dès que les rats creusaient entre les murs et que les rodéos faisaient rage. Miracle, mon HLM avait des entrailles et il y avait une vie mécanique au bout de la cage d’escalier. Parce que les rêves et les cauchemars, c’est comme le mal et le bien, c’est une affaire de pouvoir et de théologie !

Je ne savais comment nommer ce huis clos entre deux rideaux allant de la violence conjugale de seconde partie de soirée aux perquisitions précédant le premier bus pour l’usine. Je ne l’ai jamais baptisé, mais l’on s’est beaucoup fréquenté.

Par la suite, pour que le sommeil ou l’adrénaline me trouvent, j’ai opté pour les palliatifs fermentés et les crissements de pneus à la place du mort. J’avais la bouteille, mais pas la mer. J’avais le goût du risque, mais pas le volant. Et les seuls mots que je connaissais s’accompagnaient de phalanges rétractées. Quand il n’y a rien à dire, il est dur de répondre !

Avant de manger du dictionnaire à chaque repas, je ne parlais pas – sauf pour répondre aux ordres généalogiques – et je vivais dans ma tête de la première tournée de balançoire à l’âge de raison. Je ne disais rien mais je n’en pensais pas moins.

Dorénavant, lorsque mon blog se supprime, que la nuit et la petite voix dans ma tête se taisent, je débranche tout, le regard dans le vide, l’apesanteur dans le vrai. Et je me rends compte trop tard que je suis cerné par des écrans éteints n’ayant que faire de mon image. Certes le miroir obnubile les Hommes, mais il leur laisse un reflet d’eux-mêmes pour les jours de défaites ordinaires, le service contentieux au bout du fil. Je ne sais pas s’il existe un dictionnaire où cacher tout cela !?

Quoi qu’on en dise, peu importe comment on les vend, certains mots perdent leurs racines avec le nombre, avec les gens, avec le temps. Imaginez, jadis j’avais des liens, aujourd’hui, j’ai des câbles et un paquet d’embrouilles. J’attraperais peut-être quelqu’un au passage, d’un coup de lasso parmi mes followers. Un quelqu’un avec une caméra à la place de la bouche ! S’il est sûr que nous communiquons, parler, c’est une autre affaire. 🙂 + 🙂 = 😦

Moi, mon bocal et sa mémoire – illimitée – de poisson rouge, nous implosons en silence, submergés par un flot discontinu d’images muettes. Parfois monochromes, souvent sépia et usées. Des packs de dessins, de films, de flashs allant de la psychanalyse régressive à l’anticipation prémonitoire en passant par l’imagination impalpable. Trop de séquences pour en faire un montage exploitable en salle, mais pas assez pour faire griller ma carte mère. Dommage, j’attends le sommeil pour un peu d’humanité sur place, jamais à emporter !

Maintenant, dans un bureau trop grand pour mon égo, je rejoue la même scène entre le lit et l’amour, entre le choc frontal et les détours, entre les résolutions et l’upgrade. Plus de rats besogneux, plus d’expéditions punitives pneumatiques, mais les insomniaques de ma timeline et des joies fugaces suffoquant dans une ruelle sombre et humide à l’heure de l’after. Je suis dans ce moment. Sans territoire, sans pour, ni contre.

Parfois j’endors la nuit, mais souvent c’est elle. Au rendez-vous de ce point de rupture, de non retour, j’aimerais être en retard pour ne plus me réveiller dans la même journée perdue quelque part dans le calendrier de mon blog.

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Plus un bruit. Pas de témoin. Peu de lumière. Pas mal de questions. Que des doutes.
J’ai du retard sur l’heure du crime et tous les démons du coin font la queue devant la peinture écaillée de ma porte close. J’ai beau prendre la terminologie du videur de base, personne ne m’écoute en passant sur mon corps sans prêter attention.

