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Posts Tagged ‘Escalator’

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Sans argent, sans repères et sans avenir, mais où aller ? Au centre commercial, voyons ! Et en courant qui plus est !

Je me rappelle encore de l’excitation palpable qui était la mienne au moment de me précipiter l’air hilare vers un ennui profond, propre, à escaliers, à escalators, à issues de secours, rien que pour ne pas faire les 100 pas en bas de chez moi. Alors, la promesse de quitter quelques heures ces murs scarifiés qui ne tiendraient pas sans nous ou de laisser sur le bord de la route ce banc fatigué qui portait mes initiales ainsi que l’empreinte encore fraîche de mon postérieur, cette perspective m’enivrait de la même manière à chaque évocation. L’essentiel résidait dans cela, sûrement dans mon veau d’or – avec extincteur intégré – où je n’avais aucune responsabilité architecturale et encore moins de pouvoir de coercition sur mon sphincter. Dans ce lieu libre entretenu par une chape de plomb, l’anonymat providentiel côtoyait sans y prêter gare l’indifférence ordinaire. Plus de classes, plus de genres, juste des gens, seuls et ensemble…

Je sais, je sais, j’aurais pu faire montre de l’une de ces attitudes studieuses dont font preuve les spécimens dits immigrés et assimilés ou courir sans réfléchir après un ballon, mais la domestication parfaite et la vie d’un groupe contre un autre ne m’attiraient que peu, et puis ce n’était pas comme si je n’avais jamais essayé ! Mais l’assimilation d’un corps étranger, à même le pupitre, par manuel scolaire a fait remonter en moi un frisson que ma mémoire ne connaissait pas, sans oublier que la plupart des réjouissances compétitives étaient mère de cette ambition qui aime tant la trahison. Je passe mon tour et laisse ma place avec plaisir. Ceci étant, cette brève expérience m’a enseigné que j’avais un mal fou à jouer sans faire mal, allez savoir ?!

Et parfois, en ne voyant pas l’intérêt de demain après la sortie salvatrice de 16h30, je me laissais happer par le reste de la semaine, au hasard de l’une de mes pauses hygiéniques sur mon banc personnel – entre « Les chiffres et les lettres » et « Une famille en or », d’après la fenêtre de la concierge. C’était avec stupeur que je ne voyais plus, peu ou pas les crachats d’usage joncher le sol, ceux-la même s’enorgueillissant d’avoir la main mise sur notre système de communication géolocalisé ! Nous étions déjà samedi et personne ne m’avait tenu informé, soit en enfonçant un bâtonnet dans l’interphone pour sonner l’alerte ou soit en criant par la fenêtre en l’agrémentant de quelques insultes de base. Il faisait désert dans le square, il ne restait que les nostalgiques de la guerre d’Algérie et de la gégène pour garder le contact visuel avec les mères de 16 ans qui surveillaient avec la plus grande des concentrations leur cigarette se consumer plutôt que leur parasite dans la poussette. Il me fallait bien sortir de mon banc, et au moment de monter dans le bus – malédiction ! – que pouvait faire un homme, de 12 ans, seul face à une demi douzaine de contrôleurs des TCL ? Pas grand chose en vérité, je me suis donc résigné à acheter, puis à composter un ticket, en attendant patiemment la bousculade générale organisée à la fin du voyage retour !

Le centre commercial, mon royaume, mon home sweet home, pour lui j’ai combattu même avec des hématomes*. Une addiction reste une addiction même légale et c’est la pupille dilatée, les lèvres pincées et la gorge sèche que je retrouve celle qui promet beaucoup, mais qui ne donne jamais rien, si ce n’est un échantillon d’une nouvelle tentation.

Face à mon regard déjà acéré, un immense monstre métallique déjà usé à quatre étages m’ouvrait son antre faite d’enseignes tapageuses, de cartes bleues muettes et de sa fourmilière disciplinée au possible. J’étais donc au rendez-vous, comme à chaque fois pour faire le pot de fleurs et le décor zoologique. Ce qu’il y avait de sain dans notre relation, c’est que je n’avais rien à vendre et encore moins à acheter et ça, la bête vitrée le savais. Je n’étais pas là pour le plaisir, mais pour affaire, notre affaire. Une histoire de temps qui passe, qui lasse, qui laisse, voilà quel était mon fond de commerce entre vide et néant.

