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Je n’arrive pas à choisir entre le retard du réformateur et la peine de mort neutre
(Luc Chatel 0 – Suisse 1)

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«Et plus que du sens, il me fallait dorénavant un but pour ne pas sombrer dans l’oubli ou la rubrique nécrologique…»

Toujours pas de ravalement de façade à l’horizon et l’an 1994 est arrivé, un chronomètre à la main pour me stipuler amicalement mais fermement que c’était cette année ou jamais, au quel cas une brillante carrière de CEO de friteuse dans un fast food m’était toute destinée. J’ai haussé les épaules par habitude en soufflant tout ce que je pouvais, avant de regarder dans le vide en attendant une réponse.
Et sans que je ne m’en rende compte les Rwandais débattaient déjà entre eux de l’épineuse question de l’identité nationale, Kurt Cobain goûtait au feu sacré, Robert Hue donnait ses lettres de noblesse au collier de barbe, Charles Bukowski prenait son ultime biture et les racailles élevées par Lacoste dansaient péniblement nuit et jour le Mia sous ma fenêtre.
Nous étions vraisemblablement en juin lorsque la machine à éphéméride s’est arrêtée pour le grand je m’en foutisme estival et j’avais fortement sollicité mon foi au lieu de ma cervelle.

Concernant ma fibre scolaire, j’avais en moi un tel amour pour la classe de cinquième qu’il m’était tout bonnement impossible de la quitter. Nous nous donnions donc à nouveau rendez-vous en septembre en espérant que les professeurs que j’avais éduqués aient enfin retenu mes enseignements ! Mine de rien je commençais à organiser quelque chose, un sabotage peut-être, mais quelque chose de construit.
Début du tour de France, certains retournent au bled d’où qu’ils soient, même du Morbihan. Quant à nous autres, il nous restait les allers et retours poisseux dans les transports en commun, la vente de fleurs (prises dans les poubelles de la clinique) à l’entrée du cimetière et notre participation à l’explosion démographique de la piscine municipale – si Jésus avait traîné avec nous, lui aussi aurait tenté un aquaplaning en dépit de l’apesanteur et des baigneurs !

Toujours aucun plan A à l’horizon et encore moins de plan B.
Les antennes paraboliques lorgnaient vers leur satellite et moi en direction du goudron qui semblait ramollir sous mes pas sans vraiment me retenir, la moiteur de l’atmosphère n’avait rien de sensuelle et j’en étais déjà à mon 12e Mr Freeze. Pas d’évasion possible, emprisonné sur Terre, parqué dans mon quartier.
Sans leur permission de sortie, économique ou généalogique, les fous tournaient en rond entre les contrôles de police à l’heure du goûter, la philosophie en nocturne et les érections matinales. La chaleur ne faisait pas de prisonniers et les toxicomanes désertaient progressivement le jardin d’enfants, disparition des seringues faisant foi !
De 11h à 23 h, pour limiter la propagation du coma ensoleillé, les plus chômeurs des consommateurs exhibaient leurs hauts parleurs confondant volume et puissance pour se battre en duel de cloison en cloison, de balcon en balcon et de tour en tour. Mais avec les mêmes artistes, les mêmes playlists, le même titre : nous étions plus proches de la  pensée unique que du métissage de paillasson…

Ainsi, à l’heure où les platines laser s’installaient confortablement dans les foyers grâce au CD 2 titres, l’underground était encore une maladie imaginaire. Et à l’époque, même en plein été et en province, «L’agitateur de curiosité» rue de la République rechignait à importer les ogives américaines du moment, d’habitude négligemment entassées dans un bac dénommé colonialement black musique. Devant ce lieu de culte et d’espoir, les plus déviants et marginaux des clients passaient de l’électro à la world, de la new jack au triphop, de la house au HIP HOP*, d’un cd à un autre, puis d’une rangée à une autre. Ceci avait pour effet de produire des rencontres au sommet, aussi inattendues que fructueuses. Les victimes et les bourreaux réunis fraternellement sur l’autel de la culture de masse. Mais une fois les juilletistes en piste pour l’A7, le manque de Bpm se faisait ressentir cruellement et les plus faibles se laissaient conquérir par l’éternel tube de l’été, une fois la fête nationale passée…