Étrangement lorsque le mois de décembre fait son entrée, plus il fait froid plus il fait soif. Le bromure, je le préfère dès lors qu’il se tait, que je puisse l’embrasser à pleine bouche.  Je ne bois pas, je tente d’oublier le pourquoi de la bouteille. Une passion comme une autre certes, mais je serai seul à avoir des regrets. Enfin peut-être…
Nuit, noire, neutre, jeu des ombres et lueurs malignes. Le soupçon dans le vide, le gobelet en plastique recyclé dans la main droite déjà givrée, le vice aux alentours, un brouillard délétère, une ambiance à la dérive et un décor à l’abandon. En grelottant, la condensation s’égoutte sur toute ma moustache, j’attends sûrement un signe ou le début de la bande son. Mais personne ne vient dès que je commence à psalmodier tout seul. Le regard fixe et absent, la tête inclinée sur ce banc en jachère, j’ai rendez-vous avec la paranoïa, mais je ne récolte que la légitime défonce… Je n’attends plus rien, même pas demain.

J’aime ce moment de décompression, ces instants à répétition, ces tessons à percussion, ces perditions à répercussion. Soudain pris d’euphorie, je me surprends à faire des claquettes sur ces éclats de bouteilles à piler à grands coups d’Air Force One.
Le panorama clair-obscur contraste avec la frénésie de la marée humaine à la lisière du parc, à la recherche de l’ivresse avec une ceinture de sécurité. Et à force d’en faire les 360 degrés, étourdi, je risque de déloger mon auguste derrière de mon centre d’inertie. Mais avant de tituber tel un automate du samedi soir, je veux tanguer pour retrouver l’équilibre, quitte à flirter avec le point de non retour. C’est ainsi que je danse en faisant du surplace, la vision trouble, double, triple, le foie à la renverse, les vertiges à chaque geste et la slow motion en prime. Alors le temps passe aussi vite que l’impression d’allégresse. Il me maintient le visage au sol contre le gravier sentant l’urine de ton animal de compagnie préféré. Je suis en laisse, je suis en chien comme une bombe domestique !

Une lame serbe dans la poche droite, des capotes NF dans la gauche, un décapsuleur et mes billets dans chaque chaussette faisandée. On ne sait jamais sur qui l’on peut tomber et je n’assumerai pas un « si j’avais su ». L’humanisme, c’est comme la tolérance, il s’arrête à l’entrée de mon espace vital. Et oui, je ne suis pas tendre avec mon prochain, ceci étant si l’envie te venait de m’appeler mon frère, je demanderai obligatoirement un test ADN à la pondeuse qui t’a expulsé ici-bas. La nuit s’abandonne trop facilement aux abus de langage, mais il faut dire que je suis pour le Talion équitable… Bref.
Tu as fini par déguerpir en parlant dans ta barbe, enfin dans ton duvet. Sinon j’aurais dû sacrifier une bouteille sur ton crâne fraîchement rasé ou l’inverse. Je n’ai pas le temps et puis il me faut soudoyer l’épicier après le dernier passage de la Bac pour la fermeture de deux heures du matin. Lyon la nymphomane préfère les backrooms aux plaisirs en état d’ébriété, c’est du propre. Hé, merde, j’ai perdu mon décapsuleur en courant après le lapin blanc, tout ça va finir par l’ouverture du sésame avec mes dents en plein désarroi, en pleine euphorie. Mission accomplie et molaire douloureuse. Je savoure doucement le poison, comme quoi je suis prêt à perdre mes esprits histoire de ne pas me faire délester de mes deniers et même le meilleur lap dance ne le mérite pas! Parce que l’argent, c’est comme le travail, une race en voie d’extinction.

Un pas en avant, un pas en arrière, c’est la politique de mon dévouement, la bouteille à moitié vide pour métronome. Je prends la pause et j’en fais une. Et donc, de gauche à droit, de droite à gauche mes épaules sont mon centre de gravité et mes hanches suivent la manœuvre en décalage. Je demande des droits d’auteur pour cette chorégraphie. C’est le tube de la nuit, la danse des damnés. Seul ou mal accompagné, je me dirige sur la piste de la déchéance pour reprendre vie ou reposer en paix. Mi-coma éthylique, mi-delirium tremens, jamais livré à moi-même, toujours sur le qui-vive avec un air ahuri, une bouche pâteuse et béate. J’enchaîne les pauses, une autre, les postures, les posters à l’aide de mon postérieur. Au milieu, enfin presque, de ce parc improbable où les réverbères rayés sont morts depuis l’hiver dernier, j’exorcise mes démons intérieurs et j’expie mes signes extérieurs de détresse. Le DJ ne connaît qu’une chanson et le videur viendra me ramasser au petit matin avec les ordures.

