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Posts Tagged ‘dieu’

Début de transmission.

Heureusement que tu étais là pour m’offrir une caisse de résonance.
Cher journal de bord, Cher moi.
Puisque j’écoute parler ma voix intérieure et que je n’ai aucun problème d’égo, perdu que je suis entre le vide intersidéral et le néant de mes semblables, je peux affirmer le plus tranquillement du monde que la folie me guette ou me veille, c’est selon ! L’espace, tout le monde en rêve les yeux rivés vers la chape de plomb d’ozone, mais une fois sur place – chers partisans de la tête dans les étoiles – l’expérience ressemble à s’y méprendre à des vacances forcées chez une tante éloignée. Dans ce cas de figure, deux options s’offrent à vous, soit vous émerveiller avec la béatitude d’un humanitaire devant le moindre caillou soit compter le temps qui passe jusqu’à ce que ce celui-ci ne commence à vous interpeller par des questions sans réponses.

Personnellement, la lune, je n’ai jamais voulu la décrocher pour qui que ce soit et je n’en ai pas fait un objectif. Mais comment me suis-je retrouvé candidat à cette partie de cache-cache en solitaire ? Et bien, disons que j’avais tout et à force de remplir les cases une par une dans le bon ordre, je me suis retrouvé sans rien, l’expression tout donner m’avait offert tout son sens et s’en était trop. Je ne suis qu’un homme – même en couple – j’ai le nomadisme qui me démange et le tuning affectif qui ponctionne mon énergie vitale. Il fallait à tout prix que je sorte les poubelles, que j’aille acheter un paquet de cigarettes pour ne plus revenir, alors j’ai opté pour le compromis en acceptant un travail à l’étranger. Vous savez, le genre d’étranger où il n’y a plus de frontières…

Je suis le concierge du petit pas pour l’homme et du bond de géant pour l’humanité, et ça me fait une belle jambe. En translation avec le soleil. Encore un jour pour rallier l’année suivante, encore un jour afin d’attendre le mois prochain. Je voudrais bien pointer et faire la grève, mais je n’ai nulle part où aller et personne auprès de qui me plaindre, franchement. À quelques encablures de la galaxie limitrophe. Encore un jour pour s’assurer que l’heure s’écoule, encore un jour afin de savourer la minute ultime, encore un jour jusqu’à la dernière seconde. En orbite autour de la Terre.

Je tourne en rond, mais pour de vrai, sans discontinu, et mieux vaut ne pas compter sur la révolution et les jours fériés, d’ailleurs Dieu n’a toujours pas donné signe de vie.

Et m’y voilà enfin, presque au bout de moi-même, plus ou moins sur mes deux jambes, passablement électrisé et suffisamment déçu pour me fabriquer du passé. Lorsque tout devient familier, il est probable que l’on perde toute son intimité, que l’on devienne honnête et nu n’ayant personne à qui mentir. Comment allais-je survivre aux regards des autres, les mythomanes habillés de la tête aux pieds? Et puis, je devrais composer avec le goût des autres et cela m’effraie au plus haut point, il me faudrait tolérer une autre médiocrité que la mienne. Etre poli, ne pas répondre, traverser en temps et en heure, mourir en silence, etc.
Home sweet home. Sachant que le foyer demeure l’endroit où l’on est et non celui dont on peut se souvenir, il y a fort à parier que je laisse un peu de mon histoire sur le pas de ce huis clos. Je vais devoir le regretter pour enfin l’aimer comme il le mérite. Mon insignifiant morceau de vie combattant l’apesanteur au milieu de nulle part.

