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Posts Tagged ‘HLM’

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À un moment donné chacun d’entre nous, dans notre quête pour la vérité de tickets restaurant et d’un enterrement correct, avons eu une de ces addictions pour lesquelles nous étions prêts à faire n’importe quoi, par n’importe quel moyen, licite ou pas. Mon proxénète à moi brillait de mille feux à la limite de la crise d’épilepsie et s’appelait salle d’arcade, le lieu de prédilection au début des années 90 pour que les jeunes mâles accomplissent leurs rites d’initiation devant la tribu des hommes un joystick à la main.

Imaginez que j’étais prêt, la morve au nez, à sortir de l’enchanteresse promiscuité de la périphérie urbaine lyonnaise – dépourvue de transports en commun dignes de ce nom – quitte à marcher plus d’une heure ou à braver les contrôleurs pour le simple plaisir animal de mettre 5 francs dans une fente voire 10 en cas d’adhésion soudaine et désintéressée de certains à la « Fondation Souklaye : pour une enfance faite de violence virtuelle et d’un amour matérialiste».

La problématique avec le pouvoir, c’est que tout le monde le veut. Et à 10 ans et quelques pixels, être détenteur du titre de numéro 1 du centre commercial à Street Fighter IIc’est une gloire par procuration, être champion de course c’est une invitation à de futurs rodéos, mais être recordman de Tétris sur une borne d’arcade et s’en réjouir, voilà le genre d’attitude regrettable qui relègue inextricablement un enfant innocent dans le rôle piège de l’éternel vierge/meilleur ami. Bref, donc comme je le disais dans toute guerre qui se respecte, l’emplacement c’est le pouvoir. Je ne pouvais décemment – égotiquement, politiquement, culturellement – pas laisser d’autres enfants au pouvoir d’achat illimité truster ainsi la borne d’arcade Street Fighter II constellée de miasmes entre leurs mains potelées. Je me voyais dans l’obligation de mettre en application stricte les enseignements de Guile et Dhalsim au nom de la justice sociale.

Après une campagne victorieuse remportée à limite de l’abandon où nous boutions – dans la pure tradition Charles Martelesque –  les assaillants dans les retranchements de leur 6ème arrondissement natal, mes collègues prolétaires avec une paire de Nike Air et moi-même coulions ainsi des jours heureux à engraisser le gérant de cette salle de jeux. Le même qui, plus tard, nous interdirait l’entrée de sa boîte de nuit – aussi stupide qu’il faille être pour danser, se serrer à la limite de l’étouffement dans le noir avec des lunettes de soleil et accepter un cancer planant au-dessus de nos têtes telle une immense couche de fumée, la misère sentimentale est à ce prix. Moralité le crime ne paie pas, mais il permet de patienter jusqu’à la puberté. Je n’avais pas de 6ème sens, non, mais une paranoïa zélée, oui, et lorsque je n’ai plus vu venir les clones de Ricky ou la belle vie, j’ai senti qu’il se tramait quelque chose. Malheur, la borne d’arcade avait atterri dans leur salon un matin de septembre 1992, la Super Nintendo européenne était là !

En fin stratège – comme tous les enfants de mon âge qui lisaient Console + à vrai dire –, je m’attendais à ce que la révolution arrive sans dogme ni sang dans mon salon et entre le minimum syndical du chantage affectif d’usage, un peu de logistique le dimanche matin sur le marché et les perpétuels pigeons en quête d’amitié, la technologie nippone de pointe s’était durablement installée dans mon cœur et dans mon HLM. Que Dieu bénisse la loi du marché ! Je ne remets pas en cause l’impact industriel de la chute du mur de Berlin ou même encore l’émoi animalier qu’a suscité la libération de Nelson Mandela, mais que les choses soient claires : la Super Nintendo, par son héroïsme de plateforme et ses combats de rue, a réuni les peuples comme jamais – les possesseurs de Megadrive étant des sous-hommes, cela va de soi – en vérité je vous le dis !!!

J’ai pu assister à ce changement depuis mon HLM, dont j’ai toujours pensé qu’il servait de laboratoire tant le voisinage était organisé comme une bombe à retardement : les musulmans à gauche, les juifs à droite et une famille de noirs en haut, sûrement pour servir de détonateur. Moi, j’avais des voisins, je les aimais ou pas parce qu’ils avaient des caractéristiques de voisins – porte claquée trop fort ou talons trop bruyant dans les escaliers – et par la force des choses j’étais ami avec les deux côtés de l’immeuble. Mon ventre s’en souvient encore.

De mémoire de concierge tout allait pour le mieux du monde jusqu’à la première guerre du Golfe, mais Sadam Hussein et Jean-Claude Narcy n’ont pas eu raison de Street Fighter II. Et donc Daniel et Rachid, mes voisins, venaient partager l’oecuménique Coca-Cola tout en s’explosant joyeusement le délit de faciès à coup de flèches vers le bas + bouton R et en écoutant le plus sérieusement du monde Rage Against the Machine. Le conflit israélo-palestinien ne s’était pas encore exporté dans notre quartier, mais quand leurs parents respectifs se regardaient en chiens de faïence devant la boîte aux lettres, j’étais alors pris de panique et je me disais que les germes étaient déjà là parmi nous.