La nuit, le bruit, les étoiles, l’alcool, les visions couleur laser, mon sourire approximatif et ces très légères secousses du bassin amènent des pécheresses. Tu peux être de l’ENS ou avoir un CAP d’esthéticienne, peu importe ton motif touristique pour te trouver dans un coin sombre de Lyon ! Il te faudra plus que de la frivolité passagère pour t’encanailler après avoir fait semblant de citer Boris Vian au Hot Club. Je ne ferai pas de sentiments, pas de détails, pas de discriminations. Je suis amour et saoul. La règle est simple et le jury sera clément si tu possèdes la souplesse nécessaire pour danser en hurlant à la lune. Mais si tu as la cadence d’un horodateur, même avec 2 grammes dans le sang, tu ne rentreras pas dans ma boîte de nuit. Tu aimes peut-être l’exotisme, mais lui non ! Je suis pour l’égalité des chances, pas la philanthropie. A la fin de cette chanson, souvent avec quelqu’un comme toi, qui a l’alcool putassier j’en viendrais presque à espérer qu’au lieu de t’entendre quémander un échantillon d’amour avec ton bassin, un ombre familière vienne me chercher la merde, une autre bouteille à la main…

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J’ai la mécanique qui se disloque heure par heure, lorsqu’un dimanche des plus banals rencontre le soleil des adeptes du bien-être. L’entreprise monde est au ralenti malgré son appétit de temps. Vous savez, une machine bien huilée ne connaît pas l’accident, elle le prémédite. Les concessionnaires sont de piètres garagistes !
De retour sur les lieux du crime, la matinée est bien trop engagée pour snober une sieste crapuleuse, je sens, je sais que le blog va prendre du retard.
Avoir un canapé équipé d’un chat et une manette d’occasion, cela ne fait pas nécessairement les affaires des pertes de temps, même en plein rêve occidental. Et puis la trotteuse soigneusement logée dans mon os occipital ne me laisse que peu de choix, avancer malgré tout, par culpabilité du passé, par hantise de l’avenir…

J’ai parfois besoin de quelques pièces de rechange, mais par sentimentalisme je préfère garder les mêmes rouages. Même s’ils ne sont pas à la mode, même s’ils me trahiront plus tard, au moment voulu. L’aventure collective et son inéluctable déception reviennent me hanter dès que le jour prend ses quartiers en laissant l’imagination obtenir le pouvoir.

Dimanche est toujours là, fait le tour du salon pour s’affaler sur le lit, la deadline de mon blog se fait attendre et c’est que j’apprécie le plus dans cet exercice de soliste, les moments de communion prenant le temps qu’il leur est dû. Alors, j’essaie encore et encore, en espérant avoir tord à jamais.
L’époque aime les chiffres, les statistiques, les pourcentages, le timing en somme, des résultats coûte que coûte, peu importe s’ils n’ont aucune chance d’apercevoir demain. Pour ma part, je n’ai que ce cahier de brouillon, des touches à user, un monde tournant trop vite pour  s’arrêter et quelques curieux pour lire derrière mon épaule.
Souvent je me discipline, parfois je ne respecte pas mes propres règles. Je ne connais pas l’heure africaine et encore moins l’inflexibilité numérique, mais je sens que l’Inconnue rythme chacun de mes sens…

Foutraquement…

SS

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Je ne vais pas te raconter des histoires qui finissent bien et que tu connais déjà trop, je préfère que tu le fasses à ma place, moi je sais encore croire. Emmurée à même ma convalescence pour cause d’apesanteur capricieuse, je hante à cloche pied, gaiement, ces couloirs muets d’avoir suffisamment hurlé où la mort devient le seul ami à qui tu dis la vérité vraisemblable.

Un matin, par accident –  un de ces accidents dont on crédite à tord le destin – tu m’as tendu la main que tu avais oubliée, comme ça sans rien dire, sans rien faire, depuis ce lit qui a poussé sur ton dos et qui ne veut décidément pas te quitter. Je suis rentrée dans ta tête remplie de bobines, en sautant à pieds joints entre ton delirium tremens et ma dépression raisonnable.

Peu importe où ta folie ordinaire me fait sombrer – de fantaisies militaires en voyages héroïques – je veux la fin de ton mensonge parfait bien plus que la suite de ma vie prévisible. Tu parles si bien de vengeance avec l’Amour perdu à jamais pour excuse pardonnable, alors j’ai pris part à cette guerre sans ennemi valable qui n’est pas la mienne, ni celle de personne d’ailleurs.