Je ne sais décidément pas si je rentre chez moi ou si j’arrive quelque part. Je suis un sans astre fixe, l’univers est ma patrie, et moi j’ai le droit et le devoir d’employer l’universalisme. Puisque la distance redéfinit à loisir l’espace et les identités qu’il abrite, je peux me permettre de parler du futur de notre amour au passé, non ?
Mais je m’éloigne habilement du sujet. Ai-je l’image ou le fantasme de ces «quelqu’un» me promettant adrénaline et massage cardiaque à mon retour? Il y a si longtemps que je les ai quittés pour des raisons révolues que je ne sais pas qui, entre eux et moi, est la parenthèse de l’autre. Si je veux être honnête un instant encore, piégé dans mon mausolée électronique, le but avoué était de tenir et pas de revenir. Il y avait plus d’espoir dans la repentance éventuelle que dans la seconde chance résiduelle.

Les messages épisodiques que nous échangions par alternance étaient faits d’une politesse de circonstance qui meublait et parfois entretenait la monogamie, ou plutôt son fantôme. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Il va nous falloir vivre ensemble.
Evidement, les enfants sont là pour faire tampon, mais même eux ont déjà une fuite programmée. Passer du spectacle de la séparation aux basses besognes avec sa liste de course, cela a de quoi propager le doute dans la psyché du commun des toxicomanes. Rien de mieux qu’une relation à distance. Au final, ce qu’il y a de meilleur dans la solitude et dans l’Amour, c’est l’attente souvent, l’absence parfois.

Dans l’espace personne ne m’entendait crier, mais moi je t’entends déjà d’ici…

Cher journal de bord, Cher moi.

Tu vas me manquer, comme la vérité.

Fin de transmission.

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Seul à la maison… Cela sonne creux, cela ne résonne pas. Surtout s’il n’y a personne pour l’entendre. Combler à deux, à plusieurs ou en société le vide de la file d’attente relève déjà du petit miracle. Les calendriers nous recensent éphéméride après éphéméride. Mais ce soir, seul —sans mauvaise conscience— dans une boîte avec une serrure, je me dis que le purgatoire doit ressembler à s’y méprendre à une suite de chiffres et une liste de noms.

Je vois cet appartement comme une collection de rustines n’ayant plus rien à recouvrir. Des murs à tapisser qui finissent par devenir des cloisons à maudire, des portes grinçantes qui précèdent ou succèdent à d’autres portes silencieuses, un plafond à l’abandon prêt à se transformer en sol pleureur ou en toit du monde et des voisins qui pensent que je suis le leur.

Bienvenue chez moi, enfin chez moi… un endroit entre le monde extérieur et je ne sais quoi d’autre ! Une boîte à géométrie variable où l’on peut vivre, s’ennuyer, être heureux, être ensemble mais toujours enfermé en regardant par la fenêtre sale ou le décor gris. Et puis, pour me tenir en alerte j’ai un judas et une sonnette, à croire que j’habite une backroom !

Apparemment avoir son nom sur une boîte aux lettres, c’est un signe extérieur d’humanité. Alors je ne sais que penser lorsque mon nom trône ainsi sur cette même boîte aux lettres, sur l’interphone et sur la porte du dit « chez moi ». Suis-je un Dieu ou un mouton ? Et pourquoi pas le Dieu des moutons, avoir le pouvoir sans aucune ambition !

Je suis encore perplexe dans ce truc compartimenté où tout s’ouvre pour mieux se fermer. La liberté sous clé à l’abri des autres. Des pièces à remplir du temps passé dehors dans d’autres pièces avec d’autres voisins dans le même open-space. D’autres pièces où entasser les anciennes choses à crédit et les anciens gens en souvenir. Une pièce où aimer ou faire semblant à proximité de l’écran, une autre pour s’alimenter, puis celle qui la jouxte pour évacuer et la dernière pour se laver de ses péchés. Peu importe la taille, seul compte ce que l’on peut y emmagasiner!

À vrai dire toutes mes années de vagabondage mondain de canapés bosselés en squats amiantés sans oublier ces couches et ces femmes d’une nuit ont contribué à démanteler lieu après lieu ma définition du foyer et sa chaleur supposée. Pour ainsi dire, le bonheur résidait dans le fait de s’endormir comme une merde entre un banc de putes et un cortège de clochards sous le regard sanguinaire de la brigade anti-criminalité. N’y voyez là aucune fantaisie romanesque, seule la misère me poussait dans ce lit à ciel ouvert. Puisque que la galère est un sacerdoce et que la bohème est un loisir!