Nous avions un peu de répit avec la guerre de Yougoslavie, les réfugiés étaient parachutés dans notre quartier sans atterrissage garanti. Ils étaient la cible de tous et oui, la paix sociale et l’intégration passent forcément par la fabrication d’un ennemi commun. Les manettes s’usèrent, nos duvets s’épaissirent et d’après les vendeurs de culture, les jeux vidéo étaient source de violence ou de maladie. Mais nous, nous avions un nouveau système narratif à portée de main, plus que la victoire ou la défaite, c’était la création d’une histoire et d’une mémoire communes qui s’écrivait en appuyant sur Start. Mais la mort d’Yitzhak Rabin changea à jamais notre équilibre précaire. Heureusement que nous nous sommes appliqués à nous perdre de vue, sans évidemment respecter notre serment scellé sur un terrain de basket. Je n’ose imaginer l’ambiance et les civilités échangées dans la cage à lapin qui nous servait d’escalier après le 11 septembre…

Avec un peu de recul, ce qu’il me reste de ma Super Nintendo, hormis d’avoir perdu un peu de mon amour propre à Mario Kart et quelques Pascals laissés en offrande chez Micromania, c’est surtout des gens et principalement des lieux. Là où les politiques de la ville construisaient des complexes sportifs et dispensaient de la culture bon marché dans notre zone, sans internet, ni réseaux, j’avais dû par la force des choses trouver des adversaires ailleurs, dans la fange comme dans le cachemire. Mon initiation à l’autre, que je ne voyais guère qu’au travers de la télévision, elle s’est faite par Street Fighter II. J’avais jadis tenté l’expérience avec le piano mais ce fut un échec. Nike n’avait pas encore inventé Michael Jordan, donc dans d’innombrables salons et chambres j’ai trouvé du mépris parental et de l’amour virginal. Il fallait donc que je me rende à l’évidence riche ou pauvre, noir ou blanc, juif ou musulman, nous avions tous les mêmes problèmes, des sauvegardes quasi inexistantes, des fils de manettes jamais assez longs et une télévision toujours trop petite.

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« Je joue à l’animal domestique le jour, mais une fois le crépuscule en phase terminale, je deviens une bête de foire dans la cour des miracles »

Un bon Canut, c’est un Canut mort. Je tourne tellement le dos à la Croix-Rousse qu’elle a fini par disparaître, enfin jusqu’à ma prochaine obligation scénique. Que ne ferait-on pasdepuis un bout de planche pour satisfaire les besoins de voyeurisme du public et le syndrome pavlovien des applaudissements ? Pfff… les dites planches s’obstinent à pousser sur les tombes des Canuts.

Mais à minuit passé à la lisière de la place des Terreaux, il n’y a que les professionnels des coups et blessures et les amateurs d’adrénaline pour se donner en spectacle devant les charognards en Air Max. La vie nocturne en centre ville est un écosystème parfait où le vol à la tire cohabite avec les taxes indirectes imprimées à même l’addition. Pour sûr, la base de la luxure est la misère. Et pendant que les uns tanguent jusqu’à en effleurer le bitume, les autres enracinés dans l’ombre attendent une ouverture. Lyon dans toute son obscurité, ses artères festoient abondamment car c’est le standing qu’elle nous impose. Mais attention, dès que la dernière prostituée du terroir s’éclipse entre les premiers bus et la danse des rippers, il faut réendosser le costume terne et ordinaire de la vie en soldes et à crédit.

Au milieu de tout ça, dans la confusion la plus totale avec le reste de mon équipage ivre, je m’auto-interromps intérieurement :

«- Bla, bla, bla !

– Quoi encore ? Tu veux une camisole de force pour notre anniversaire ou tu désires le règlement de tes prestations de voix-off en cachets d’intermittent ?

– Non, cher moi, je demande de l’aventure collective, des péripéties inavouables et peut-être même un peu de sang sur un visage anonyme ou en plaisir menstruel sur un préservatif usagé…

– Haaaaaa !! Hardcore, sérieusement, tu as un vrai problème toi, la vie de punk dans la peau d’un terroriste supposé avec une afro, ce n’est pas assez pour toi ?

– J’avoue, je suis déjà las et depuis le 11 septembre tous les noirs ont arrêté d’être des arabes. Le prestige de la série limitée est terminé, gentil petit nègre au jean trop large ! Donne moi quelque chose de neuf, d’excitant, d’exaltant, de bandant ! Sinon tu connais la sanction, la folie tapera à ta porte avant que l’amour véritable homologué par les fleuristes ne soit venu te prendre pour le dernier des cons.

– Tu sais quoi, hum, si je survis ici avec eux jusqu’à mes 30 ans, je mangerai des légumes et des fruits, des tas, des tonnes, des gros, des petits, des parfumés, des gluants, des farandoles, le tout à une table et avec des couverts !

– Franchement tu te nourris de kebabs sauce curry sans salade ni oignons en intraveineuse depuis dix ans et si on t’ouvrait le bide on pourrait y organiser un open bar, alors je tiens le pari!

– J’ai bien dit si je survis.

– Allez, je te laisse à notre soirée, on se reverra devant la cuvette des toilettes demain ! Bisous.

– Je. Ne. Suis. Pas. Un. Homme. À. Bisous.»

Hum, le gay de service qui parle de son album qu’il parachèvera demain, toujours et encore pour faire son coming out, la liane à la voix rauque tout juste échappée de sa maison de disque, Casper le Stéphanois refaisant les dialogues d’une journée particulière d’Ettore Scola pour lui seul et enfin, le Juif programmant un groupe d’antisémites pour un festival subventionné me regardent d’un air médusé et inquiet parce qu’apparemment, cela fait plus de cinq minutes que je parle seul. Bref, passons, pour moi les vrais fous sont ceux qui chantent sous la douche.