Tous les mercredis et samedis de ma grande enfance, sans exception – angine, punition ou Thc – étaient dévolus à l’inertie entre congénères se ressemblant suffisamment pour se détester sans se connaître, à la perte de toute dignité en présence d’un début de poitrine, au moyen de trouver un problème musclé à chaque solution pacifique et, sans omettre le truc du pauvre à la limite du masochisme à travers les âges, la consommation par procuration ou par prospective qui n’arrive jamais. J’étais à mon aise dans ce faux rythme où de loin tout va lentement, mais en grossissant la caricature, je m’apercevais que tout le monde courait tête baissée, en famille, en solitaire, avec pour unique pénitence le prochain dealer de signes extérieurs de richesse, l’impôt du parking toujours automatique mais jamais habité ou la sortie principale pour ceux abandonnant leur rêve précaire pour le luxe d’une vie bien à soi. Les seuls possédant le recul nécessaire étaient ces vigils, plus silencieux que décérébrés et dont tout le monde préjugeait de leurs petites, si petites pensées, ainsi que les techniciens de surface invisibles que personne n’ose bousculer de peur d’accepter leur existence dans ce petit paradis tout droit sorti d’une liste en papier glacé. Eux étaient à la fois témoins privilégiés et prisonniers salariés de cette course contre la montre, ce compte à rebours où les plus fous amassent tout ce qu’ils peuvent en espérant qu’on ne leur dira rien au check-out le cœur léger, les pieds devant et les poches pleines.

Comme d’habitude, je suis en train de me perdre dans ces dédales et je vous y entraîne également, mais la répétition est la clé de la paix. Emprunter le même étage, le même escalator, le même demi-tour, voilà une petite mort bien agréable. Je trouvais presque à chaque fois une raison évidente à exposer à mes détracteurs – les amoureux de l’amour et les extrémistes de la liberté – pour crédibiliser mon apathie. Au moins, je ne faisais rien de pire et cette réponse suffisait à leur malheur. C’était le ventre plein et les poche arides que rien ne pouvait me tenter, j’étais en osmose pour stagner en avançant. Entendons-nous bien, tourner en rond machinalement les uns derrière les autres – au risque d’un carambolage – cela n’avait rien de fétichiste, mais c’était le seul choix pour ne pas perdre la tête, je n’avais ni les moyens ni le profil d’acheter du spleen et l’inertie était plus légitime à mon sens que les râles pseudo dépressifs. Je vivais dans une cage à lapins avec ma famille, alors quoi de plus normal que de passer mon temps libre dans une roue pour hamster ? Au final, c’est pendant ces moments que j’ai cultivé mon obsession pour le temps et mon indifférence pour l’argent.

La particularité du centre commercial, c’est sûrement sa fascination pour l’anticipation de tous les calendriers quels qu’ils soient et le besoin qu’il a d’expulser, la nuit tombée, ceux qu’il retient captifs malgré lui. Le paroxysme de ce phénomène se manifestait lors du respect mercantile des festivités religieuses. J’étais ainsi tiraillé entre mon hérésie de circonstance et mon œcuménisme opportuniste. Dans cette perspective, j’ai longtemps attendu l’avènement de Noëlouka dans les étals monothéistes, mais les décorations envahissantes et hypnotiques de la fin d’année scelleraient à jamais mon iniquité envers l’obèse sans papier qui défiait l’apesanteur. A titre personnel, je n’ai rien contre Noël en tant que tel, mais la combinaison religion, marketing, crédulité et pouvoir d’achat me donnait la nausée ou une idée de plan de carrière.

C’est mon centre commercial à nous ?! Oui, ça a l’air fou à entendre, mais dans les faits, c’était le cas. L’autre événement théologique qui tenait en haleine tout le centre commercial était la veille du Ramadan et ses violences, fantasmées, espérées, chorégraphiées, scénarisées. De mémoire de sauvageons on n’a jamais su si l’obscurantisme républicain avait généré cette étouffante situation ou si trois déficients mentaux au milieu de suffisamment de moutons avaient créé le phénomène. Toujours est-il que le samedi précédant le début du Ramadan un étrange rituel se réitérait : d’une part, tout ceux qui portaient une casquette étaient d’office catalogués dans la catégorie musulmans, même les Sylvain, surtout les Sylvain, ça fait agent double comme matricule – parole d’un membre ardent de la B.A.C. – et puis, surtout, il ne fallait pas se regrouper à plus de cinq. Mais quelle est cette science sans logique ? Si je voulais m’ennuyer seul, la télévision avait été inventée pour cela et, de plus, cette interdiction retardait l’apprentissage des civilités en milieu hostile, j’entends par là « espace économique récessif ». Au final beaucoup de bruits de part et d’autres, beaucoup de bruits pour rien. Soyons cohérents, qui irait se parer de ses habits de lumière made in China pour aller s’offrir en pâture sur l’autel de l’insurrection religieuse, banlieusarde et sociale – à vous de voir Mesdames et Messieurs les journalistes – certainement pas une personne qui passe l’intégralité de sa vie à parler avec ses mains pour ne jamais les utiliser !

Et l’agitation annuelle enfin passée, les uns jeûnaient, les autres ne pouvaient plus attendrir de l’arabe durant un mois et moi, comme la coutume le voulait, je passais du Mac bacon au Big mac, moins cher et meilleur à la fois ! Je vous entends déjà les juges en freelance et les lésés de ma part de burger, mais à force de laisser une bouchée à tout le monde, il ne me restait jamais rien à la fin, j’ai donc dû prendre les dispositions drastiques qui s’imposaient en étendant cette hygiène économique aux soirs d’extorsion sur fond de solidarité et de Kleenex depuis mon banc de salon !