La guerre, elle a l’habitude de construire des morts à la chaîne et d’abonner des prisonniers à la perpétuité. Toi, tu es le tien en parlant la langue du chagrin comme une aventure heureuse qui ne peut être comprise qu’une fois vécue. Mais une fois la nuit tombée plus bas que terre, le sommeil ne te trouve pas, trop occupé que tu es à combattre ton tourment sur mesure, sans jamais vouloir réellement le toucher de peur qu’il n’existe plus.

Moi, mes nuits – sans Morphée, ni morphine – étaient habitées par ces héros impossibles et accrochés désespérément à tes lèvres, celles qui me rappellent que les rêves demeurent tout ce qu’il nous reste de nos âmes au réveil soudain. Parfois, nos songes endormis jalonnent nos maux originaux et nos maladies imaginaires de fenêtres de tir pour mieux partir au loin, là où la médecine moderne ne pourra pas nous rattraper. Je ne connais pas la souffrance, j’ai juste mal, mais ça passera. Et toi, comment ça va ?

L’Amour, je te dirai qu’on ne le perd jamais, on l’abandonne pour de plus ou moins bonnes raisons parce qu’oublier pour toujours, c’est toujours mieux que de se rappeler de temps à autre que l’on est vivant. Toi tu en parles si facilement sans le connaitre dans une langue étrangère, derrière un masque, au-dessus de tout le monde.

Tu confonds souvent « être bien entouré » et « vivre dans des remparts », mais la vengeance qui t’a donné des compagnons d’infortune, elle les reprendra lorsque la douleur sera plus forte qu’elle ou quand tu ne sentiras plus rien. Certes je déforme la réalité moi, mais je ne la trahis jamais comme toi.

Je joue la comédie, tu fais ton cinéma, tu me vends et je restaure un monde qui n’est qu’un prétexte à notre vie commune, je suis ce petit rien qui te leste ici-bas dans le camp de vacances de l’au-delà entre course de chaises roulantes et concours de perfusions. Tu sais, toi, un jour quand je serai grande – grande comme ça ! – moi aussi j’aurai un dentier comme ceux qui ont plein de plis sur le visage et je pourrai arrêter de cligner des yeux pour voir le monde comme il est apparemment, le monde de « tu verras quand tu seras grande ».

J’aimerais me dire que je resterai un souvenir qui offre des fossettes immobiles dans ton monde où les images défilent une par une, mais ne restent pas. Je continue notre spectacle – mais cette fois c’est moi qui suis sur le lit – à deux voix et quatre mains avec ces liens qui ne tiennent à rien pour écrire mon manque, tu sais celui de plus tard, ton absence en forme d’ombre et de flashback, orpheline de ce temps cherché, d’une enfance enterrée dans l’espoir de la faire pousser.

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Faillait que j’sorte d’ma tête, comme mon amour propre, après une gueule de bois de trop.

J’avais besoin de parler et ma conversation ne suffisait plus.

« Quoi aujourd’hui ? M’entraîner à mourir ?

Pfff, pour changer , j’vais apprendre à mentir. »

 

 

 

J’ai pris mes jambes à mon cou, au ralenti, histoire de faire semblant.

Fuir, ça demande trop d’effort, alors essaye d’abord, tu me raconteras.

L’atmosphère a une fuite de sphincter à la nuit tombée.

Cette fille de joie sur la réserve préfère se rincer l’œil plutôt qu’avoir les mains sales.

 

 

 

C’est l’heure d’hiver, black out dès 17 h, terminus tout l’monde descend.

Le chassé-croisé entre les sorties de classe et les pédophiles diplômés.

Trop tard pour l’open bar chez l’arabe et trop tôt pour l’after chez ta femme.

Les chômeurs héréditaires tapissent l’horizon, plantés là au hasard des liposucions des ronds-de-cuir.

 

 

 

Y’a comme une odeur de fin du monde ou de fosse septique dans la bouche de métro.

Certains portent leurs couilles sur le visage, les autres une alliance dans leurs poches et la peur au ventre.

Moi j’porte un masque d’occasion, c’est mon daron qui me l’a prêté, j’me fait chié, mais j’serais jamais en danger.