Alors que les alcooliques célèbres rejoignent chacun leur vomitorium de prédilection, ma glotte se balance et hésite encore entre une biture traditionnelle et un bad trip new school. Après une fin de non recevoir à la porte du « Cochon sauvage » et « Du bec de Jazz », il nous faut revoir nos ambitions à la baisse, vraiment très bas. Et de ruelles surpeuplées en culs-de-sac pour coupe-gorge, nous atterrissons finalement au troquet que voulions éviter « Le… machin vert » —qui n’a de vert que le fromage dans les plats servis aux musiciens de passage. Enfin, j’ai du mal à me rappeler le nom exact. Par contre la patronne, un vrai poème de magazine gratuit jonchant les salons de coiffure et aimable comme un balai à chiottes avec ça! Un véritable petit amour de femme punching ball.

Cela fait trois bonnes minutes que nous sommes assis et je ne sais quel parti prendre entre l’appel de la vessie et celui de la noyade par fermentation. Mais avant que je ne songe à m’uriner dessus, la détestable tenancière fait une famélique apparition en nous lançant nonchalamment des cartes toutes collantes et son mépris affiché pour la clientèle.

Je suis sûr que vous voyez le genre de carte dont je parle, le truc illisible à la mode où les noms de cocktails peuvent figurer haut la main dans le Kamasutra ou sur l’en-tête d’un flyer pour une free party. Peu importe, moi, je veux de la bière rien de compliqué, de la bière à la bière, de la pisse de chat de base. J’ai bien trop bu pour reconnaître le goût de tel ou tel alcool.

Et attendant que le dit alcool finisse par sortir par un trou ou par un autre, j’enchaîne tout ce que mes comparses me transmettent un brin amusés. Le jeu en vaut la chandelle : remplir la bête jusqu’à ce qu’elle soit au point de rupture. Jouez, jouez, ce n’est pas moi qui y perdrai mon découvert !

Alertée par nos bruits et nos cris incessants, la patronne comprend enfin que c’est mon anniversaire. Et dans un élan de générosité commerçant, elle décide donc de m’offrir, de nous offrir…une blague. Elle s’assoit en bout de table en accaparant l’espace et l’oxygène avant de partir dans sa narration qui débute en pleine Seconde Guerre Mondiale et se termine dans un camp de concentration. Finalement en se retirant de la table face à notre silence, la tenancière conclut par un laconique : « Mes grands-parents sont morts dans les camps, donc je peux en faire des blagues, moi j’en ai le droit ».

Comment dire, au delà de la consternation œcuménique et hérétique qui est la nôtre, jamais l’expression tête à claques n’a pris autant de sens. Profitant de ce grand moment de solitude où elle retourne se cacher derrière son comptoir de misère, mes acolytes règlent l’addition alors que je redécore les toilettes hommes et femmes, de haut en bas, poignées incluses. Ah, l’appel de la vessie et l’amour pour l’art nouveau ! Ce soir aucune envie d’un au revoir hypocrite à l’aune du comptoir, un petit regard de travers collectif et nous désertons le mobilier façon Soho du pauvre et la bande-son trop lounge pour être honnête.

De retour à la case départ, dehors, pour conclure cet anniversaire. Nous marchons à vue à la recherche de n’importe quelle lumière et d’un bout de banquette. L’heure n’est plus à l’équilibre et au porté de coup. En descendant la rue de la République en direction de Bellecour, je partage quelques bières tièdes perdues au fond de mon sac à dos, à côté de l’ultime 1,5 L de Whisky Coca artisanal. Le jeu doit continuer mais le reste de la bande passe gentiment son tour pour me laisser engloutir la dite mixture.

Blurp ! La gorgée de trop, le pas de trop, l’aérophagie de trop. Dans un saut désespéré je réussis à atteindre un banc public avant de pondre une toile de maître contre la chaussée qui ne demandait pas une telle dédicace. L’œuvre en question récapitule toutes mes dérives alimentaires du jour en passant d’un rayon à un autre de mon épicerie favorite. Matraqué par le flash de la liane à la voix rauque tout juste échappée de sa maison de disque, les autres légifèrent sur l’instant et l’endroit précis où ma gouache à touché le sol afin de trouver un gagnant et un riche héritier.

Hé merde, j’en ai plein la semelle ! Cela fera un souvenir à l’inconscient qui m’accueillera cette nuit sur son canapé. Après quelques minutes je reprends la marche forcée et la bande me suit à distance de flash. Soudain le sol se dérobe à nouveau sous mes pieds et de banc en banc j’accouche d’une nouvelle pièce maîtresse immortalisée en numérique, comme il se doit.

Mais à force de jouer au Petit Poucet, je retrouve ma vision horizontale et, malheureusement, le sens du goût. Heurk! Gagné, j’ai de belles éclaboussures de mes entrailles sur mon seul jean ne donnant pas directement sur la partie la plus intime de mon anatomie et je ne parle pas de ma veste fétiche, ma seconde peau, qui a fait les frais des cruels rebonds proposés par la rigole lors de ma dernière offrande. Je fais dans le lavement home made !

Pendant que je cligne des yeux pour ventiler en vain mon cortex, j’aperçois la joyeuse et noble escouade qui a loué des Vélo’v pour s’amuser à traverser le plus rapidement possible le bassin d’eau près du carrousel sans y déposer un pied sous peine d’y être balancé. Qu’est-ce qu’on est pas prêts à inventer lorsque l’on a tout ce qui doit nous combler? L’idiotie est le signal d’alarme de l’ennui.