Un jour la nouvelle est tombée d’on ne sait où et, sans que je ne m’en rende compte à force de survivre, j’ai fini par avoir un chez moi avec un quelqu’un. Je crois que dans ma logique foutraque l’espace est une personne et le temps un sentiment.

Mine de rien occuper l’espace à deux demande une sérieuse organisation, une furieuse envie de l’autre et des calendriers à perdre. Sans oublier le fait qu’apparemment tout le reste de la création —de l’administration aux publicitaires— est au courant de mon secret estimé en mètres carrés et en étreintes pour la fille déficiente du concierge. Et dans ce grand élan fraternel, tous se donnent la main afin de m’ensevelir vivant sous des tonnes de papiers plus ou moins recyclés. J’en viendrais presque à bénir les spams!

Les semaines, les mois et les années copulent gaiement en soignant leurs handicaps jusqu’à faire apparaître mon premier cheveu blanc et des fossettes complémentaires sur ma gueule de souvenir ambulant. Et un beau jour, il y a plus de trucs que de vide dans mon espace locatif pour deux, avec chat en option. Parfois pour la fiche de paie, la carrière ou l’arbre généalogique l’un d’entre nous quitte la boîte personnalisée avec nos noms dessus pour quelques heures, pour quelques jours. Mais lorsque leur nombre ferait presque passer une simple addition pour une multiplication, je sens monter progressivement une angoisse dans le regard de l’imitateur dans mon miroir. En me retournant sur mon auguste royaume, je ne vois à perte de vue qu’un immense catalogue pour monogame endurci. Si dans certains immeubles centenaires on peut entendre des fantômes, moi je guette, nerveux, les missives des futurs nourrissons. La peur a le visage que l’on veut bien lui donner.

Les murs se rapprochent précipitamment, la télécommande me fuit sans se retourner, le toit me surveille d’un air supérieur et la porte se prend pour les accords Schengen ! Le ciel ne tombe pas sur la tête —trop occupé qu’il est en Irak ou au-delà de la ceinture de feu— non les choses me rappellent à l’ordre en m’indiquant que je ne suis qu’un invité de plus, de longue date certes, mais juste un invité. Et pour cause, je serai propriétaire le jour où ma carte d’identité aura la moindre valeur. Dans la clandestinité la plus totale, je suis un anonyme avec un nom sur une boîte aux lettres.

J’ai besoin d’air, d’extérieur, d’ailleurs pour retrouver la trace de la vie. Donnez-moi un banc, un morceau de carton, un bout de canapé dans le 18ème que je retrouve mon identité, le bouton d’autodestruction dans le crâne et le poison dans le goulot. La liberté, c’est le danger, mais à nous faire peur depuis la nuit des temps, nous prendrions presque la sécurité pour une bénédiction. Délesté de toute peur, je prends un bain de foule dans la grande boîte ronde en attendant qu’elle perde la tête ou qu’elle prétende faire la révolution pour entasser les trucs des autres chez elle!

À force d’en avoir, des choses, j’en suis devenu une et ce soir il n’y a personne pour me réanimer du bout de mes longs fils. Je sombre dans la folie administrative avec un matricule pour chacun de mes cent pas exécutés en tournant rond sur cette ligne droite. En déambulant encore désarçonné dans une rue bondée de gens presque prêts à tuer pour rentrer chez eux, derrière leur porte avec leur nom dessus, je me suis rassuré sur ma précarité. Même en ce novembre flegmatique entouré de cadavres de manifestations en pleine nuit blanche sur un banc célibataire, je prends conscience que je n’ai jamais eu de problème de où mais un besoin de qui.

Ivre d’une détresse captive, j’en appelle à gorge déployée à la nuit, à la vie pour trouver une corde raide où exister encore, encore une fois. Un endroit au milieu de nulle part où tu viendras me sauver de moi.

