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Posts Tagged ‘Michael Jordan’

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À un moment donné chacun d’entre nous, dans notre quête pour la vérité de tickets restaurant et d’un enterrement correct, avons eu une de ces addictions pour lesquelles nous étions prêts à faire n’importe quoi, par n’importe quel moyen, licite ou pas. Mon proxénète à moi brillait de mille feux à la limite de la crise d’épilepsie et s’appelait salle d’arcade, le lieu de prédilection au début des années 90 pour que les jeunes mâles accomplissent leurs rites d’initiation devant la tribu des hommes un joystick à la main.

Imaginez que j’étais prêt, la morve au nez, à sortir de l’enchanteresse promiscuité de la périphérie urbaine lyonnaise – dépourvue de transports en commun dignes de ce nom – quitte à marcher plus d’une heure ou à braver les contrôleurs pour le simple plaisir animal de mettre 5 francs dans une fente voire 10 en cas d’adhésion soudaine et désintéressée de certains à la « Fondation Souklaye : pour une enfance faite de violence virtuelle et d’un amour matérialiste».

La problématique avec le pouvoir, c’est que tout le monde le veut. Et à 10 ans et quelques pixels, être détenteur du titre de numéro 1 du centre commercial à Street Fighter IIc’est une gloire par procuration, être champion de course c’est une invitation à de futurs rodéos, mais être recordman de Tétris sur une borne d’arcade et s’en réjouir, voilà le genre d’attitude regrettable qui relègue inextricablement un enfant innocent dans le rôle piège de l’éternel vierge/meilleur ami. Bref, donc comme je le disais dans toute guerre qui se respecte, l’emplacement c’est le pouvoir. Je ne pouvais décemment – égotiquement, politiquement, culturellement – pas laisser d’autres enfants au pouvoir d’achat illimité truster ainsi la borne d’arcade Street Fighter II constellée de miasmes entre leurs mains potelées. Je me voyais dans l’obligation de mettre en application stricte les enseignements de Guile et Dhalsim au nom de la justice sociale.

Après une campagne victorieuse remportée à limite de l’abandon où nous boutions – dans la pure tradition Charles Martelesque –  les assaillants dans les retranchements de leur 6ème arrondissement natal, mes collègues prolétaires avec une paire de Nike Air et moi-même coulions ainsi des jours heureux à engraisser le gérant de cette salle de jeux. Le même qui, plus tard, nous interdirait l’entrée de sa boîte de nuit – aussi stupide qu’il faille être pour danser, se serrer à la limite de l’étouffement dans le noir avec des lunettes de soleil et accepter un cancer planant au-dessus de nos têtes telle une immense couche de fumée, la misère sentimentale est à ce prix. Moralité le crime ne paie pas, mais il permet de patienter jusqu’à la puberté. Je n’avais pas de 6ème sens, non, mais une paranoïa zélée, oui, et lorsque je n’ai plus vu venir les clones de Ricky ou la belle vie, j’ai senti qu’il se tramait quelque chose. Malheur, la borne d’arcade avait atterri dans leur salon un matin de septembre 1992, la Super Nintendo européenne était là !

En fin stratège – comme tous les enfants de mon âge qui lisaient Console + à vrai dire –, je m’attendais à ce que la révolution arrive sans dogme ni sang dans mon salon et entre le minimum syndical du chantage affectif d’usage, un peu de logistique le dimanche matin sur le marché et les perpétuels pigeons en quête d’amitié, la technologie nippone de pointe s’était durablement installée dans mon cœur et dans mon HLM. Que Dieu bénisse la loi du marché ! Je ne remets pas en cause l’impact industriel de la chute du mur de Berlin ou même encore l’émoi animalier qu’a suscité la libération de Nelson Mandela, mais que les choses soient claires : la Super Nintendo, par son héroïsme de plateforme et ses combats de rue, a réuni les peuples comme jamais – les possesseurs de Megadrive étant des sous-hommes, cela va de soi – en vérité je vous le dis !!!

J’ai pu assister à ce changement depuis mon HLM, dont j’ai toujours pensé qu’il servait de laboratoire tant le voisinage était organisé comme une bombe à retardement : les musulmans à gauche, les juifs à droite et une famille de noirs en haut, sûrement pour servir de détonateur. Moi, j’avais des voisins, je les aimais ou pas parce qu’ils avaient des caractéristiques de voisins – porte claquée trop fort ou talons trop bruyant dans les escaliers – et par la force des choses j’étais ami avec les deux côtés de l’immeuble. Mon ventre s’en souvient encore.