Devant ce spectacle aqua-pédalesque, je bave sans m’en rendre compte, réfugié sur mon banc d’infortune d’où j’effraye des membres de la contre-culture représentée par des freaks tatoués, percés, scarifiés —avec accord parental— mais qui n’osent croiser mon regard de chapelier fou. Ce soir j’ai l’alcool hilare, mais le problème ce que je ne suis pas quelqu’un de drôle…

Bye bye delirium tremens, ramené sur Terre par la peau du cul, il me faut me repentir jusqu’à la fin de ma vie ou sombrer définitivement dans le ridicule. À boire, j’ai soif, à boire. Mais à quatre heures du matin, ma session de body painting ayant assez duré, je réveille mes vieux démons tandis que la ville dort plus qu’elle n’assume ses bas instincts. Les pressions se cachent pour mourir et les alcooliques notoires ont déjà regagné leur bar de fortune dans leur salon HLM, entre la télécommande et la manette de la Playstation. Décidément, les bonnes mœurs et les grenouilles de bénitier égarées dans la nuit prient pour que je m’en tire à bon compte en s’affolant autour de ma dépouille. Puisque je ne peux être sauvé autant me saborder une bonne fois pour toutes et pour cette apothéose il me faut une taverne digne de ce nom!

Les hétéros rechignant à s’occuper de mon cas, les homos pourvoiront à mes besoins en sponsorisant mon suicide goutte après goutte. Le gay de service qui parle de son album qu’il parachèvera demain, toujours et encore, pour faire son coming out nous ramène alors dans un rade dont il a secret. Et au moins là-bas, on ne regarde pas la gueule ou le costume du client, tous égaux devant le croupion !

Toc, toc, toc, nous sommes accueillis par le patron, ventripotent, gueulard et rougeaud, un brin taquin, il demande quel est le but de notre visite à cette heure tardive. Sachant que son peignoir rose —à moins que ce soit le filtre vitreux sur mes yeux— laisse apparaître son auguste pénis en forme de tire-bouchon, il y a peu place à l’équivoque.

Et l’alcool se met à couler à flot, le stroboscope marche au ralenti, les plumes succèdent aux paillettes et nous chantons tous à tue-tête sur un tube d’Adamo bras dessus bras dessous ! Quitte à tomber comme un seul homme.

Après un petit pas de danse sur les Pet Shop Boys, j’ai dû faire une sieste plus ou moins longue sur le trône à jouer avec la mort. Toujours est-il qu’à la sortie du bar nous avons nos verres pleins à la main, des tentures dorées autour de nos têtes et des paillettes à ne plus savoir qu’en faire. Bref l’art de la fête et un souvenir digne de ce nom! Mais sans m’en rendre compte, le temps de tourner la tête, et certains sont déjà rentrés chez eux, je ne sais pas, je ne sais plus lesquels. Nos tentures flashy en guise de cape nous prenons le chemin du retour avec le gay et la liane. De perte d’orientation en chemin de transhumance nous arrivons à un lit trop grand pour nous trois et en essayant bêtement de philosopher devant le télé-achat, je m’écrase comme le World Trade Center. Et là, plus rien. Plus d’image, plus de souvenir, quelques bribes de voix et le bruit du flash. Quel anniversaire, cela fait des mois que je n’ai pas dormi dans un lit, hum, le paradis. Ne croyez pas en Dieu, mais dans la literie !

Le matin de ma vingt-cinquième année arrive plus vite que la nuit ne part et au moment de collecter mes petits bouts de mémoire, il ne reste rien, des bruits de verre, des courbatures inconnues, une extinction de voix et des éclats de rire. Rien vous dis-je, un parc Croix-Roussien, des bars épicuriens, un long périple puis une lumière blanche. Je reprends mes esprits, la tête dans le trône et le cul vers le ciel. Du mortier plein la bouche et les yeux grenadine, je tente de trouver des raisons à mes interrogations. Non, pas cette fois. Et puis, je me retourne dignement en demandant aux rescapés de la fine équipe s’il n’y a pas une bière qui traîne et peut-être même un bout de pizza froide…

 

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Inside my nombril (5) : 31/08/2005 – Part 2 : Orgie conviviale

Inside my nombril (5) : 31/08/2005 – Part 1 : Les Préliminaires

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«Et plus que du sens, il me fallait dorénavant un but pour ne pas sombrer dans l’oubli ou la rubrique nécrologique…»

Toujours pas de ravalement de façade à l’horizon et l’an 1994 est arrivé, un chronomètre à la main pour me stipuler amicalement mais fermement que c’était cette année ou jamais, au quel cas une brillante carrière de CEO de friteuse dans un fast food m’était toute destinée. J’ai haussé les épaules par habitude en soufflant tout ce que je pouvais, avant de regarder dans le vide en attendant une réponse.
Et sans que je ne m’en rende compte les Rwandais débattaient déjà entre eux de l’épineuse question de l’identité nationale, Kurt Cobain goûtait au feu sacré, Robert Hue donnait ses lettres de noblesse au collier de barbe, Charles Bukowski prenait son ultime biture et les racailles élevées par Lacoste dansaient péniblement nuit et jour le Mia sous ma fenêtre.
Nous étions vraisemblablement en juin lorsque la machine à éphéméride s’est arrêtée pour le grand je m’en foutisme estival et j’avais fortement sollicité mon foi au lieu de ma cervelle.

Concernant ma fibre scolaire, j’avais en moi un tel amour pour la classe de cinquième qu’il m’était tout bonnement impossible de la quitter. Nous nous donnions donc à nouveau rendez-vous en septembre en espérant que les professeurs que j’avais éduqués aient enfin retenu mes enseignements ! Mine de rien je commençais à organiser quelque chose, un sabotage peut-être, mais quelque chose de construit.
Début du tour de France, certains retournent au bled d’où qu’ils soient, même du Morbihan. Quant à nous autres, il nous restait les allers et retours poisseux dans les transports en commun, la vente de fleurs (prises dans les poubelles de la clinique) à l’entrée du cimetière et notre participation à l’explosion démographique de la piscine municipale – si Jésus avait traîné avec nous, lui aussi aurait tenté un aquaplaning en dépit de l’apesanteur et des baigneurs !

