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Posts Tagged ‘école’

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Sans argent, sans repères et sans avenir, mais où aller ? Au centre commercial, voyons ! Et en courant qui plus est !

Je me rappelle encore de l’excitation palpable qui était la mienne au moment de me précipiter l’air hilare vers un ennui profond, propre, à escaliers, à escalators, à issues de secours, rien que pour ne pas faire les 100 pas en bas de chez moi. Alors, la promesse de quitter quelques heures ces murs scarifiés qui ne tiendraient pas sans nous ou de laisser sur le bord de la route ce banc fatigué qui portait mes initiales ainsi que l’empreinte encore fraîche de mon postérieur, cette perspective m’enivrait de la même manière à chaque évocation. L’essentiel résidait dans cela, sûrement dans mon veau d’or – avec extincteur intégré – où je n’avais aucune responsabilité architecturale et encore moins de pouvoir de coercition sur mon sphincter. Dans ce lieu libre entretenu par une chape de plomb, l’anonymat providentiel côtoyait sans y prêter gare l’indifférence ordinaire. Plus de classes, plus de genres, juste des gens, seuls et ensemble…

Je sais, je sais, j’aurais pu faire montre de l’une de ces attitudes studieuses dont font preuve les spécimens dits immigrés et assimilés ou courir sans réfléchir après un ballon, mais la domestication parfaite et la vie d’un groupe contre un autre ne m’attiraient que peu, et puis ce n’était pas comme si je n’avais jamais essayé ! Mais l’assimilation d’un corps étranger, à même le pupitre, par manuel scolaire a fait remonter en moi un frisson que ma mémoire ne connaissait pas, sans oublier que la plupart des réjouissances compétitives étaient mère de cette ambition qui aime tant la trahison. Je passe mon tour et laisse ma place avec plaisir. Ceci étant, cette brève expérience m’a enseigné que j’avais un mal fou à jouer sans faire mal, allez savoir ?!

Et parfois, en ne voyant pas l’intérêt de demain après la sortie salvatrice de 16h30, je me laissais happer par le reste de la semaine, au hasard de l’une de mes pauses hygiéniques sur mon banc personnel – entre « Les chiffres et les lettres » et « Une famille en or », d’après la fenêtre de la concierge. C’était avec stupeur que je ne voyais plus, peu ou pas les crachats d’usage joncher le sol, ceux-la même s’enorgueillissant d’avoir la main mise sur notre système de communication géolocalisé ! Nous étions déjà samedi et personne ne m’avait tenu informé, soit en enfonçant un bâtonnet dans l’interphone pour sonner l’alerte ou soit en criant par la fenêtre en l’agrémentant de quelques insultes de base. Il faisait désert dans le square, il ne restait que les nostalgiques de la guerre d’Algérie et de la gégène pour garder le contact visuel avec les mères de 16 ans qui surveillaient avec la plus grande des concentrations leur cigarette se consumer plutôt que leur parasite dans la poussette. Il me fallait bien sortir de mon banc, et au moment de monter dans le bus – malédiction ! – que pouvait faire un homme, de 12 ans, seul face à une demi douzaine de contrôleurs des TCL ? Pas grand chose en vérité, je me suis donc résigné à acheter, puis à composter un ticket, en attendant patiemment la bousculade générale organisée à la fin du voyage retour !

Le centre commercial, mon royaume, mon home sweet home, pour lui j’ai combattu même avec des hématomes*. Une addiction reste une addiction même légale et c’est la pupille dilatée, les lèvres pincées et la gorge sèche que je retrouve celle qui promet beaucoup, mais qui ne donne jamais rien, si ce n’est un échantillon d’une nouvelle tentation.

Face à mon regard déjà acéré, un immense monstre métallique déjà usé à quatre étages m’ouvrait son antre faite d’enseignes tapageuses, de cartes bleues muettes et de sa fourmilière disciplinée au possible. J’étais donc au rendez-vous, comme à chaque fois pour faire le pot de fleurs et le décor zoologique. Ce qu’il y avait de sain dans notre relation, c’est que je n’avais rien à vendre et encore moins à acheter et ça, la bête vitrée le savais. Je n’étais pas là pour le plaisir, mais pour affaire, notre affaire. Une histoire de temps qui passe, qui lasse, qui laisse, voilà quel était mon fond de commerce entre vide et néant.