De mémoire de concierge tout allait pour le mieux du monde jusqu’à la première guerre du Golfe, mais Sadam Hussein et Jean-Claude Narcy n’ont pas eu raison de Street Fighter II. Et donc Daniel et Rachid, mes voisins, venaient partager l’oecuménique Coca-Cola tout en s’explosant joyeusement le délit de faciès à coup de flèches vers le bas + bouton R et en écoutant le plus sérieusement du monde Rage Against the Machine. Le conflit israélo-palestinien ne s’était pas encore exporté dans notre quartier, mais quand leurs parents respectifs se regardaient en chiens de faïence devant la boîte aux lettres, j’étais alors pris de panique et je me disais que les germes étaient déjà là parmi nous.

Nous avions un peu de répit avec la guerre de Yougoslavie, les réfugiés étaient parachutés dans notre quartier sans atterrissage garanti. Ils étaient la cible de tous et oui, la paix sociale et l’intégration passent forcément par la fabrication d’un ennemi commun. Les manettes s’usèrent, nos duvets s’épaissirent et d’après les vendeurs de culture, les jeux vidéo étaient source de violence ou de maladie. Mais nous, nous avions un nouveau système narratif à portée de main, plus que la victoire ou la défaite, c’était la création d’une histoire et d’une mémoire communes qui s’écrivait en appuyant sur Start. Mais la mort d’Yitzhak Rabin changea à jamais notre équilibre précaire. Heureusement que nous nous sommes appliqués à nous perdre de vue, sans évidemment respecter notre serment scellé sur un terrain de basket. Je n’ose imaginer l’ambiance et les civilités échangées dans la cage à lapin qui nous servait d’escalier après le 11 septembre…

Avec un peu de recul, ce qu’il me reste de ma Super Nintendo, hormis d’avoir perdu un peu de mon amour propre à Mario Kart et quelques Pascals laissés en offrande chez Micromania, c’est surtout des gens et principalement des lieux. Là où les politiques de la ville construisaient des complexes sportifs et dispensaient de la culture bon marché dans notre zone, sans internet, ni réseaux, j’avais dû par la force des choses trouver des adversaires ailleurs, dans la fange comme dans le cachemire. Mon initiation à l’autre, que je ne voyais guère qu’au travers de la télévision, elle s’est faite par Street Fighter II. J’avais jadis tenté l’expérience avec le piano mais ce fut un échec. Nike n’avait pas encore inventé Michael Jordan, donc dans d’innombrables salons et chambres j’ai trouvé du mépris parental et de l’amour virginal. Il fallait donc que je me rende à l’évidence riche ou pauvre, noir ou blanc, juif ou musulman, nous avions tous les mêmes problèmes, des sauvegardes quasi inexistantes, des fils de manettes jamais assez longs et une télévision toujours trop petite.

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C’est plus qu’un jeu ? C’est plus qu’un Je ! Vous savez le matin ne fait pas de sentiments et peu d’états d’âme qu’importe le fuseau horaire et le prix de votre sommier, il nous matraque systématiquement sans vergogne pour mieux nous réveiller sous le regard impatient et carnassier de nos basses besognes. Néanmoins, dans sa grande bonté, la naissance quotidienne et forcée sépare la race de ceux qui marchent debout en deux catégories bien distinctes, ceux qui ont un but une fois les yeux ouverts et ceux qui n’en ont pas même lorsqu’ils les ferment pour mieux s’évader de leur geôle en 3D.
Je constate régulièrement, presque amusé, en pratiquant mon prochain que ceux qui ont un but possèdent une haute opinion de celui-ci, ainsi que d’eux-mêmes. Ensuite pour s’assurer la légitimité et la paternité sur les aspects positifs du futur du globe et convaincre leur auditoire de la perfidie de ceux qui ne veulent pas adhérer, ils ont inventé les mots nihiliste et misanthrope ! Dès lors, tout est une affaire de divertissement, toujours primordial, masqué en causes communes et les idées deviennent une affaire personnelle que l’on domestique en groupe, entre gens bien, chacun à son tour.