Toujours aucun plan A à l’horizon et encore moins de plan B.
Les antennes paraboliques lorgnaient vers leur satellite et moi en direction du goudron qui semblait ramollir sous mes pas sans vraiment me retenir, la moiteur de l’atmosphère n’avait rien de sensuelle et j’en étais déjà à mon 12e Mr Freeze. Pas d’évasion possible, emprisonné sur Terre, parqué dans mon quartier.
Sans leur permission de sortie, économique ou généalogique, les fous tournaient en rond entre les contrôles de police à l’heure du goûter, la philosophie en nocturne et les érections matinales. La chaleur ne faisait pas de prisonniers et les toxicomanes désertaient progressivement le jardin d’enfants, disparition des seringues faisant foi !
De 11h à 23 h, pour limiter la propagation du coma ensoleillé, les plus chômeurs des consommateurs exhibaient leurs hauts parleurs confondant volume et puissance pour se battre en duel de cloison en cloison, de balcon en balcon et de tour en tour. Mais avec les mêmes artistes, les mêmes playlists, le même titre : nous étions plus proches de la  pensée unique que du métissage de paillasson…

Ainsi, à l’heure où les platines laser s’installaient confortablement dans les foyers grâce au CD 2 titres, l’underground était encore une maladie imaginaire. Et à l’époque, même en plein été et en province, «L’agitateur de curiosité» rue de la République rechignait à importer les ogives américaines du moment, d’habitude négligemment entassées dans un bac dénommé colonialement black musique. Devant ce lieu de culte et d’espoir, les plus déviants et marginaux des clients passaient de l’électro à la world, de la new jack au triphop, de la house au HIP HOP*, d’un cd à un autre, puis d’une rangée à une autre. Ceci avait pour effet de produire des rencontres au sommet, aussi inattendues que fructueuses. Les victimes et les bourreaux réunis fraternellement sur l’autel de la culture de masse. Mais une fois les juilletistes en piste pour l’A7, le manque de Bpm se faisait ressentir cruellement et les plus faibles se laissaient conquérir par l’éternel tube de l’été, une fois la fête nationale passée…

Sur mon banc de prédilection, concassé à l’horizontale entre un RMIste et un récidiviste cherchant la verticale, j’ai eu une épiphanie après ma seconde 8.6. ! Puis je l’ai perdue et enfin retrouvée aux alentours de mon second round de déglutissement en public et en stéréo, s’il vous plaît ! J’allais donc donner au peuple ce que la FNAC lui refusait ardemment : une semaine de décalage horaire sur le reste du monde et une classification musicologique.
Devant l’étendue de la tâche qui allait être la mienne j’ai repris une bière pour m’éclaircir les idées pendant que le ciel commençait à s’écraser lentement mais sûrement sur mes paupières juvéniles. Le sommeil du juste vaut bien toutes les vengeances nocturnes.
Le matin suivant à 7h00, surpris par l’horaire et armé d’un stylo fuyant, d’un cahier usagé et de Nesquik dégriffé, j’ai échafaudé malgré moi en quelques colonnes et quelques chiffres, un business plan et un début de carrière.
Après un blackout bien mérité, ma studieuse après-midi fut consacrée au négoce avec mes fournisseurs de supports magnétiques, sans oublier l’obtention d’une carte de membre auprès de mon diffuseur officiel, la médiathèque. Celle-ci possédait une réactivité à écœurer les disquaires plus fonctionnaires que musiciens.
Le temps de gober deux aspirines et des Dragibus, habillé comme un dimanche à la messe, j’entamais timidement mon étude de marché, en prospectant auprès des arrêts de bus bondés emmenant ma clientèle supposée vers ses zones criminogènes ou pavillonnaires.

La demande était bien au rendez-vous et l’argent de poche allait couler à flot.

Le reste de ma semaine fut consacrée à l’histoire contemporaine de la musique au fin fond de la bibliothèque, à l’emprunt à long terme de quelques magazines chez le buraliste, puis à la collecte de fournitures de bureau glanées auprès des Hospices Civils de Lyon.

Ma petite entreprise illégale était née : je compilais, copiais, listais et dessinais des mixtapes en série limitée ou personnalisée pour 50F. La chaîne-hifi en est morte, mais c’était pour la bonne cause…
Mon bureau à ciel ouvert était sur le 3e banc à gauche de la cage d’escalier du bâtiment 35, de 10 h à 19h et en nocturne en fin de semaine. Les contrevenants testant l’interphone après 22 h étaient irrémédiablement alpagués par ma logeuse et en créole qui plus est !
Lorsque la concurrence s’organisa en se spécialisant dans le Funk et le Rap Français, j’ai décidé d’aller voir ce qu’il se passait après le périphérique.
Je partais donc aux aurores faire le tour de la proche campagne les samedis et dimanches sur les marchés, ce qui me permettait de voyager en bus, de voir des gens et des décors, un morceau de la France d’à côté en somme!  Au final, je ne suis pas devenu riche, loin de là, mais j’ai pu assouvir ma passion et la communiquer à mon prochain moyennant finance. La philanthropie beaucoup en parlent, mais peu la pratiquent.
Last night a mixtape save my life !

À 14 ans, en plein été, j’ai appris à mes dépens que la rectitude était la seule folie raisonnable…

* HIP HOP en majuscules parce que KRS ONE le «Teacher» me l’a vociféré à portée de postillons à l’Ecole Normale Supérieure lors d’une conférence sur les cultures urbaines en 2005.