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La nuque lâche, la lèvre inférieure pendante et les narines gonflées, j’attendais un signe du destin ou une marque d’affection de mon chat. Aucun des deux n’étant venu jusqu’à mes oreilles, je me suis alors lancé à une allure nonchalante et j’ai sauté à pieds joints dans mes charentaises avant de pénétrer précipitamment ma chambre noire maculée de blanc.

J’aurais bien voulu faire marche arrière, mais quitte à tourner en rond autant le faire vers l’avant.

Pour ainsi dire, ce sont les mots qui ont traversé ma tête au bord de l’implosion lorsque ma chaise a reçu le côté pile de son locataire en pleine face et que mes coudes se sont empalés lourdement contre le rebord métallique et glacial du bureau, orphelin des traces de la crème Nivéa que j’y déposais chaque jour. Aucun doute, il s’agissait bien d’un rendez-vous, le premier après une rupture pour sûr, il s’agissait de se faire pardonner.

Tant de mots m’ont échappé depuis la dernière fois, il faut bien vivre des choses, peut-être même avec des gens, pour leur donner un sens les éloignant du commun des mortels éructant des onomatopées depuis leur console de jeux vidéos. Bref, j’y suis, j’y reste !

Le tournant m’attend et je n’aime que les lignes droites, spécialement lorsque, comme moi, on cultive une haine passive pour les freins. Le calendrier a pris de l’avance et je me dois de le rattraper sous peine d’en avaler mon bulletin de naissance avant ou après l’heure dite.

À chaque nouvelle édition de cette farce j’ai comme un tressaillement, comme une hantise, comme un complexe, celui de me répéter, en public qui plus est. Je ferais bien la nique aux habitudes, mais de qui pourrais-je me plaindre ensuite ?

Le déjà-vu me guette, j’irais presque jusqu’à prier le danger —moyennement mortel— pour ne pas me perdre dans les banalités des gens civilisés, mais le temps ne me laisse nullement le choix, la merde est déjà jusqu’à mon cou ! Il va me falloir nager —toujours un peu plus seul et à contre-courant— sans couler, durant un an de plus. Et cela sans savoir pourquoi. Après tout si le jeu est ma vie, je devrais en disposer comme bon me semble, sans rhétorique judéo-chrétienne tambourinant dans ma tête à chacun de mes désirs d’évasion définitive face à mon manque d’avenir.

Alors plutôt que de m’en plaindre, j’ai pris la décision de faire chier mon monde, sans aucune discrimination. Et tandis que je me saignerai afin de conserver tant bien que mal mon âme, mon identité, ma nationalité et mon abdominal, je verrai le temps me rattraper avant que je n’aie fini quoi que ce soit.

L’instant fatidique, hein comme ils disent! Le geste crucial, oui comme ils le grommellent. Le choix décisif comme ils le prédestinent sûrement. J’en suis là au moment où je vous écris. Pas une virgule de moins, pas une virgule de plus.

Je ne sais pas comment vous allez, ni où vous étiez. Internet, notre cordon ombilical, est bien trop omniscient pour se préoccuper de ces détails, mais parfois j’y pense, seul, posté de l’autre côté des pixels. J’aurais le souhait de voir vos visages, vos rides, vos regards en bout de page, en fin d’écran. Mais maintenant il est l’heure et la minuterie du blog n’attend pas.

Texte. Posté. Que sonne le glas ou le départ, je m’en moque à vrai dire. Mon reste d’humanité ne se préoccupe que de l’instant sans le prendre en photo, sans le prendre à défaut, sans le prendre à témoin, rien de tout cela si ce n’est rester là, à ses côtés. Il est parti plus vite qu’il n’est venu, un peu de quiétude avant que le quatrième pouvoir et ses bottes pleines de culture ne viennent détériorer nos derrières pour le bien de tous.