L’asphalte baise trop souvent avec les vivants pour aimer s’en souvenir, alors j’oublie les cons qui me croisent.

 

 

 

 

Vision périscopique et le mal de mère. Ok

Panorama dépressif et les rétines dilatées. Ok

Marche forcée et traînage de patte en puissance. Ok

Gomme usée et une bonne circulation sanguine. Ok

Ligaments croisés et pas de crise d’asthme. Ok

Lacets défaits et jamais refaits. Ok

Pause syndicale et syndrome du cul sur un banc. Ok

 

 

 

J’ai l’alcool mauvais et la sobriété mélancolique, le décor se ramasse la gueule ou à la petite cuillère.

Affronte ça comme tu peux.

 

Ecoute, soit tu passes ton temps à fixer le sol à la sortie du bureau soit t’as du temps à perdre avec des garde-à-vue artificielles. Moi, je joue au fantôme.

 

 

À chaque fois c’est la même chose, mais j’recommence.

J’retombe nez à nez avec cette cabine téléphonique trop maquillée pour être honnête, mais j’ai pas un copec et personne à appeler.

 

Alors, j’continue à marcher, toujours et encore.

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Jamais sans ma fille

« Merde, putain de bordel de merde », pensais-je, mais je suis resté sans voix, les pupilles dilatées, la pomme d’Adam figée, les doigts tétanisés, le corps crispé, le rectum sous pression, le compte en banque en deuil en voyant mon iPod se précipiter au ralenti dans le vide, en direction du rez-de-chaussée depuis le 6e étage, sans ascenseur ni airbag.

Le mal est fait, mon baladeur du futur – sans retour possible – a avalé son bulletin de naissance et sa garantie d’un an.

En outre, ce décès prématuré me ramène à la réalité sociale, avec des parents qui ont toujours vécu a crédit, je ne pouvais que vivre au-dessus de la fin. Le plus étrange à bien y réfléchir, c’est cette douleur sourde qui émane de quelque part entre ma tête et mon nombril, comme si je m’étais trop confessé à cette petite chose qui ne répond pas lorsqu’on lui parle un de ces lundis matin où l’on est déjà en retard sur son week-end.

J’ai vu s’envoler tour à tour de fugaces instants de banalité entre amis, ces musiques qui en disent plus sur moi que je ne les connais, et peut-être aussi ce que ressentent mes doigts sur le clavier tactile. Je ramasse la dépouille de mon compagnon d’agoraphobie, tout en murmurant tendrement que je suis devenu incapable de me souvenir sans lui.

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La mémoire dans la ferraille, dans le plastique, il ne me reste que le Refurb Store pour lot de consolation, disons que cela est toujours mieux que les pouffements maladroitement étouffés de mes congénères qui pensent souvent à plusieurs, mais rarement seuls.

La foule, cannibale et voyeuriste, ne connait pas la pitié, elle se nourrit de moments de détresse, de la moindre faiblesse. Cerné de toute part par ces gens comblant les cases vides dans mon agenda, je suppose qu’ils rigolent intérieurement, eux les fétichistes équipés d’albums photographique, de bibliothèque, de vinylothèque qui jugent que la centralisation à outrance et la dématérialisation générationnelle amenuisent la, leur culture ou plutôt son économie, comme si Gallimard et Universal leur appartenaient.

L’argent est une vérité plus honnête que les bons sentiments.

Après avoir écouté religieusement leurs prédictions alarmistes sur l’avenir de l’industrie culturelle entre anticipation techno-fumiste et Oui-Oui et son taxi, du type « On perd l’essentiel dans l’accessoire », vraiment profond, je prends congé de mes amis les hyènes – plus propriétaires que nomades – pour le dehors, sans écouteur pour en faire abstraction.

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À l’extérieur. Un mélange de préméditations guettant leurs heures et d’un laisser-aller général, coupable, à l’abri de la grande ombre.

Jamais ma paire de steadycam n’a été autant a l’affût, la nuit avait donné son verdict depuis l’happy-hour, on n’y voyait rien dans cet écran de fumée couleur nègre, mais on entendait, trop, peut-être que j’écoutais tout, des prostituées prenant leurs poses syndicales avant de régler leurs impôts directs en passant par le son des impacts de bile sur le bitume, de mineurs n’ayant pas compris que les chiffres « 8 .6 » n’étaient pas là pour faire joli.