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Note de service : Je n’ai pas appris la discipline à l’armée, ni avec Françoise Dolto – Part 1/2 http://wp.me/pn1lw-1xH

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«Fais pas ci, fais pas ça, mets pas les doigts dans ton nez, finis ton assiette, brosse toi les dents et éteins moi cette foutue veilleuse, l’électricité n’est pas gratuite…»

Enfant, je ne pouvais raisonnablement pas espérer échapper à ce laïus, une Bible braquée sur ma tempe et la vigoureuse main nourricière à portée de joue. Lorsqu’on a été élevé à l’impératif, psaumes après corrections, on ne peut que retourner la faveur à ses créateurs par la négative. Dorénavant, « Non! » sera la réponse pour tout et n’importe quoi, puisqu’il faut avoir des principes, j’ai retenu la leçon, à ma façon.

Les années passèrent en me regardant grandir à l’ombre de la démocratie, tout se négociait au-dessus de ma tête et Dieu n’y était pour rien dans cet adultère à l’échelle mondiale. Hormis l’urgence quotidienne arbitrant notre confort à crédit allant de la promiscuité de classe aux quotas d’indigence en passant par les injustices héréditaires, je trouvais désormais du sens à l’ordre dans le chaos organisé. Objectivement, le mur de Berlin avait trébuché définitivement sur les Hommes, Bouygues avait racheté TF1 pour ses maçons d’employés et le monde ne s’en portait que mieux ! Il faut bien un peu de naïveté pour entretenir l’espoir, non ?

Dès lors j’entendais le bruit sourd de l’humanité me murmurer ses axiomes exclusivement au conditionnel.

À 13 ans, l’impératif était devenu une banale histoire d’acouphène et le champ du possible un terrain vague sans foi ni loi où je pouvais régner en végétant la visière de ma casquette recouvrant mon visage, mes baskets en éventail et un casque sur les oreilles, le volume au maximum afin de parfaire ma surdité.

Ainsi la procrastination hygiénique et le freestyle permanent régissaient les trous de mémoire de mon emploi du temps fait d’ennui traditionnel et d’argent illégitime. L’école était facultative, la violence un préalable, et l’avenir rédhibitoire…

À cette époque où l’amour maternel faisait les 3/8, l’autorité parentale et moi ne nous croisions que très rarement durant le silence pesant du repas dominical. Soyons sérieux, à la rigueur braver l’ordre établi armé d’un rictus, certes, mais le dimanche, Dieu et son fils restaient à mes yeux la meilleure assurance vie sur le marché. Les gens sont croyants avant d’être citoyens !

La semaine reprenait ses droits entre le sabotage en règle du réveil et le façonnage de ma carrière de noctambule. Mais, à chaque fois que je rentrais chez moi en plein milieu de la nuit, de la peinture sur les mains et les vêtements déchirés, au nom du vandalisme et certainement pas de l’art, je soufflais en maudissant le ciel global, puis le sol local. Même l’obscurité la plus crasse ne pouvait cacher la tête de perdant de ce bâtiment – made in Tony Garnier – faisant la joie des dératiseurs, des prétendants à la mairie et des statistiques du rectorat. Et si d’aventure je me surprenais à rentrer dans le droit chemin en m’intégrant durablement, j’allais finir ma vie ici entre l’usine génétique, le PMU œcuménique et l’Hôtel de police, toujours éthylique.

La discipline me mènerait à ma perte et je choisissais le sabordage à la reddition.

Qu’allais-je bien pouvoir faire ? Le suicide n’étant pas une option, la drogue demeurant trop coûteuse, la télévision devenant rébarbative et l’alcool dormant déjà dans mon sang, il ne me restait plus que l’ennui pour combler le vide !

Ma logeuse tentait périodiquement de fabriquer des preuves à charge avec l’aide du dernier souffle de pédopsychiatrie et la prophétique arrivée de la thérapie systématique et remboursée. Une promesse hebdomadaire d’ordres susurrés au conditionnel. Mais c’était peine perdue, j’étais trop malin pour le charlatan en face de moi, mais pas assez pour accepter que j’avais un problème.

La solution à tout avait un nom que tout le monde chuchotait en parlant de moi à la troisième personne: l’armée. C’est toujours mieux que le séminaire ou la trépanation, me direz-vous, enfin quoi que…

Effectivement, la domestication est bien meilleure conseillère que l’acceptation. L’unique bémol à cette réhabilitation annoncée, était qu’il me restait encore 5 années d’errance avant ma majorité pour continuer à m’embourber tranquillement dans les Comics et le HIP HOP.

Pendant ce temps là, 1993 rendait l’âme en laissant le Wu-Tang Clan passer à tabac les tympans dans la pure tradition de «Rodney King», le système D se commuait en régime parlementaire et le gangstérisme ordinaire se professionnalisait un peu trop à mon goût.

Depuis ma fenêtre – nouvellement double vitrée, mais n’atténuant pas les décibels des violences du voisinage – peu de choses séparait le statu quo cathodique de l’anarchie sponsorisée. Au premier étage du lit superposé, je ne voyais pas le vaste monde caché derrière le balcon, simplement un mur. Même en y mettant de la mauvaise foi, j’aurais fini par lui rentrer dedans tôt ou tard. Certains aiment les voyages, moi il me fallait une destination.