Révolte, rébellion, révolution, mouvement social, problème de flatulence et d’apesanteur, moralité en danger, justice culpabilisante où que sais-je encore, la seule chose que je sais, c’est que je ne sais pas et que toutes les nobles intentions énoncées ci-dessus vivent sur un passé fabriqué de toutes pièces pour mieux les bercer tout en espérant secrètement les tuer par leur simple volonté contestataire lors d’une promenade musicale et en banderole. J’ai souvent été sous le feu nourri des clubs, je n’ai jamais été une personne des serments, des préliminaires en manifestation, du protocole, des booms et encore moins des règles, de l’ordre et de la discipline à mâcher avant d’avaler.
Berger ou mouton, ce n’est pas un choix, juste une histoire de promotion ou d’opportunisme. Mais là où les religieux donneurs d’âme ou barbus en quête de soldats de plomb – voire les experts de l’extorsion dianétique – ont abandonné, les charlatans de la démocratie en voie d’extinction ont toujours tenté et essayent encore d’ailleurs de me coller leur étiquette afin de compléter leur nuancier, car celui qui n’a pas son nègre de compagnie – jadis pour se justifier et maintenant pour se conformer – n’est pas digne du jeu républicain !
Et ce jour d’octobre 1995, je n’ai pas eu le choix au milieu de la cohue estudiantine et de la fronde policière, eux voulaient juste avoir une histoire à raconter à leurs enfants à défaut d’avoir fait avancer les choses, moi je voulais un ballon de basket Spalding Chigago Bulls et rien d’autre.

Comment, sérieusement, vouliez-vous que j’imagine que les apôtres des idéologies boutonneuses allaient délaisser la gloire médiatique des défilés, chantant faux, sur les grandes avenues du centre ville pour mon claustrophobique et clinquant centre commercial de la Part-Dieu, sérieusement, comment ? Ce jeudi après-midi aussi moribond qu’ennuyeux, j’avais consciencieusement pris la file de l’air en laissant vacant mon siège de torture eu égard à la surpopulation scolaire, ainsi qu’à l’oisiveté de mes enseignants et d’un pas certain et dansant avec ce jean qui flirtait tantôt avec mon bassin, tantôt avec mes fesses, je me dirigeais avec plus d’une centaine de francs vers le seul Footlocker de la région au milieu des années 90. Pour que chacun se remémore la température de l’époque, nous étions en pleine effervescence des blagues d’un goût douteux impliquant Khaled Kelkal et l’indigestion caractérisée de pommes gaullistes, mais revenons à mes emplettes… et au temple de ma dévotion. À côté d’une armée de basket manufacturées par des enfants – cela ne m’empêche de dormir ou d’en porter – le voilà lui, le Saint Graal sphérique à cornes, avec un regard de guerrier made in Chicago, comme dans les magazines, comme dans mes trash talk sur le terrain, rouge, noir, blanc, rugueux, granuleux et lisse à la fois, lui le seul, le voilà entre mes mains fébriles trop petites pour pleinement l’épouser, le souffle au ralenti, les pupilles dilatées, j’avais comme une poussée de ferveur entre les jambes. Moralité, Michael Jordan était plus vrai que Dieu !

Au moment de passer à la caisse enregistreuse et également à l’humidification pudique de mes yeux, une alerte retentit, une panique se répandit et l’anarchie naquit dans les arcanes du centre commercial en 30 secondes, montre en main. Puis le vendeur, la bouche béante et la déontologie pétrifiée, me demanda de sortir séance tenante en omettant de me faire payer l’objet du désir en cuir, afin qu’il puisse baisser sa devanture bien aimée, celle qui le protègerait de la horde de barbares annoncée par les haut-parleurs et la sirène. Mais qui étaient donc ces impitoyables et redoutables envahisseurs capables de faire perdre une commission si petite soit-elle à un vendeur récidiviste ? Pull up ! Comme ils disent, retour en arrière s’il vous plait. Certes, à l’entrée du centre commercial j’avais aperçu sans y prêter attention un amoncellement de velus/chevelus fidèles de Noir Désir, de Burning Spears et de tout ce qui pouvait énerver leurs parents, sans oublier par extension la société qui leur permettait de s’en plaindre, mais j’avoue peut-être à tord le mal que j’avais à prendre au sérieux des gens qui avaient la certitude que la démocratie s’exerçait dans la rue, à pied, avec des pancartes et des slogans ! Quoi qu’il en soit, les faits étaient là, les amoureux des histoires sociales à dormir debout étaient prêts à en découdre mais pas trop avec les CRS toujours à proximité du centre commercial.