Tous les mercredis et samedis de ma grande enfance, sans exception – angine, punition ou Thc – étaient dévolus à l’inertie entre congénères se ressemblant suffisamment pour se détester sans se connaître, à la perte de toute dignité en présence d’un début de poitrine, au moyen de trouver un problème musclé à chaque solution pacifique et, sans omettre le truc du pauvre à la limite du masochisme à travers les âges, la consommation par procuration ou par prospective qui n’arrive jamais. J’étais à mon aise dans ce faux rythme où de loin tout va lentement, mais en grossissant la caricature, je m’apercevais que tout le monde courait tête baissée, en famille, en solitaire, avec pour unique pénitence le prochain dealer de signes extérieurs de richesse, l’impôt du parking toujours automatique mais jamais habité ou la sortie principale pour ceux abandonnant leur rêve précaire pour le luxe d’une vie bien à soi. Les seuls possédant le recul nécessaire étaient ces vigils, plus silencieux que décérébrés et dont tout le monde préjugeait de leurs petites, si petites pensées, ainsi que les techniciens de surface invisibles que personne n’ose bousculer de peur d’accepter leur existence dans ce petit paradis tout droit sorti d’une liste en papier glacé. Eux étaient à la fois témoins privilégiés et prisonniers salariés de cette course contre la montre, ce compte à rebours où les plus fous amassent tout ce qu’ils peuvent en espérant qu’on ne leur dira rien au check-out le cœur léger, les pieds devant et les poches pleines.

Comme d’habitude, je suis en train de me perdre dans ces dédales et je vous y entraîne également, mais la répétition est la clé de la paix. Emprunter le même étage, le même escalator, le même demi-tour, voilà une petite mort bien agréable. Je trouvais presque à chaque fois une raison évidente à exposer à mes détracteurs – les amoureux de l’amour et les extrémistes de la liberté – pour crédibiliser mon apathie. Au moins, je ne faisais rien de pire et cette réponse suffisait à leur malheur. C’était le ventre plein et les poche arides que rien ne pouvait me tenter, j’étais en osmose pour stagner en avançant. Entendons-nous bien, tourner en rond machinalement les uns derrière les autres – au risque d’un carambolage – cela n’avait rien de fétichiste, mais c’était le seul choix pour ne pas perdre la tête, je n’avais ni les moyens ni le profil d’acheter du spleen et l’inertie était plus légitime à mon sens que les râles pseudo dépressifs. Je vivais dans une cage à lapins avec ma famille, alors quoi de plus normal que de passer mon temps libre dans une roue pour hamster ? Au final, c’est pendant ces moments que j’ai cultivé mon obsession pour le temps et mon indifférence pour l’argent.

La particularité du centre commercial, c’est sûrement sa fascination pour l’anticipation de tous les calendriers quels qu’ils soient et le besoin qu’il a d’expulser, la nuit tombée, ceux qu’il retient captifs malgré lui. Le paroxysme de ce phénomène se manifestait lors du respect mercantile des festivités religieuses. J’étais ainsi tiraillé entre mon hérésie de circonstance et mon œcuménisme opportuniste. Dans cette perspective, j’ai longtemps attendu l’avènement de Noëlouka dans les étals monothéistes, mais les décorations envahissantes et hypnotiques de la fin d’année scelleraient à jamais mon iniquité envers l’obèse sans papier qui défiait l’apesanteur. A titre personnel, je n’ai rien contre Noël en tant que tel, mais la combinaison religion, marketing, crédulité et pouvoir d’achat me donnait la nausée ou une idée de plan de carrière.

C’est mon centre commercial à nous ?! Oui, ça a l’air fou à entendre, mais dans les faits, c’était le cas. L’autre événement théologique qui tenait en haleine tout le centre commercial était la veille du Ramadan et ses violences, fantasmées, espérées, chorégraphiées, scénarisées. De mémoire de sauvageons on n’a jamais su si l’obscurantisme républicain avait généré cette étouffante situation ou si trois déficients mentaux au milieu de suffisamment de moutons avaient créé le phénomène. Toujours est-il que le samedi précédant le début du Ramadan un étrange rituel se réitérait : d’une part, tout ceux qui portaient une casquette étaient d’office catalogués dans la catégorie musulmans, même les Sylvain, surtout les Sylvain, ça fait agent double comme matricule – parole d’un membre ardent de la B.A.C. – et puis, surtout, il ne fallait pas se regrouper à plus de cinq. Mais quelle est cette science sans logique ? Si je voulais m’ennuyer seul, la télévision avait été inventée pour cela et, de plus, cette interdiction retardait l’apprentissage des civilités en milieu hostile, j’entends par là « espace économique récessif ». Au final beaucoup de bruits de part et d’autres, beaucoup de bruits pour rien. Soyons cohérents, qui irait se parer de ses habits de lumière made in China pour aller s’offrir en pâture sur l’autel de l’insurrection religieuse, banlieusarde et sociale – à vous de voir Mesdames et Messieurs les journalistes – certainement pas une personne qui passe l’intégralité de sa vie à parler avec ses mains pour ne jamais les utiliser !