La démarche mi prédatrice, mi militaire, je bute cycliquement contre détritus et tessons de bouteilles presque vides tombées en disgrâce d’une de ces poubelles pleines depuis la sortie des lycéens et la rentrée tardive des manutentionnaires cherchant une raison de continuer encore une fois de plus, demain avant que le jour ne se lève.

Je me fie à d’infimes lumières mourant en se réfléchissant parfois sur le sol mouillé, souvent sur ces enseignes en berne de commerces s’alignant sur les horaires de bureau de la mairie.

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Quelques clochards plus tard, j’émerge de la pénombre, passablement hébété au sortir de cette apnée dans le néant de l’humanité, puis le voile laisse place à un quai colonisé par plus de bruits que de voix, c’est ça la lumière, c’est forcément des gens.

Comme par hasard, ce soir, je n’ai pas d’Ipod pour me préserver de la cacophonie donc je me rapproche. Je distingue une tribu, une de celles où ses membres ont les moyens d’être contre le système, le gouvernement ou leurs parents, l’été campant au bord des fleuves, l’hiver végétant dans leur squat de luxe, les vêtements et la peau troués juste là où il faut, ces malheureux prônant la liberté individuelle d’une même voix.

Une fois à portée de propagande des « néo quelque chose », le chef de meute de ces anticonformistes blonds m’alpague par un « mon frère » à croire que mon géniteur a appliqué à lettre le concept de la polygamie, à moins que ce soit l’une de ces familiarités que l’on alloue communément, affectueusement, aux animaux de compagnie.

D’humeur triviale, je me rapproche des autochtones qui se débattent pour exister entre le langage des 4ème de couverture d’ouvrages de philosophie qu’ils n’ont jamais ouvert et un semblant d’argot banlieusard mal digéré après la dernière visite de leurs dealers sponsorisés par Lacoste. L’un d’eux arbore un large sourire, ainsi que le message suivant « Je suis mort depuis bien trop longtemps, mais je suis toujours en vie, ici et là ». Nihilistes de supermarché et penseurs de bac à sable, bonsoir.

C’est bien ça l’idée, les objets reflètent le mieux ce que l’on doit penser (à défaut d’être) : un piercing, du textile, un pass Navigo…
Un ordre cela reste un ordre, peu importe sa nature, on communique de l’œil à l’objet dorénavant, c’est sûrement le meilleur moyen de briller en société, quelle qu’elle soit ou telle qu’on la voudrait.

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« – Hé, Man, tu veux tirer une taff ?

– Non, merci je ne fume pas, pourrai-je savoir ce que vous faites ici en pleine nuit ? C’est une orgie platonique ou une tentative de suicide collectif au THC ?

– Toi t’es du genre à répondre à une question par une question, caustique quoi, waouh, tu fais du stand-up c’est ça ? Fume Man, soit cool, on refait le monde, on veut laisser une trace dans le monde, une empreinte man dans l’univers ! Emanciper les esprits en suivant nos propres règles…

– Une trace ou une preuve ? Je ne sais pas si le fait de laisser une empreinte de vos culs rachitiques en cercle servent à quoi que ce soit vos grands desseins, par contre vu les proportions de mauvais shit qui traîne négligemment à vos pieds, un petit tour en cellule de dégrisement serait une excellente opportunité de confronter vos théories fumeuses à une réalité humide, non ?

– Waouh, t’es un de ces matérialistes à la solde de Babylone man ! Un de ces cyniques avec la chemise bien repassée et le truc d’Apple dernier cri man !

– Ha ! Désolé si je ne suis pas assez bien pour votre liberté de penser, mais entre la propagande d’amphi, le totalitarisme à la cool et l’apologie des stupéfiants pour un monde meilleur, quand avez-vous le temps de goûter au libre arbitre dans tout ça ?

-… »

Après une minute de silence, je quitte les libertaires d’une saison, ceux-là mêmes qui rentreront dans le rang d’une école de commerce aux petits matins de leur premier bad trip, puis en retrouvant la nuit sans un bruit, je me dis que plus je connais les Hommes, plus j’aime mon Ipod.

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The Wire 2

Les murs ont des oreilles, pourtant personne ne leur parle.

Avec ma collection de cicatrices, je crois plus au pragmatisme qu’à la rédemption.