La rentrée est là, elle est censée arbitrer les saisons, légiférer sur les retrouvailles, juger ses prédécesseurs, rentabiliser la nouveauté. Mais c’est peine perdue, le temps nous a échappé depuis que l’on sait tout, tout le temps. Certes, nous n’avons plus rien à consommer, mais il nous faut un objet pour ne plus le faire. Ainsi va la perte du monde, le cul entre le tout et le rien.

Alors peu importe l’heure aléatoire et le jour toujours J, brisez vos montres puis vos iphones puisque plus personne ne regarde les horloges. Je reprends les armes en main et le plan de bataille dans un coin de ma tête, en pleine rupture à l’amiable entre son ambition et son bonheur. Du haut de mon trône sans cour, je tiens en respect les choses pour combattre leurs idées.

Mais ne vous méprenez pas, ne voyez pas de grande cause pour laquelle je pourrais mourir, cherchez plutôt l’obsession pour laquelle je me devrais de pourrir. Je me dis secrètement qu’avant la décomposition en terre croisée, il faudrait que j’en passe par l’âge mûr et peut-être, à force de travail, sur la dépouille de l’âge d’or.

Ceci étant, j’ai beau chevaucher mon imagination pour accoucher d’une histoire à dormir debout afin de vous hypnotiser, dès que ma monture me renvoie à terre sans préavis, mes fantômes galopent dans le rétroviseur et mes démons font les choux gras des unes de la presse libre —de tout. À deux ans «d’un concours de t-shirts mouillés»1 au suffrage universel, il est de bon ton de prendre en otage ceux qui ne peuvent payer de rançon.

Et puis voilà, je remonte sur selle, le paysage et la psychanalyse en valent le détour. C’est ce que dit le dépliant concocté par l’Office du Tourisme au sujet de mon royaume étriqué —tenu en joug entre une fenêtre souillée par l’été et une porte à la poignée grinçante— celui-ci me vois comme je suis et non comme je sais. Ainsi est ma prison, une zone d’ombre qui ne tolère pas plus le jour que la nuit, les rires que les pleurs, j’y suis à l’abri comme nulle part ailleurs, mais je n’en sortirai pas indemne. Et vous ?

Je suis épié de toute part, les murs de mon huis clos se rapprochent de moi au fur et à mesure que mes doigts puis la paume de ma main balayent l’épaisse poussière de mon outil de prédilection. J’ai comme une montée d’adrénaline, le corps en ébullition, les lèvres sèches prêtes à être humectées. Mes ongles auraient aimé être rongés pour profiter de l’instant et passer outre leur flegme. Ma vie se joue sur un bouton, c’est de cela dont il s’agit !

Touche après touche, couinement après couinement, je retrouve ma routine à quatre temps logée dans mon casque. Ce bruit sourd ne masque pas ces blancs prisonniers de mon ventre que rien ne comble lorsque que je me perds entre mon esprit et la vie en fixant l’écran. Si vous vous demandez, proches ou anonymes, où je suis caché lorsque ma vue se remplit d’absence, sachez que je suis ici. Bien loin des problèmes d’hygiène de la morale qui fabrique des coupables au gré des caprices de l’opinion et à la fois si proche du vide qui meuble nos importances toujours plus urgentes. On peut se dire que des lauriers aux chrysanthèmes, il faut plus de patience que de temps.

Me voilà de retour chez moi dans mon univers monochrome où chaque chose est à sa place dès lors qu’elle ne bouge plus, qu’elle ne parle plus, qu’elle ne respire plus. Le calme, celui que l’on n’achète pas. Et oui je n’aime pas l’ordre, mais la géométrie, puisque que je ne vois pas de règles, mais juste des ensembles. Un pied dans le global, l’autre dans le pragmatisme, je me construis une petite réalité dans mon monde aussi froid qu’assassin où je ne cesse de taper pour mieux effacer. Pas de souvenir à chérir, pas de regret à rétrocéder. Chute, silence, je tourne, en rond, dans n’importe quelle direction. Mais au vu des bouchons sur mes comptes en tous genres, il y a doit bien y avoir un chemin pour que tant d’anonymes s’y précipitent sans connaître la destination finale. Alors, donnez-moi la main à la vitesse de notre époque, nous ne sentirons pas le mur nous rentrer dedans.