Et l’agitation annuelle enfin passée, les uns jeûnaient, les autres ne pouvaient plus attendrir de l’arabe durant un mois et moi, comme la coutume le voulait, je passais du Mac bacon au Big mac, moins cher et meilleur à la fois ! Je vous entends déjà les juges en freelance et les lésés de ma part de burger, mais à force de laisser une bouchée à tout le monde, il ne me restait jamais rien à la fin, j’ai donc dû prendre les dispositions drastiques qui s’imposaient en étendant cette hygiène économique aux soirs d’extorsion sur fond de solidarité et de Kleenex depuis mon banc de salon !

* Cf. LP « Entre deux mondes »

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C’est plus qu’un jeu ? C’est plus qu’un Je ! Vous savez le matin ne fait pas de sentiments et peu d’états d’âme qu’importe le fuseau horaire et le prix de votre sommier, il nous matraque systématiquement sans vergogne pour mieux nous réveiller sous le regard impatient et carnassier de nos basses besognes. Néanmoins, dans sa grande bonté, la naissance quotidienne et forcée sépare la race de ceux qui marchent debout en deux catégories bien distinctes, ceux qui ont un but une fois les yeux ouverts et ceux qui n’en ont pas même lorsqu’ils les ferment pour mieux s’évader de leur geôle en 3D.
Je constate régulièrement, presque amusé, en pratiquant mon prochain que ceux qui ont un but possèdent une haute opinion de celui-ci, ainsi que d’eux-mêmes. Ensuite pour s’assurer la légitimité et la paternité sur les aspects positifs du futur du globe et convaincre leur auditoire de la perfidie de ceux qui ne veulent pas adhérer, ils ont inventé les mots nihiliste et misanthrope ! Dès lors, tout est une affaire de divertissement, toujours primordial, masqué en causes communes et les idées deviennent une affaire personnelle que l’on domestique en groupe, entre gens bien, chacun à son tour.

Révolte, rébellion, révolution, mouvement social, problème de flatulence et d’apesanteur, moralité en danger, justice culpabilisante où que sais-je encore, la seule chose que je sais, c’est que je ne sais pas et que toutes les nobles intentions énoncées ci-dessus vivent sur un passé fabriqué de toutes pièces pour mieux les bercer tout en espérant secrètement les tuer par leur simple volonté contestataire lors d’une promenade musicale et en banderole. J’ai souvent été sous le feu nourri des clubs, je n’ai jamais été une personne des serments, des préliminaires en manifestation, du protocole, des booms et encore moins des règles, de l’ordre et de la discipline à mâcher avant d’avaler.
Berger ou mouton, ce n’est pas un choix, juste une histoire de promotion ou d’opportunisme. Mais là où les religieux donneurs d’âme ou barbus en quête de soldats de plomb – voire les experts de l’extorsion dianétique – ont abandonné, les charlatans de la démocratie en voie d’extinction ont toujours tenté et essayent encore d’ailleurs de me coller leur étiquette afin de compléter leur nuancier, car celui qui n’a pas son nègre de compagnie – jadis pour se justifier et maintenant pour se conformer – n’est pas digne du jeu républicain !
Et ce jour d’octobre 1995, je n’ai pas eu le choix au milieu de la cohue estudiantine et de la fronde policière, eux voulaient juste avoir une histoire à raconter à leurs enfants à défaut d’avoir fait avancer les choses, moi je voulais un ballon de basket Spalding Chigago Bulls et rien d’autre.