Et plus que du sens, il me fallait dorénavant un but pour ne pas sombrer dans l’oubli ou la rubrique nécrologique…

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Note de service : Je n’ai pas appris la discipline à l’armée, ni avec Françoise Dolto – Part 2/2 http://wp.me/pn1lw-1zd

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Une boîte au-dessus de nous, une boîte au-dessous de nous, une boîte dans une autre ou l’inverse et peu importe, je continue à la regarder…

Une boîte sur mesure à sang pour sang pour satisfaire le remords de bénitier de mon karma et les aléas économiques du facteur chance. Elle me colle à la peau, elle m’enveloppe comme personne ne le pourra, elle m’emprisonne à jamais jusqu’à l’expiration de ma garantie, elle me préserve de la lucidité de mon âme, elle me réanime puis m’anime mécaniquement dans les bras d’une autre boîte. Une boîte sur mesure sans cloison ni voisin – sauf exception médicale – pour m’affranchir de ses limites, mon petit pied-à-terre en location, un bordel à ADN par dotation, une fabrique à cicatrices en commun, une preuve circonstancielle pour les pompes funèbres, un album de souvenirs pour faire patienter les autres boîtes. Je n’ai rien d’un écorché vif, elle est tout ce que j’ai, mais elle ne m’appartient pas, elle s’appelle revient.

Une boîte à ciel ouvert dans une tête se refermant sur elle-même, un garde-fou moral ou une évasion idéale avec laquelle je dois négocier à chacun de mes pas de travers sur le droit chemin, à chacune de mes respirations coupables une télécommande à la main. Elle demeure l’ultime rempart à la géolocalisation, elle se présente comme un ami imaginaire à défaut d’être présumé, elle me parle selon son bon vouloir avec un ton paternaliste et prophétique, elle ne condamne pas mes outrages journaliers, elle s’en lave les mains en me laissant seul avec un Dieu quelconque pour négocier le pardon prévisible. Une boîte à faire semblant avec ses semblables, je ne pourrais l’offrir à personne en dépit de mes sentiments d’usine, et oui je suis seul avec elle mais au moins je peux rire de tout sans inviter l’avis de tout le monde. Je finis par croire en elle, à défaut de moi-même et plus le temps nous passe dessus au ralenti, plus on l’aime lorsque les morceaux d’Amour profitent des cimetières pour me quitter.

Une boîte ferme et définitive autour de moi, pour toujours, en attendant le dur labeur des lombrics, cette boîte ma dernière maison et ma première fois d’après la réincarnation, j’en viens à regretter mon HLM, l’agoraphobie du covoiturage à la chambre à coucher, et même les autres. Elle ressemble à s’y méprendre à l’ennui mortel durant ma carrière scolaire tout en me rappelant la léthargie au sortir de table lors des réunions consanguines avec patronyme en commun et intimités divergentes. Elle prononce la fin du bonheur des uns et de la litanie des autres, elle provoque le vide et réclame des comptes en mettant la Foi face à ses responsabilités, elle promet l’infini à qui veut l’entendre au lieu d’accepter les faits. Une boîte à faire la fortune des fleuristes, à ritualiser le pèlerinage des fumistes, à faire gémir et pleurer de rire, à construire les iniquités théologiques, à conserver intacts les liens qui nous sanglaient jadis. Je dois dire enfin apaisé que j’ai finalement trouvé sans le savoir ce que j’ai vainement cherché auprès de mon prochain. La paix ? Soyons sérieux, le silence.

Une boîte au-dessus de nous, une boîte au-dessous de nous, une boîte dans une autre ou l’inverse et peu importe, je me ferai incinérer…

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Je ne me rappelle plus si la télévision est devenue n’importe quoi à partir du moment où l’on pouvait y voir n’importe qui, ou l’inverse.

Heureusement que le poste est là pour attester des instants de transition où les hommes transforment leurs côtés sombres en vitrines alléchantes.

Il fut un temps où le téléviseur déterminait le jeu social, à présent il l’articule, depuis que le vedettariat est à portée de tous en un claquement de doigts, en un click il est devenu une profession de foi.

Enfant, je me disais qu’il y avait Dieu au-dessous de ma tête pour entretenir une certaine terreur républicaine et la télécommande en guise de libre arbitre.

Mais, dans une époque absurde, quoi de plus normal que les dealers de morale et d’humanité croupissent dans un anonymat sans public – hors guerres et catastrophes naturelles – et que nos plus bas instincts érigent la scatologie à l’état de religion ?

Je me suis souvent interrogé durant mes heures de colle sur l’utilisation correcte de la Bible, j’ai fini par admettre qu’elle était le chaînon manquant entre le code pénal et une campagne publicitaire.

Le manque potentiel engendre inexorablement un sauveur providentiel, fût-il la dernière cuisine équipée ou du papier hygiénique.

Avant que les écrans ne deviennent des tribunes passives pour la pédophilie, j’ai perdu le goût de l’irrémédiable.

Quand la télévision a fait du public son spectacle, il ne lui restait plus qu’à vendre des nombrils.

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J’étais donc là, amorphe, au sommet de mon art, pris en flagrant délit de téléphagie sur un canapé s’effondrant en temps réel, entouré de papier peint couleur HLM et de la moquette du locataire précédent, le cable était enfin dans les moyens de ceux qui n’en possédaient pas.

J’avais plus la télévision dans la tête que la tête devant la télévision.

Entre un mauvais épisode d’X-Files sur la mythologie de la connerie populaire et Yo ! MTV raps avec son cortège de mythomanes parlant vrai, je me donnais parfois bonne conscience en regardant le Jean Edern’s Club, tout en lorgnant sur la montagne de devoirs dont la logique prévisible me préparait à l’usine, et que je ne faisais donc pas, eux qui trônaient sur mon sac à dos fétiche made in china, avec un logo américain.

Je vivais quelque part entre l’exception culturelle et la mondialisation bon marché.

Chut, la télé parle, la séance de name dropping pouvait commencer et malheur à celui qui ne maîtrisait pas une référence, un silence trop éloquent ou certaines absences dans la lueur des yeux étaient un motif d’élimination cathodique.