Sur mon banc de prédilection, concassé à l’horizontale entre un RMIste et un récidiviste cherchant la verticale, j’ai eu une épiphanie après ma seconde 8.6. ! Puis je l’ai perdue et enfin retrouvée aux alentours de mon second round de déglutissement en public et en stéréo, s’il vous plaît ! J’allais donc donner au peuple ce que la FNAC lui refusait ardemment : une semaine de décalage horaire sur le reste du monde et une classification musicologique.
Devant l’étendue de la tâche qui allait être la mienne j’ai repris une bière pour m’éclaircir les idées pendant que le ciel commençait à s’écraser lentement mais sûrement sur mes paupières juvéniles. Le sommeil du juste vaut bien toutes les vengeances nocturnes.
Le matin suivant à 7h00, surpris par l’horaire et armé d’un stylo fuyant, d’un cahier usagé et de Nesquik dégriffé, j’ai échafaudé malgré moi en quelques colonnes et quelques chiffres, un business plan et un début de carrière.
Après un blackout bien mérité, ma studieuse après-midi fut consacrée au négoce avec mes fournisseurs de supports magnétiques, sans oublier l’obtention d’une carte de membre auprès de mon diffuseur officiel, la médiathèque. Celle-ci possédait une réactivité à écœurer les disquaires plus fonctionnaires que musiciens.
Le temps de gober deux aspirines et des Dragibus, habillé comme un dimanche à la messe, j’entamais timidement mon étude de marché, en prospectant auprès des arrêts de bus bondés emmenant ma clientèle supposée vers ses zones criminogènes ou pavillonnaires.

La demande était bien au rendez-vous et l’argent de poche allait couler à flot.

Le reste de ma semaine fut consacrée à l’histoire contemporaine de la musique au fin fond de la bibliothèque, à l’emprunt à long terme de quelques magazines chez le buraliste, puis à la collecte de fournitures de bureau glanées auprès des Hospices Civils de Lyon.

Ma petite entreprise illégale était née : je compilais, copiais, listais et dessinais des mixtapes en série limitée ou personnalisée pour 50F. La chaîne-hifi en est morte, mais c’était pour la bonne cause…
Mon bureau à ciel ouvert était sur le 3e banc à gauche de la cage d’escalier du bâtiment 35, de 10 h à 19h et en nocturne en fin de semaine. Les contrevenants testant l’interphone après 22 h étaient irrémédiablement alpagués par ma logeuse et en créole qui plus est !
Lorsque la concurrence s’organisa en se spécialisant dans le Funk et le Rap Français, j’ai décidé d’aller voir ce qu’il se passait après le périphérique.
Je partais donc aux aurores faire le tour de la proche campagne les samedis et dimanches sur les marchés, ce qui me permettait de voyager en bus, de voir des gens et des décors, un morceau de la France d’à côté en somme!  Au final, je ne suis pas devenu riche, loin de là, mais j’ai pu assouvir ma passion et la communiquer à mon prochain moyennant finance. La philanthropie beaucoup en parlent, mais peu la pratiquent.
Last night a mixtape save my life !

À 14 ans, en plein été, j’ai appris à mes dépens que la rectitude était la seule folie raisonnable…

* HIP HOP en majuscules parce que KRS ONE le «Teacher» me l’a vociféré à portée de postillons à l’Ecole Normale Supérieure lors d’une conférence sur les cultures urbaines en 2005.

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Note de service : Je n’ai pas appris la discipline à l’armée, ni avec Françoise Dolto – Part 1/2 http://wp.me/pn1lw-1xH

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«Fais pas ci, fais pas ça, mets pas les doigts dans ton nez, finis ton assiette, brosse toi les dents et éteins moi cette foutue veilleuse, l’électricité n’est pas gratuite…»

Enfant, je ne pouvais raisonnablement pas espérer échapper à ce laïus, une Bible braquée sur ma tempe et la vigoureuse main nourricière à portée de joue. Lorsqu’on a été élevé à l’impératif, psaumes après corrections, on ne peut que retourner la faveur à ses créateurs par la négative. Dorénavant, « Non! » sera la réponse pour tout et n’importe quoi, puisqu’il faut avoir des principes, j’ai retenu la leçon, à ma façon.