Cet été, dans mon dos suspendu à mon cou, le soleil se cachait pour mourir et ce matin pour la rentrée, Dieu se fait une joie de pisser, en sifflant de tout son vent, sur le toit de mon immeuble encore en vacances, toujours en partance. Et plus la pluie pilonne le Velux, plus je sens qu’il en veut à ma vie, enfin à mon silence en tout cas. Il a mis un contrat sur ma tête, mais il n’aura rien avant l’expiration. Ni repentir, ni confession. Pour cela il devra faire la queue comme tout le monde ou passer par Amazon.

Alors rien de neuf pour tout vous dire, en bout de page, en début de rentrée, de bureau en bureau, de porte en porte, de fenêtre en fenêtre, d’urinoir en urinoir, la tête baissée, le dos voûté, la respiration maîtrisée, les pupilles dilatées, j’ai trouvé le refuge qui me manquait entre quatre murs. Celui que l’on réserve aux imbéciles et que l’on interdit à ceux cherchant la paix intérieure une arme sous les doigts. J’attends que l’on vienne m’en déloger en serrant mon clavier contre moi.

*Copyright : Florent Picollet

1 Taïpan, Au feu à droite, Je vous aime, 2010.

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Le programme de cette rentrée 2010/2011 à partir du 14/09/2010 :

Tous les mardis  : «The Lost Timeline», puisque tout va trop vite et la mémoire vacille, un petit retour en arrière des punchlines perdues dans le 2.0

Tous les vendredis : «500 mots plus les frais», tout est dit : une poignée de mots allant de l’auto-fiction à la folie pure

Et n’importe quand, de la façon la plus arbitraire possible, je vous délivrerai un «Kinder Post», celui-ci pourra être un « 36 15 Me Myself & I », un « En vers et contre tous », un « Explicite lyrique et sans complexe », un « Ghost post », une « Prévision de l’observateur » ou un « RDLRDLS »

Et ce jusqu’à janvier où il y aura une refonte totale du blog, ainsi que de son contenu. En attendant, je travaille à écrire un autre morceau de moi que, cette fois, vous pourrez avoir entre les mains.

Prenez le temps, avant qu’il ne vous prenne

Foutraquement…

Ps : Tous les jours « Une certitude du doute… »

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Comment dire… Ma bienséance est gouvernée par ma panse. Et elle m’impose de répondre par l’affirmative à chaque invitation dînatoire, sans exception aucune, même avec des extrémistes. Au regard du mépris séculaire de mon boucher, je ne peux que me joindre à la table des barbares présumés.

Ma gourmandise ne fait pas dans la politique et encore moins dans la théologie, mais j’avoue cultiver une méfiance certaine à l’égard des barbus, a fortiori cuisiniers. Ce n’est pas que je craigne un moutonicide imaginaire à même la baignoire, mais les poils fourchus dans mon assiette très peu pour moi ! Malgré tout, j’allais tromper mon impérialiste restaurant américain pour des mets terroristes.

 

Ce soir à Vénissieux la communiste, au 13ᵉ étage de cette tour plus bancale que vétuste, avec ascenseurs et fragrance d’urines les jours de chance, nous célébrions le départ de mon meilleur ennemi. Oui, mon meilleur ennemi. Mais ne vous méprenez pas, il ressemblait en tous points à la définition la plus fidèle que j’ai de la famille. Ceci étant nous étions les exacts opposés. Tout nous séparait et pourtant nous ne pouvions pas rester loin de l’autre trop longtemps.

Nous voulions toujours avoir tous deux raison mais pas pour les mêmes tords. Il avait tout d’un écorché vif et moi, sans le savoir, le parfait tranchant de la lame. J’en veux pour preuve nos sujets de discorde favoris, la nature illimitée de mes sarcasmes face à son respect quasi divin pour la figure maternelle. Celle-ci étant souvent associée à mes élucubrations fortement imagées en fin de phrase, il n’en fallait pas plus déclencher une guerre de tranchée dans le périmètre de sa chambre!