Aujourd’hui c’est jour de fête, la dégustation gratuite de l’arsenal policier n’aura pas de goûteurs arabes comme souvent mais des étudiants dont la chair était plus tendre à la matraque. Merci qui ? Merci Alain Juppé ! Devant cette configuration inédite pour moi et sans support amical, il me fallait promptement trouver un chemin salutaire et une issue honorable entre les parties de chasse à l’homme inter-bornés et les pillards improvisés qui avaient dû oublier leurs causes sur la route. Ce qu’il y a de pratique avec l’ennui et la promiscuité, c’est qu’ils vous cantonnent au stand-by sur banc ou à la folie passagère en tournant en rond là où tout se vend, mais où l’on ne peut rien acheter. Et à la Part-Dieu, en l’occurrence je la connaissais par cœur, comme ma poche et les yeux fermés, entre la chorégraphie de la révolte sponsorisée et de l’ordre corrompu, au 3ème étage à côté du Carrefour, le passage réservé au personnel était presque toujours entre ouvert et il menait à la pointeuse sans pitié, mais avant ça vers une sortie qui donnait sur la bibliothèque et donc la sortie. « Money Time », fin de la partie ! Souklaye 1 – Les autres 0.

En fait, pas tout à fait… En fait, pas du tout ! La guérilla urbaine bénigne avait migré à l’extérieur de l’Eglise du consumérisme. Tout était à refaire et j’avais un match de basket-ball et de la fanfaronnerie à dispenser une demi-heure plus tard. Il ne fallait pas compter non plus sur la présence des transports en commun sur le théâtre des opérations ou le champ de bétail. Si j’en avais eu le temps et le cœur, je me serais attendri sur ces marques d’affections fratricides en ayant dans un coin de la tête cette rêverie que certains « avaient été » et que certains « seront » ceux qu’ils combattaient avec acharnement et qui n’avaient plus que peu de rapport avec d’hypothétiques principes, mais plutôt une filiation directe envers cette banale animalité sanguinaire qui est la nôtre. J’aurais bien voulu participer aux festivités, histoire de m’intégrer, mais sachant que l’on m’avait indiqué à moult reprises que je n’étais pas chez moi ici, il était donc hors de question que je fasse preuve d’une quelconque ingérence dans une affaire qui ne serait jamais mienne !
Au vu de l’état des lieux, l’option discrétion et camouflage n’en était pas une. Il n’y avait que peu d’amis chocolat dans les insurgés d’une après-midi et ceux avec un uniforme portaient fièrement leur casque afin que ce détail ne soit qu’un mauvais souvenir, j’étais par la même occasion à découvert et avec des signaux clignotants à la place de mon crâne luisant. J’ai donc pris la décision extrême de remonter mon pantalon jusqu’à mon nombril, de serrer fortement cette ceinture qui ne servait que de décor depuis son acquisition et de faire mes lacets pour la première fois. Adieu frivolité, bonjour efficience ! Quid du ballon Spalding Chicago Bulls ? Le porter sur le côté ? Non, s’eut été le meilleur moyen de perdre un soldat en chemin. L’heure du sacrifice avait sonné, quel crime de lèse-majesté que celui-ci de déformer un sweet-shirt Reebok « Shaq Attack » tout neuf ! Je me suis empressé – pour ne pas y réfléchir – de loger le ballon entre mon t-shirt et mon sweet, puis ressemblant enfin à un travesti enceinte ou à la chanteuse de Skunk Anansie, j’ai pris une longue respiration, puis j’ai fermé les yeux pour mieux les ouvrir…

Et je me suis mis à courir sans m’arrêter, sans me retourner jusqu’à ce que le bruit de la bagarre annuelle et culturelle ne devienne qu’un son sourd et que les silhouettes en face de moi ne se transforment en la faculté de Lyon III. Ouf, je n’ai jamais autant aimé Bruno Gollnisch ! Suis-je allé vite ou ai-je eu de la chance ? Je ne préfère pas le savoir, sachant que je ne réitérerai pas l’exercice, car j’ai perdu un poumon sur la piste et que mes glandes sudoripares ont fait dans l’excès de zèle. Mes habits de lumière peuvent en témoigner. Mais le ballon, mon précieux il était avec moi. Il ne me restait donc qu’à débuter nonchalamment ma danse de la victoire dans le plus pur style californien, tout en la ponctuant d’onomatopées et de trouver quelques effets de narration afin de dramatiser mes péripéties le temps d’arriver au terrain de basket-ball qui jouxtait le parking de l’Institut Lumière.