Les années passèrent en me regardant grandir à l’ombre de la démocratie, tout se négociait au-dessus de ma tête et Dieu n’y était pour rien dans cet adultère à l’échelle mondiale. Hormis l’urgence quotidienne arbitrant notre confort à crédit allant de la promiscuité de classe aux quotas d’indigence en passant par les injustices héréditaires, je trouvais désormais du sens à l’ordre dans le chaos organisé. Objectivement, le mur de Berlin avait trébuché définitivement sur les Hommes, Bouygues avait racheté TF1 pour ses maçons d’employés et le monde ne s’en portait que mieux ! Il faut bien un peu de naïveté pour entretenir l’espoir, non ?

Dès lors j’entendais le bruit sourd de l’humanité me murmurer ses axiomes exclusivement au conditionnel.

À 13 ans, l’impératif était devenu une banale histoire d’acouphène et le champ du possible un terrain vague sans foi ni loi où je pouvais régner en végétant la visière de ma casquette recouvrant mon visage, mes baskets en éventail et un casque sur les oreilles, le volume au maximum afin de parfaire ma surdité.

Ainsi la procrastination hygiénique et le freestyle permanent régissaient les trous de mémoire de mon emploi du temps fait d’ennui traditionnel et d’argent illégitime. L’école était facultative, la violence un préalable, et l’avenir rédhibitoire…

À cette époque où l’amour maternel faisait les 3/8, l’autorité parentale et moi ne nous croisions que très rarement durant le silence pesant du repas dominical. Soyons sérieux, à la rigueur braver l’ordre établi armé d’un rictus, certes, mais le dimanche, Dieu et son fils restaient à mes yeux la meilleure assurance vie sur le marché. Les gens sont croyants avant d’être citoyens !

La semaine reprenait ses droits entre le sabotage en règle du réveil et le façonnage de ma carrière de noctambule. Mais, à chaque fois que je rentrais chez moi en plein milieu de la nuit, de la peinture sur les mains et les vêtements déchirés, au nom du vandalisme et certainement pas de l’art, je soufflais en maudissant le ciel global, puis le sol local. Même l’obscurité la plus crasse ne pouvait cacher la tête de perdant de ce bâtiment – made in Tony Garnier – faisant la joie des dératiseurs, des prétendants à la mairie et des statistiques du rectorat. Et si d’aventure je me surprenais à rentrer dans le droit chemin en m’intégrant durablement, j’allais finir ma vie ici entre l’usine génétique, le PMU œcuménique et l’Hôtel de police, toujours éthylique.

La discipline me mènerait à ma perte et je choisissais le sabordage à la reddition.

Qu’allais-je bien pouvoir faire ? Le suicide n’étant pas une option, la drogue demeurant trop coûteuse, la télévision devenant rébarbative et l’alcool dormant déjà dans mon sang, il ne me restait plus que l’ennui pour combler le vide !

Ma logeuse tentait périodiquement de fabriquer des preuves à charge avec l’aide du dernier souffle de pédopsychiatrie et la prophétique arrivée de la thérapie systématique et remboursée. Une promesse hebdomadaire d’ordres susurrés au conditionnel. Mais c’était peine perdue, j’étais trop malin pour le charlatan en face de moi, mais pas assez pour accepter que j’avais un problème.

La solution à tout avait un nom que tout le monde chuchotait en parlant de moi à la troisième personne: l’armée. C’est toujours mieux que le séminaire ou la trépanation, me direz-vous, enfin quoi que…

Effectivement, la domestication est bien meilleure conseillère que l’acceptation. L’unique bémol à cette réhabilitation annoncée, était qu’il me restait encore 5 années d’errance avant ma majorité pour continuer à m’embourber tranquillement dans les Comics et le HIP HOP.

Pendant ce temps là, 1993 rendait l’âme en laissant le Wu-Tang Clan passer à tabac les tympans dans la pure tradition de «Rodney King», le système D se commuait en régime parlementaire et le gangstérisme ordinaire se professionnalisait un peu trop à mon goût.

Depuis ma fenêtre – nouvellement double vitrée, mais n’atténuant pas les décibels des violences du voisinage – peu de choses séparait le statu quo cathodique de l’anarchie sponsorisée. Au premier étage du lit superposé, je ne voyais pas le vaste monde caché derrière le balcon, simplement un mur. Même en y mettant de la mauvaise foi, j’aurais fini par lui rentrer dedans tôt ou tard. Certains aiment les voyages, moi il me fallait une destination.