Comment, sérieusement, vouliez-vous que j’imagine que les apôtres des idéologies boutonneuses allaient délaisser la gloire médiatique des défilés, chantant faux, sur les grandes avenues du centre ville pour mon claustrophobique et clinquant centre commercial de la Part-Dieu, sérieusement, comment ? Ce jeudi après-midi aussi moribond qu’ennuyeux, j’avais consciencieusement pris la file de l’air en laissant vacant mon siège de torture eu égard à la surpopulation scolaire, ainsi qu’à l’oisiveté de mes enseignants et d’un pas certain et dansant avec ce jean qui flirtait tantôt avec mon bassin, tantôt avec mes fesses, je me dirigeais avec plus d’une centaine de francs vers le seul Footlocker de la région au milieu des années 90. Pour que chacun se remémore la température de l’époque, nous étions en pleine effervescence des blagues d’un goût douteux impliquant Khaled Kelkal et l’indigestion caractérisée de pommes gaullistes, mais revenons à mes emplettes… et au temple de ma dévotion. À côté d’une armée de basket manufacturées par des enfants – cela ne m’empêche de dormir ou d’en porter – le voilà lui, le Saint Graal sphérique à cornes, avec un regard de guerrier made in Chicago, comme dans les magazines, comme dans mes trash talk sur le terrain, rouge, noir, blanc, rugueux, granuleux et lisse à la fois, lui le seul, le voilà entre mes mains fébriles trop petites pour pleinement l’épouser, le souffle au ralenti, les pupilles dilatées, j’avais comme une poussée de ferveur entre les jambes. Moralité, Michael Jordan était plus vrai que Dieu !

Au moment de passer à la caisse enregistreuse et également à l’humidification pudique de mes yeux, une alerte retentit, une panique se répandit et l’anarchie naquit dans les arcanes du centre commercial en 30 secondes, montre en main. Puis le vendeur, la bouche béante et la déontologie pétrifiée, me demanda de sortir séance tenante en omettant de me faire payer l’objet du désir en cuir, afin qu’il puisse baisser sa devanture bien aimée, celle qui le protègerait de la horde de barbares annoncée par les haut-parleurs et la sirène. Mais qui étaient donc ces impitoyables et redoutables envahisseurs capables de faire perdre une commission si petite soit-elle à un vendeur récidiviste ? Pull up ! Comme ils disent, retour en arrière s’il vous plait. Certes, à l’entrée du centre commercial j’avais aperçu sans y prêter attention un amoncellement de velus/chevelus fidèles de Noir Désir, de Burning Spears et de tout ce qui pouvait énerver leurs parents, sans oublier par extension la société qui leur permettait de s’en plaindre, mais j’avoue peut-être à tord le mal que j’avais à prendre au sérieux des gens qui avaient la certitude que la démocratie s’exerçait dans la rue, à pied, avec des pancartes et des slogans ! Quoi qu’il en soit, les faits étaient là, les amoureux des histoires sociales à dormir debout étaient prêts à en découdre mais pas trop avec les CRS toujours à proximité du centre commercial.

Aujourd’hui c’est jour de fête, la dégustation gratuite de l’arsenal policier n’aura pas de goûteurs arabes comme souvent mais des étudiants dont la chair était plus tendre à la matraque. Merci qui ? Merci Alain Juppé ! Devant cette configuration inédite pour moi et sans support amical, il me fallait promptement trouver un chemin salutaire et une issue honorable entre les parties de chasse à l’homme inter-bornés et les pillards improvisés qui avaient dû oublier leurs causes sur la route. Ce qu’il y a de pratique avec l’ennui et la promiscuité, c’est qu’ils vous cantonnent au stand-by sur banc ou à la folie passagère en tournant en rond là où tout se vend, mais où l’on ne peut rien acheter. Et à la Part-Dieu, en l’occurrence je la connaissais par cœur, comme ma poche et les yeux fermés, entre la chorégraphie de la révolte sponsorisée et de l’ordre corrompu, au 3ème étage à côté du Carrefour, le passage réservé au personnel était presque toujours entre ouvert et il menait à la pointeuse sans pitié, mais avant ça vers une sortie qui donnait sur la bibliothèque et donc la sortie. « Money Time », fin de la partie ! Souklaye 1 – Les autres 0.