Cher ami censeur de l’industrie culturelle et faiseur de bien pensance sur mesure avant la télé-réalité accompagnée de son voyeurisme universel et de son exhibitionnisme d’époque, les émissions littéraires avaient tué le ridicule !

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J’avais 13 ou 14 ans, la littérature ne m’intéressait guerre, mais des sexagénaires en plein clash à coup d’invectives vouvoyées, criant de tout leur sphincter, le côlon au bord de l’implosion et qui, pour un oui ou un non, voulaient en découdre au nom de l’humanité, de la décence, de la France ou simplement pour avoir un avis gratuit, eux, arrivaient à stimuler ma passion pour l’accompagnement de fin de vie.

La bizarrerie était suffisamment étrange pour que je finisse par écouter ce qui se disait entre les séquences d’insultes, enfin, comme dans un bon disque de rap.

Entre Charles Bukowski et Old Dirty Bastard mon cœur balance, toujours.

Des empoignades de canapé, il en existait de toute sorte de la Duchère à St Germain, à ce détail près qu’à la Duchère, on ne se serait jamais amusé à balancer dans les airs un livre acheté avec les 3-8.

On l’aurait mangé, certes, vers le 15 du mois avec un bouillon, mais c’est tout.

Cela doit être dû à la pénibilité ou à l’apesanteur.

Si j’ai bien saisi les ressorts qui animent cette farce entre amis, mieux vaut s’en prendre à ce que fait quelqu’un plutôt qu’à ce qu’il est.

Un groupe de gens se faisant la guerre poliment, pourquoi pas, mais ma chère éducation nationale – républicaine sous tout rapport et laïque selon son bon plaisir – m’a toujours claironné, martelé, vociféré que les livres c’était sacré, et le sacré dans ce pays…

Que la télévision possède un pouvoir de coercition afin de ridiculiser les choses importantes, soit, mais que celle-ci puisse arriver à nous faire croire que rien n’a de sens ? Non !

Alors, le jour où j’ai vu l’une de ces prostates sur pilotis balancer un bouquin dans les airs en stipulant que c’était de la merde, pour moi la messe était dite.

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Il me fallait impérativement un début d’explication – avant de brûler une voiture ou devenir nihiliste – je décidais donc d’en parler avec la personne la plus lucide du corps enseignant dans mon collège : le concierge.

Il était à la fois la colonne vertébrale et laissé pour compte dans cette garderie.

Evidement, vous allez me dire que j’aurais dû aller voir mon professeur de français, mais franchement, une personne qui boit un pichet de Côtes du Rhône à chaque déjeuner, qui laisse sa boite de Xanax à portée de vue et, surtout, qui vit en plein fantasme Ferryien dans une ZEP, je ne pouvais en aucun cas lui parler du ridicule et encore moins de la dérision.

Celui ou celle qui a appris la vie dans un livre, périra par ses élèves.

Il fallait que j’explique mon affaire à Gérard, le concierge, la cinquantaine, les dents bien entamées par les Gauloises et l’haleine qui va avec, le visage suffisamment boxé pour justifier son vécu, son abdominal sculpté par la bière moulait son uniforme, des tatouages de la guerre d’Algérie sur les avant-bras, les mains pétries par une femme dépressive, deux enfants en prison et les ongles noirs de vingt ans de bons et loyaux services à ramasser la merde de l’avenir supposé de la nation.

Il n’avait rien à perdre puisqu’il avait compris tôt qu’il n’y a rien à gagner, alors il se faisait un plaisir d’assener quelques vérités à qui le croisait dans un couloir – écrivains craintifs misant plus sur la sécurité de l’emploi que sur leur talent et racailles tiers-mondistes chaussant 1000 francs de misère sociale – il était donc l’homme de la situation.

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« – Alors p’tit, c’est quoi ton truc crucial à régler aujourd’hui ?

Un problème de main droite ? Une méthode d’intimidation à l’attention des nouveaux profs ? Un plan d’évasion avant la prochaine chasse à l’homme ?

Non, c’est un vrai problème ce coup-ci, apparemment, rien à voir avec les cons qui viennent ici parce qu’on leur a dit d’y aller ou ceux qui sont payés pour le faire bêtement.

Tu m’as l’air encore plus perdu que le jour où tu as découvert les Monty Python. »

Nous, nous sommes assis dans un angle mort de la cour entre les grillages vert bouteille et un morceau de mur lézardé, il a sorti une bière tiède, il l’a décapsulé puis me l’a tendu – c’était ma première gorgée de poison – il a soulevé son béret gris sale, s’est gratté le front frénétiquement, a expiré de tout son coffre en une fois, m’a souris comme pour se donner du courage et m’a demandé de vider mon sac, calmement si possible.

Le mois d’août avait l’habitude d’arriver en mai dans la cuvette lyonnaise, une chaleur de plus en plus étouffante anesthésiait mes envies d’autodestruction.

Je lui résumais brièvement mon tourment du dimanche après-midi, la télé, Dieu, les livres, les vieillards incontinents, la culture, le spectacle et l’argent, tout en voyant défiler à vive allure les moutons réagissant instinctivement à la même sonnerie heure après heure.

Gérard m’a rétorqué que le ridicule est un mot pour les hommes de salon qui ne savent pas se salir les mains, que la dérision est la preuve vivante de leur imposture et surtout que les pauvres prennent toujours un malin plaisir à singer ceux qui les méprisent.

Et il a conclu en me disant :

« Quand il n’y a plus de gravité, il ne reste plus de malheur et encore moins de bonheur. »

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HLM

Je n’arrive pas à choisir entre un effondrement modéré et un petit paris
(Hlm à Elbeuf 0 – Fillon & Dati 1)

Fillon Dati

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