Et plus que du sens, il me fallait dorénavant un but pour ne pas sombrer dans l’oubli ou la rubrique nécrologique…

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Note de service : Je n’ai pas appris la discipline à l’armée, ni avec Françoise Dolto – Part 2/2 http://wp.me/pn1lw-1zd

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Les joies de l’Education Nationale. Piégés que nous étions, elle et moi, entre ces promesses intenables d’avenir improbable et l’ingestion d’une soumission à l’amiable à chaque fois que la cloche retentissait. Le civisme, en voilà un mot grandiloquent qui avait sa place dans un livre, mais qui ne survivrait pas au pragmatisme dans ma réalité, ce mot me rappelait de l’ordre juste et de la morale laïque par des gestes simples et répétitifs.

Lever la patte plus vite que son ombre, remuer la queue en cadence presque militaire, aboyer pour défendre les principes d’un territoire provisoire, obéir plus par anticipation monotone que par instinct de conservation. J’avais du mal à suivre le mouvement, mais apparemment, c’est comme cela que l’on devenait un adulte, foutu syndrome de Peter Pan, voilà d’où tu viens !

Toutes ces petites attentions pédagogiques – certifiées de contrôles pour garantir la qualité de laisse et la main mise du maître – permettent de développer chez certains l’une des dépendances dont le masochisme a le secret et chez les autres, je voyais peu à peu apparaître dans la lueur de leurs yeux ce combat au nom de la loi qui justifierait toutes les délations. J’aurais voulu apprendre, mais je préférais comprendre.

L’instruction civique était ma hantise. Plus qu’un blabla professoral, c’était aussi un choc frontal, sans ceinture de sécurité, avec la société des gens bien qui aimaient davantage les règles à leur enfant. Le traumatisme crânien et la cellule psychologique n’ont rien pu y faire, j’avais la tête dure, je ne voulais définitivement pas que l’on m’inculque comment devenir un con, heureux. Enfin pour ne pas être désobligeant avec les cons, disons un honnête citoyen.

Je ne pouvais pas déserter éternellement les séances de dressage, mon futur en forme de voie de garage en eut été compromis et je ne parle pas du temps perdu en sociabilisations inutiles. Dans la classe en préfabriqué entre le fond criminogène irrécupérable et les premiers rangs embrigadés dès la naissance, il y avait ce que l’on pouvait légèrement appeler le gros du troupeau, consommateurs en devenir, chaire à canon en puissance et électeurs en freelance !

Cette noble assemblée de la terre du milieu me regardait fixement d’un air supérieur de classe moyenne tout en broutant les cantiques républicains faits de prestige guerrier pour la liberté – et presque tout le temps résistant – et de bravoure sportive où seule la victoire compte. Comment vouliez-vous que je m’y retrouve ? J’ai toujours eu une tendresse particulière pour les premiers de la classe condamnés génétiquement à la réussite prolétarienne et aux illustres destins d’usine, je perçois chez eux une forme de dignité, une noblesse, celle du sacrifice en les voyant courir vers la tombe sans se poser de questions…

J’étais là, en équilibre précaire sur ma chaise de Pise contenue entre le radiateur à l’abandon et mon bureau scarifié au compas de mes premiers textes à écouter d’une oreille plus méfiante que distante. L’Histoire de France est prise en otage par des prescripteurs de savoir soumis à des impératifs de réformes schizophrènes et l’exception culturelle à l’intention des irréductibles. En bon paranoïaque précoce, je ne me sentais pas mis en danger par quelqu’un en particulier, alors pourquoi respecter qui ou quoi que ce soit ?

Les professeurs de passage permanent et les omnipotents accrochés à leur pichet de Côtes du Rhône ne s’occupaient que peu de ma désertion naissante, trop occupés qu’ils étaient à exorciser leur conscience et à s’excuser de la piètre qualité de drogue qu’ils faisaient inhaler à une clientèle aussi mineure que malléable. Mais comment aurais-je pu leur en vouloir, au-delà de cette prétention à dispenser des cours de vie sans qu’ils ne la connaissent vraiment – celle de leurs élèves – car en vérité les moutons se sentent toujours perdus sans leur berger, alors qu’ils sont en liberté.

Je n’ai finalement pas saisi les finesses du mécanisme national – à force de regarder par la fenêtre le monde ne produire qu’une succession d’accidents donnant un sens à ce statu quo – celles qui auraient fait de moi le parfait gentleman avec le parapluie logé dans le séant et le sourire en trompe l’œil. En y repensant, la meilleure des propagandes est celle que l’on n’a plus besoin d’apprendre : lever la main avant d’exister, parler lorsque l’on y est autorisé, répondre ce que l’on attend de nous… Mazette, la leçon est bien assimilée au moment où la cloche sonne pour nous rappeler à l’ordre !