Arrivé sur place avec un sourire que rien ne pouvait arrêter – ni la perspective d’un nouveau redoublement et ni même celle que la lune ne me tombe rétroactivement sur un coin de la gueule – je me suis empressé de chercher âme qui vive sur ce terrain d’habitude bondé. Il n’y avait qu’un petit garçon maigrichon en guise de public, qui répétait sans cesse le même mouvement sur la ligne des lancers francs. Après l’avoir questionné sur la disparition soudaine de l’armée internationale des amoureux des dunks rageurs et des contres savoureux, il m’a indiqué que cet autre troupeau était allé s’agglutiner aux abords de la Part-Dieu afin d’aller admirer le spectacle de la furie des Hommes, des os qui craquent et de la symphonie des lances à eau.

Je dois dire un peu dépité que nous avons une passion malsaine pour les vitrines, de la violence conjugale à la guerre mondiale et une addiction certaine voire viscérale pour le sang, surtout celui des autres. Cela doit être pour ça, pour nous contenir, qu’en occident, chaque dimanche, on nous permet de faire acte de cannibalisme, de vampirisme et d’un peu de nécrophilie, enfin je crois. Alors, j’ai repris mes esprits et j’ai fait comme le petit garçon maigrichon qui avait tout compris, j’ai travaillé seul mes lancers francs, peu importe que le ballon soit rouge, noir, blanc, rugueux, granuleux et lisse à la fois, je voulais, comme lui, juste pour avoir un peu de calme, ma part de paix car la répétition tue la réflexion et, des fois, c’est bien mieux ainsi…

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Arnold et Willy

J’aime à me dire que le racisme, c’était mieux avant.

Avant que Michael Jackson ne devienne blanc et que Michael Jordan ne victimise les Croates, le seul référent de mes chers concitoyens de base en matière de négritude, c’était Arnold & Willy.

Un subtil mélange, quota oblige, entre Racine et Oliver Twist, misérabilisme et angélisme.

Outre le pitch improbable de cette fable égalitariste, cette ode à la tolérance, cette vente forcée du métissage, ce sont principalement les dégâts collatéraux engendrés par cette négrophilie soudaine – digne de l’engouement des badauds devant une animalerie à l’approche des fêtes de fin d’année – qui me ramène à cette ambiguïté quasi théologique envers Barack Obama.

La cour des miracles vote aveuglément pour une bête de foire, ce qui lui permet de croire sans essayer de comprendre.

Mais, enfant, ma hantise était plus simple : comment passer inaperçu sans être invisible ?

Inspirer une peur médiatique, en espérant qu’elle soit un jour cinématographique ou accepter toutes les amitiés même celles des fans de Francky Vincent, j’ai le culte entre deux chaise, il faut choisir ou plutôt capitaliser.

Les faits sont là. Dans les années 80, si tu étais noir en province, tu pouvais être Arnold Jackson, mais certainement pas toi même et tout cela en toute bonne foi.

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J’aurais voulu courber l’échine, faire preuve d’intégration lorsque les amis du colonialisme sympa me dépossédaient de ma personnalité pour satisfaire leur bon plaisir cathodique. Mais j’aime trop botter des culs à la chaîne – et avec le sourire – pour ça !

Il n’y a rien de plus compliqué que d’admettre la nature presque repentante d’un acte de violence gratuite à la vue d’une sexagénaire boitillante venant vous assener un énième – comme si vous n’étiez pas là – il est bien mignon le petit noir, comme celui de la télévision !

La même vieille dame se vengeant dans les urnes prétextant un foyer d’insécurité galopante dans son écran. Moralité, il y a des euthanasies qui se perdent.

Voilà à quoi servaient les skinheads, faire tampon comme SOS Racisme, afin que j’assouvisse sereinement et en toute légitimité mes pulsions meurtrières prétendues contre un racisme qui s’assumait.

La bonne époque où l’on avait de vrais ennemis, où l’on ne s’en créait pas à coups d’hémoglobine pour un bout de quartier, en location qui plus est.

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J’avais hâte sans le savoir qu’arrive enfin la mode des Rachid Taha, Faudel, Khaled et qu’enfin les divorcés atteintes d’une quarantaine bien passée, les working girls d’écoles de commerce jamais terminées et les filles de coiffeuses nées dans une boîte de nuit puissent se convertir en toute quiétude républicaine.

J’ai connu des gens qui ne voulaient plus être noirs, ici, je leurs rétorquais donc qu’ils pourraient être quelqu’un, plus tard, mais ailleurs.

Pour l’heure, j’étais coincé avec une armée de gens bien sous tout rapport moral, ne pensant jamais à mal, mais pensant tout de même et dont la compassion à mon égard n’avait d’égal que leur passion pour collectionner des bibelots.

J’aillais être à ma place sur une étagère poussiéreuse entre les boat people et un morceau du mur de Berlin. À bientôt Barack…

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