En fait, pas tout à fait… En fait, pas du tout ! La guérilla urbaine bénigne avait migré à l’extérieur de l’Eglise du consumérisme. Tout était à refaire et j’avais un match de basket-ball et de la fanfaronnerie à dispenser une demi-heure plus tard. Il ne fallait pas compter non plus sur la présence des transports en commun sur le théâtre des opérations ou le champ de bétail. Si j’en avais eu le temps et le cœur, je me serais attendri sur ces marques d’affections fratricides en ayant dans un coin de la tête cette rêverie que certains « avaient été » et que certains « seront » ceux qu’ils combattaient avec acharnement et qui n’avaient plus que peu de rapport avec d’hypothétiques principes, mais plutôt une filiation directe envers cette banale animalité sanguinaire qui est la nôtre. J’aurais bien voulu participer aux festivités, histoire de m’intégrer, mais sachant que l’on m’avait indiqué à moult reprises que je n’étais pas chez moi ici, il était donc hors de question que je fasse preuve d’une quelconque ingérence dans une affaire qui ne serait jamais mienne !
Au vu de l’état des lieux, l’option discrétion et camouflage n’en était pas une. Il n’y avait que peu d’amis chocolat dans les insurgés d’une après-midi et ceux avec un uniforme portaient fièrement leur casque afin que ce détail ne soit qu’un mauvais souvenir, j’étais par la même occasion à découvert et avec des signaux clignotants à la place de mon crâne luisant. J’ai donc pris la décision extrême de remonter mon pantalon jusqu’à mon nombril, de serrer fortement cette ceinture qui ne servait que de décor depuis son acquisition et de faire mes lacets pour la première fois. Adieu frivolité, bonjour efficience ! Quid du ballon Spalding Chicago Bulls ? Le porter sur le côté ? Non, s’eut été le meilleur moyen de perdre un soldat en chemin. L’heure du sacrifice avait sonné, quel crime de lèse-majesté que celui-ci de déformer un sweet-shirt Reebok « Shaq Attack » tout neuf ! Je me suis empressé – pour ne pas y réfléchir – de loger le ballon entre mon t-shirt et mon sweet, puis ressemblant enfin à un travesti enceinte ou à la chanteuse de Skunk Anansie, j’ai pris une longue respiration, puis j’ai fermé les yeux pour mieux les ouvrir…

Et je me suis mis à courir sans m’arrêter, sans me retourner jusqu’à ce que le bruit de la bagarre annuelle et culturelle ne devienne qu’un son sourd et que les silhouettes en face de moi ne se transforment en la faculté de Lyon III. Ouf, je n’ai jamais autant aimé Bruno Gollnisch ! Suis-je allé vite ou ai-je eu de la chance ? Je ne préfère pas le savoir, sachant que je ne réitérerai pas l’exercice, car j’ai perdu un poumon sur la piste et que mes glandes sudoripares ont fait dans l’excès de zèle. Mes habits de lumière peuvent en témoigner. Mais le ballon, mon précieux il était avec moi. Il ne me restait donc qu’à débuter nonchalamment ma danse de la victoire dans le plus pur style californien, tout en la ponctuant d’onomatopées et de trouver quelques effets de narration afin de dramatiser mes péripéties le temps d’arriver au terrain de basket-ball qui jouxtait le parking de l’Institut Lumière.


Arrivé sur place avec un sourire que rien ne pouvait arrêter – ni la perspective d’un nouveau redoublement et ni même celle que la lune ne me tombe rétroactivement sur un coin de la gueule – je me suis empressé de chercher âme qui vive sur ce terrain d’habitude bondé. Il n’y avait qu’un petit garçon maigrichon en guise de public, qui répétait sans cesse le même mouvement sur la ligne des lancers francs. Après l’avoir questionné sur la disparition soudaine de l’armée internationale des amoureux des dunks rageurs et des contres savoureux, il m’a indiqué que cet autre troupeau était allé s’agglutiner aux abords de la Part-Dieu afin d’aller admirer le spectacle de la furie des Hommes, des os qui craquent et de la symphonie des lances à eau.