* Cf. LP « Entre deux mondes »

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En observant à vive allure mes semblables et le décor sur le tapis roulant, je me dis que nous avons une appointance maladive pour les boîtes, l’enfermement, peut-être afin d’exacerber notre besoin d’évasion, d’ailleurs, enfin donner un peu sens à tout ça…

…Prendre l’avion, c’est comme se marier, on fixe avec ferveur le 7ème ciel en omettant que l’atterrissage en douceur n’est pas une garantie.

Ce qu’il y a de plus imparable que l’effet papillon, c’est l’effet pavillon.

Pour arriver à cette mort lente et socialement valorisante, le processus est long et onéreux, il faut un minimum vital d’amour, un patriotisme certain pour soigner les statistiques de la natalité, une cérémonie officielle pour corroborer les faits, des témoins et dans le pire des cas des complices, et c’est à ce titre de votre serviteur est convié à faire office d’épouvantail compatissant devant des Hommes pétris de certitudes et accessoirement un Dieu overbooké.

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Ce que j’aime part dessus tout avec les aéroports, c’est qu’ils offrent une raison valable de gaspiller du temps.

Il est vrai que je prends rarement l’avion, non par une de ces phobies qui supposerait que l’apesanteur reprenne son dû, mais plutôt par hantise du troupeau sophistiqué et de sa promiscuité polie voire docile comme l’ascenseur du lundi, cette tombe à la verticale qui a achevé le peu d’intérêt que je portais aux banalités, ainsi qu’aux une des journaux, si différence il y a entre les deux.

Plus il y a de consignes contradictoires, de slogans péremptoires et d’ordres rédhibitoires, moins je fais attention au protocole à respecter sous peine d’être immatriculé comme le dernier des analphabètes préférant les preuves circonstancielles à un ordre bienveillant.

Alors, disons que la vision de ce bétail émancipé, volontaire, bénévole, discipliné, voire conscient de sa condition, suggère que le libre arbitre est une prison à la mesure de notre peur de l’inconnu.

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De couloirs embouteillés par le trop d’espace en escalators escortant des enfants trop bruyants pour être curieux, accompagnés qu’ils sont par des parents plus absents que passifs, je trouve finalement mon point de chute, devant une borne interactive peu coopérative en lieu et place d’une hôtesse autiste.

Personne n’échappera au progrès, j’avoue avoir pris cette prémonition passéiste comme une publicité institutionnelle et non telle une condamnation au changement sans espoir d’alternative qui n’en serait pas une et d’un dédommagement en coupon de réduction.

Me voilà donc devant le check-in, après quelques essais infructueux pour cause d’écran tactile défectueux, je décide de demander assistance aux prédécesseurs en talons de la dite borne interactive.

Je me suis senti bien seul, trop occupé qu’elles étaient ces anciennes divorcées et futures botoxées à disserter sur l’arrière-train d’un spécimen de quota fraîchement sorti de sa jungle urbaine.

Elles daignèrent répondre après la minute de mépris syndical enfin passée, d’un ton sec et sentencieux, afin de me rappeler la bêtise crasse qui était la mienne. Il y a des licenciements économiques qui se perdent, je vous le jure.

Ma valise une fois expédiée, je me dirige sans trop de conviction vers le contrôle d’identité habituel occupé par la fine fleur des agents de sécurité issus de votre supermarché le plus proche.

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Depuis le 11 septembre, étrangement, lorsque j’oublie de me raser pour ce genre de réjouissance administrative, ma barbe joue le rôle de signe extérieur distinct de terrorisme potentiel.

Allez savoir qui de la paranoïa impartiale ou de la prévention partisane l’emportera ?

Mes sourcils se froncent d’entrée, mes narines enflent progressivement, ma mâchoire se serre jusqu’à ne plus le pouvoir et mes tempes sont sur le qui-vive à la simple pensée de l’association d’idées « uniforme + contrôle », c’est sûrement une conséquence directe d’avoir habité à proximité de l’hôtel de police, tout en bénéficiant du savoir-vivre de ses hôtes.

Un sourire d’entretien d’embauche, une ceinture enlevée avec maestria comme une promesse de coït, je m’échappe tel un prince de ce banal usage avec le sentiment du devoir accompli comme si j’avais quelque chose à me reprocher, l’esprit est une étrange machinerie.

La fouille anale, ça sera pour la prochaine fois.

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J’enclenche l’avance rapide durant mon passage dans la zone duty free, afin de ne pas céder à mes penchants consuméristes, mais peut-être aussi en imaginant le fond d’un paquet de pâtes anonyme et le peu de sel qu’il resterait dans une de mes casseroles orphelines à la fin du mois.

Il faut avoir des preuves de notre passage en achetant des trucs, des machins, des choses, dont on n’aura pas le loisir de se lasser une fois le compte à rebours de la course à je-ne-sais-pas-quoi relancé.

Merde, la vie n’est qu’une longue liste d’attente pour combler le vide évident qui nous sépare du néant…

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