Je pourrais attendre patiemment la réinsertion ou le jugement dernier, mais je n’ai jamais eu de penchant pour la science fiction.

Je voudrais passer à table, mais la faim me tiraille, car je sais que j’ai plus de chance d’avoir une épitaphe qu’une autobiographie.

J’ai besoin qu’il y ait plus de crimes que de coupables, pour que l’ordre ait un sens, pour mordre et que l’on me l’ordonne.

Les désirs de futurs en commun font les promesses de réussites individuelles.

La vie rêvée se venge de tout ce qu’elle n’a pas pu, de tout ce qu’elle n’a pas voulu quand la misère a frappé à sa porte.

Qui a dit que les mauvais cauchemars passaient et que les monstres n’existaient pas ? Sûrement ceux qui les fabriquent, puis les entretiennent pour mieux les combattre un soir de sondage.

Je préfère avoir le moral que la morale.

Le code pénal n’est pas un guide de survie en société, alors la rue trouve une forme de justice sociale dans l’argent sale.

Gardez bien à l’esprit que la loi du plus fort n’est rien face à celle du plus résistant.

Les gyrophares rythment tout, mes insomnies sans chagrin raisonnable, les jours de minimas sociaux, mes gueules de bois pour une mise en abîme, les nuits où l’on fait semblant d’aimer à deux, la messe pour acheter un peu de foi, les récréations où les enfants n’en sont déjà plus.

L’école a la mémoire trop usée pour se remémorer à quoi pouvait bien lui servir ses mains.

Pour former les nouveaux citoyens, on envoie ceux qui ne croient plus en être, ou pire, ceux qui pensent que le mensonge est acceptable au regard de leurs échecs.

Je vote plus par habitude que par conviction.

J’aimerais que l’on organise un suffrage universel pour désigner Dieu, une fois pour toute. Je me lasse d’être tenu en laisse par ses subalternes car ils meurent plus vite qu’ils ne mentent.

Laissez-moi parler au proxénète, m’entendez-vous ?

J’ai vu l’information passer du devoir au pouvoir sans que nul ne se plaigne du voyage, enfin, jusqu’à l’arrivée.

En avoir plein les yeux, c’est sûrement plus important qu’en avoir dans la tête ou même dans le pantalon, du moment que la simulation est parfaite.

Ce qui différencie un fait probant d’une vérité vague ? Le nombre de personne qui y croit !

Demain tu pourras voir l’ennemi public numéro 1 se confondre avec ton concitoyen célèbre préféré et secrètement, tu aimeras les deux.

Apparemment j’ai le choix entre être une victime et un criminel, dans le deux cas le public scandera mon nom.

Quand la journée s’écrase en catastrophe sur ce goût d’inachevé logé dans ma gorge, je me pince pour être sûr que tout ça est bien vrai, afin de me rassurer.

Mais en fait, j’ai besoin d’un verre de plus pour tenir le coup au cas où demain viendrait à voir le jour.

Entre mes besoins et mes envies, mon cul bascule.

Finalement, comme souvent, je me retrouve avec une inconnue, dans un lit qui n’est pas le mien non plus, c’est déjà mieux que la solitude, enfin c’est peut-être ça, la solitude.

Le bien et le mal, ce n’est qu’une histoire, une belle histoire si tu le veux, continue à dormir.

Personne ne t’attend et ne compte sur toi, remplis les cases, satisfais les quotas, deviens une statistique et tout ça pour quoi ?

Je me demande parfois, au crépuscule de nos actes manqués, comment fait-on pour continuer une guerre lorsqu’on sait qu’elle ne se terminera jamais ?

Sûrement parce que nous ne sommes pas plus cons qu’ils le pensent, mais moins que ce nous voudrions.

Alors j’ai choisi l’arme au lieu de l’âme parce que la première a un prix et la seconde n’en a pas. Je ne suis pas philanthrope.

J’ai dû me perdre entre la vitrine et l’arrière-boutique pour avoir autant chercher la sortie.

J’ai vu la ville s’éteindre de tout son peuple pour ne jamais se réveiller.

Une prison comme on les aime, ouverte 24h sur 24h, même le dimanche, avec plus de ciment que de sentiments, plus de morts que de vivants.

Et les hommes dans tout ça ! Je pense que personne ne leur a dit qu’ils faisaient juste partie du décor.

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