Je dois dire un peu dépité que nous avons une passion malsaine pour les vitrines, de la violence conjugale à la guerre mondiale et une addiction certaine voire viscérale pour le sang, surtout celui des autres. Cela doit être pour ça, pour nous contenir, qu’en occident, chaque dimanche, on nous permet de faire acte de cannibalisme, de vampirisme et d’un peu de nécrophilie, enfin je crois. Alors, j’ai repris mes esprits et j’ai fait comme le petit garçon maigrichon qui avait tout compris, j’ai travaillé seul mes lancers francs, peu importe que le ballon soit rouge, noir, blanc, rugueux, granuleux et lisse à la fois, je voulais, comme lui, juste pour avoir un peu de calme, ma part de paix car la répétition tue la réflexion et, des fois, c’est bien mieux ainsi…

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Je n’arrive pas à choisir entre le conditionnel futur et le passé simple
(Les phobies 0 – Le révisionnisme 1)

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Apparemment, tout le monde doit trouver sa place ou être à la sienne, même moi. Je baissais donc la tête – plus par habitude que par lâcheté –  pour être sûre que l’on ne m’en alloue pas une, par erreur en connaissance de cause, par hasard en toute bonne foi, par certitude pour mon bien. Allez donc savoir ce que je suis, vous, cachés derrière vos masques trop transparents. Connaître qui je suis, c’est ça le drame commun, l’anonymat nous préserve tous de l’attachement !

Mais lui, hum, lui, l’ombre dans ma rétine, hum, lui, je l’avais dans la peau comme il faut l’avoir, je l’avais dans mon cœur en éponge, prêt à accepter n’importe quelle offrande pourvu qu’elle comble quelques instants ce vide sans nom propre. Une première fois, c’est toujours une première fois, ça ne ressemble à rien, à rien de comparable, à rien de mémorable. Ça te ressemble en y repensant.

Ce rien, je le voyais maintenir en captivité ces deux faiseurs d’enfants – pieds et poings liés, toujours pratiquants, mais jamais croyants – qui réclamaient la reconnaissance de leur autorité dans chacune de leurs respirations : à table une fourchette à la main, à Noël les cadeaux sous le sapin, dans le salon la télécommande à la main, à la nuit tombée un toit sur la tête. Leur peine à purger dépendait uniquement de mon frère et moi, je ne sais pas comment leur faire payer ou les exhausser !

En attendant ce jour bénit, j’aperçois – sans réellement pouvoir ou vouloir l’attraper – le temps se traîner lentement de toutes ses conjugaisons et j’admets à ce moment-là malgré moi, que je suis au point mort. Mais depuis quand ? À vrai dire, lorsque j’ai saisi que j’étais la fin de la chaîne alimentaire et le début d’un engrais idéal, j’ai cessé de donner un sens gratuitement à tout, à tout le monde.

Il en va de même pour mon mal-être et mes états d’âme – me servant autant d’alibi que de mobile – prévisibles et dispensables. Que pourront-ils ses signes extérieurs de détresse face aux regrets omniprésents et à cette culpabilité sous-jacente dont les fantômes ont le secret ? Pas grand chose, hein ! Hé merde, j’aurai dû être malheureuse au lieu d’avoir l’amour automatique…

L’amour, cela se cherche désespérément et certains ne le verront qu’à travers les autres, n’est-ce pas ? Celui que l’on a sous la main ne suffit jamais vraiment, il nous appartient déjà, il fait partie du passé au risque de l’oublier. Où est-il lui, maintenant qu’il me manque, lui l’anodin, le familier ? Celui qui n’attendait rien, vraiment rien et c’était ça son problème, mon problème, puisqu’il faut en avoir.

Je suis partie plus à la poursuite qu’à la recherche de ce fragment de moi qui fait que ne le suis plus. En chemin, à chaque nouveau visage, je perdais la mémoire des gens, des choses, des années au fur et à mesure que mon imagination négociait un shoot de bonheur à cette douleur totale et sans fin.

Je ne veux à aucun prix qu’elle ne s’arrête, elle est ma croix, mon poids à moi seule, ma part de purgatoire sur Terre que nul ne pourra m’enlever ni comprendre. Je ne sombrerai jamais en sa compagnie, jour et nuit, années après années, elle finira par te remplacer et je pourrai toujours et encore te courir après pour ne jamais te retrouver.

Ne pas savoir, c’est mieux que tout connaître. Quand on vit de réponses, c’est que l’on est déjà plus là, que l’on n’attend plus rien de personne. Donc, dans le doute pour ne pas comprendre à coup sûr cette absence en moi, je ne me retournerai jamais sur mes pas, par peur légitime de me voir disparaître de ton amour.

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Je n’arrive pas à choisir entre l’effet secondaire de la cagnotte et des IVG qui se perdent
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