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Je ne me rappelle plus si la télévision est devenue n’importe quoi à partir du moment où l’on pouvait y voir n’importe qui, ou l’inverse.

Heureusement que le poste est là pour attester des instants de transition où les hommes transforment leurs côtés sombres en vitrines alléchantes.

Il fut un temps où le téléviseur déterminait le jeu social, à présent il l’articule, depuis que le vedettariat est à portée de tous en un claquement de doigts, en un click il est devenu une profession de foi.

Enfant, je me disais qu’il y avait Dieu au-dessous de ma tête pour entretenir une certaine terreur républicaine et la télécommande en guise de libre arbitre.

Mais, dans une époque absurde, quoi de plus normal que les dealers de morale et d’humanité croupissent dans un anonymat sans public – hors guerres et catastrophes naturelles – et que nos plus bas instincts érigent la scatologie à l’état de religion ?

Je me suis souvent interrogé durant mes heures de colle sur l’utilisation correcte de la Bible, j’ai fini par admettre qu’elle était le chaînon manquant entre le code pénal et une campagne publicitaire.

Le manque potentiel engendre inexorablement un sauveur providentiel, fût-il la dernière cuisine équipée ou du papier hygiénique.

Avant que les écrans ne deviennent des tribunes passives pour la pédophilie, j’ai perdu le goût de l’irrémédiable.

Quand la télévision a fait du public son spectacle, il ne lui restait plus qu’à vendre des nombrils.

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J’étais donc là, amorphe, au sommet de mon art, pris en flagrant délit de téléphagie sur un canapé s’effondrant en temps réel, entouré de papier peint couleur HLM et de la moquette du locataire précédent, le cable était enfin dans les moyens de ceux qui n’en possédaient pas.

J’avais plus la télévision dans la tête que la tête devant la télévision.

Entre un mauvais épisode d’X-Files sur la mythologie de la connerie populaire et Yo ! MTV raps avec son cortège de mythomanes parlant vrai, je me donnais parfois bonne conscience en regardant le Jean Edern’s Club, tout en lorgnant sur la montagne de devoirs dont la logique prévisible me préparait à l’usine, et que je ne faisais donc pas, eux qui trônaient sur mon sac à dos fétiche made in china, avec un logo américain.

Je vivais quelque part entre l’exception culturelle et la mondialisation bon marché.

Chut, la télé parle, la séance de name dropping pouvait commencer et malheur à celui qui ne maîtrisait pas une référence, un silence trop éloquent ou certaines absences dans la lueur des yeux étaient un motif d’élimination cathodique.

Cher ami censeur de l’industrie culturelle et faiseur de bien pensance sur mesure avant la télé-réalité accompagnée de son voyeurisme universel et de son exhibitionnisme d’époque, les émissions littéraires avaient tué le ridicule !

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J’avais 13 ou 14 ans, la littérature ne m’intéressait guerre, mais des sexagénaires en plein clash à coup d’invectives vouvoyées, criant de tout leur sphincter, le côlon au bord de l’implosion et qui, pour un oui ou un non, voulaient en découdre au nom de l’humanité, de la décence, de la France ou simplement pour avoir un avis gratuit, eux, arrivaient à stimuler ma passion pour l’accompagnement de fin de vie.

La bizarrerie était suffisamment étrange pour que je finisse par écouter ce qui se disait entre les séquences d’insultes, enfin, comme dans un bon disque de rap.

Entre Charles Bukowski et Old Dirty Bastard mon cœur balance, toujours.

Des empoignades de canapé, il en existait de toute sorte de la Duchère à St Germain, à ce détail près qu’à la Duchère, on ne se serait jamais amusé à balancer dans les airs un livre acheté avec les 3-8.

On l’aurait mangé, certes, vers le 15 du mois avec un bouillon, mais c’est tout.

Cela doit être dû à la pénibilité ou à l’apesanteur.

Si j’ai bien saisi les ressorts qui animent cette farce entre amis, mieux vaut s’en prendre à ce que fait quelqu’un plutôt qu’à ce qu’il est.

Un groupe de gens se faisant la guerre poliment, pourquoi pas, mais ma chère éducation nationale – républicaine sous tout rapport et laïque selon son bon plaisir – m’a toujours claironné, martelé, vociféré que les livres c’était sacré, et le sacré dans ce pays…

Que la télévision possède un pouvoir de coercition afin de ridiculiser les choses importantes, soit, mais que celle-ci puisse arriver à nous faire croire que rien n’a de sens ? Non !

Alors, le jour où j’ai vu l’une de ces prostates sur pilotis balancer un bouquin dans les airs en stipulant que c’était de la merde, pour moi la messe était dite.

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Il me fallait impérativement un début d’explication – avant de brûler une voiture ou devenir nihiliste – je décidais donc d’en parler avec la personne la plus lucide du corps enseignant dans mon collège : le concierge.

Il était à la fois la colonne vertébrale et laissé pour compte dans cette garderie.

Evidement, vous allez me dire que j’aurais dû aller voir mon professeur de français, mais franchement, une personne qui boit un pichet de Côtes du Rhône à chaque déjeuner, qui laisse sa boite de Xanax à portée de vue et, surtout, qui vit en plein fantasme Ferryien dans une ZEP, je ne pouvais en aucun cas lui parler du ridicule et encore moins de la dérision.

Celui ou celle qui a appris la vie dans un livre, périra par ses élèves.

Il fallait que j’explique mon affaire à Gérard, le concierge, la cinquantaine, les dents bien entamées par les Gauloises et l’haleine qui va avec, le visage suffisamment boxé pour justifier son vécu, son abdominal sculpté par la bière moulait son uniforme, des tatouages de la guerre d’Algérie sur les avant-bras, les mains pétries par une femme dépressive, deux enfants en prison et les ongles noirs de vingt ans de bons et loyaux services à ramasser la merde de l’avenir supposé de la nation.

Il n’avait rien à perdre puisqu’il avait compris tôt qu’il n’y a rien à gagner, alors il se faisait un plaisir d’assener quelques vérités à qui le croisait dans un couloir – écrivains craintifs misant plus sur la sécurité de l’emploi que sur leur talent et racailles tiers-mondistes chaussant 1000 francs de misère sociale – il était donc l’homme de la situation.

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« – Alors p’tit, c’est quoi ton truc crucial à régler aujourd’hui ?

Un problème de main droite ? Une méthode d’intimidation à l’attention des nouveaux profs ? Un plan d’évasion avant la prochaine chasse à l’homme ?

Non, c’est un vrai problème ce coup-ci, apparemment, rien à voir avec les cons qui viennent ici parce qu’on leur a dit d’y aller ou ceux qui sont payés pour le faire bêtement.

Tu m’as l’air encore plus perdu que le jour où tu as découvert les Monty Python. »

Nous, nous sommes assis dans un angle mort de la cour entre les grillages vert bouteille et un morceau de mur lézardé, il a sorti une bière tiède, il l’a décapsulé puis me l’a tendu – c’était ma première gorgée de poison – il a soulevé son béret gris sale, s’est gratté le front frénétiquement, a expiré de tout son coffre en une fois, m’a souris comme pour se donner du courage et m’a demandé de vider mon sac, calmement si possible.

Le mois d’août avait l’habitude d’arriver en mai dans la cuvette lyonnaise, une chaleur de plus en plus étouffante anesthésiait mes envies d’autodestruction.

Je lui résumais brièvement mon tourment du dimanche après-midi, la télé, Dieu, les livres, les vieillards incontinents, la culture, le spectacle et l’argent, tout en voyant défiler à vive allure les moutons réagissant instinctivement à la même sonnerie heure après heure.

Gérard m’a rétorqué que le ridicule est un mot pour les hommes de salon qui ne savent pas se salir les mains, que la dérision est la preuve vivante de leur imposture et surtout que les pauvres prennent toujours un malin plaisir à singer ceux qui les méprisent.

Et il a conclu en me disant :

« Quand il n’y a plus de gravité, il ne reste plus de malheur et encore moins de bonheur. »

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ALLOcation familliale

Je n’arrive pas à choisir entre l’effet secondaire de la cagnotte et des IVG qui se perdent
(Allocations familiales 0 – Anti-avortement 1)
anti ivg

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Éducation nationale

Je n’arrive pas à choisir entre la rentrée des grévistes et la violence municipale
(Éducation Nationale  0 – Taser 1)

Taser

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