Parfois lorsque l’esclandre et la punchline se faisaient trop cinglantes, mon meilleur ennemi, un homme un tantinet sanguin s’enquérait d’un couteau à large larme et me poursuivait dans la cage d’escalier du treizième étage au rez-de-chaussée. Une fois dans le hall d’entrée, je bondissais derrière un muret et de là, je trouvais une position stratégique pour continuer mon allocution à couvert. À cette époque, la conversation se terminait sur une analogie entre mon avenir et l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. Toutes les guerres ayant leur trêve et tous les couples leur logique, je finissais par aller acheter une bouteille de Fanta citron et je faisais amende honorable. Enfin, au moins jusqu’à la prochaine crise œdipienne !

Mais revenons plutôt au dîner théologique. Pour l’occasion, le colocataire de circonstance de mon meilleur ennemi et ses collègues de la prière du vendredi avaient concocté des grillades, des légumes vapeur, du thé à la menthe et quelques pâtisseries pour m’achever. C’était un fondamentaliste moderne, le colocataire de circonstance de mon meilleur ennemi, le genre avec la dernière paire de Air Max, la Playstation, l’album « La racaille sort un disque » de NAP et un DESS en communication, un pur produit d’époque vous dis-je. Sa vitrine modérée ne m’empêchait pourtant pas de l’éviter comme la peste. Point trop d’urbanité n’en faut !

À chaque fois que nous tombions nez-à-nez dans leur minuscule appartement, il tentait systématiquement de me donner la bonne parole avec une conversion à la clé. Je ne pouvais pas lui en vouloir, il était en confiance. Le maire de Vénissieux laissait le fameux Imam gambader dans toute la ville, le plus tranquillement du monde, même devant l’arrêt du bus 48 Express, là où lui et son équipe tenaient la jambe et le crachoir du pauvre malheureux qui n’avait pas son crucifix sur lui. Et pour cause, le noir et la conversion à l’islam, c’est comme les blondes et la conversion à la négrophilie.

Le fameux colocataire de mon meilleur ennemi tenta ce soir là, une énième fois, de me faire adhérer au club en flattant mon surmoi. Mais j’avais un os occipital déficient, les informations avaient du mal à arriver jusqu’à mon égo. Sans compter qu’entre manger et penser il faut choisir et mon camp était tout désigné : je ne crois qu’en ce que je digère. D’ailleurs si j’avais pris ma retraite du milieu en quittant l’équipe de Jésus, ce n’était sûrement pas pour en intégrer une autre. De toute manière, je ne suis déjà pas d’accord avec moi-même, alors avec un Dieu hypothétique…

Mon ennemi et moi étions un couple dysfonctionnel soit. Mais pire, nous n’étions que les deux tiers d’un ménage à trois. Durant ce repas d’adieu, il manquait ce dernier tiers, le mauvais génie de mon meilleur ennemi celui qui faisait le lien parfait entre l’écorché vif et la lame. Ce bon monsieur avait décliné l’invitation. Officiellement pour une obscure histoire de concours « La meilleure crocheteuse de braguette du monde, du soir ». Officieusement d’après lui, Dieu ce sont ceux qui en parlent le moins qui le pratique le mieux. Puis le mauvais génie étant le plus sentimental de nous trois, Ô comme il lui était dur de dire au revoir.

 

Mais nous trois, nous avions une modeste religion où nous étions en communion, où nous ne parlions pas un ballon à la main sur un morceau de playground municipal. Un paradis gratuit et sans engagements. Dorénavant, à 30° à l’ombre, nous serions un de moins sur le terrain de basket. Nous serions un de moins tout court.

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Dernier étage avant le soleil, juillet 2010, 35 degrés.

J’attends qu’Icare fasse une overdose d’UV et repeigne la cour d’entrée. Pour tout vous dire, mon ventilateur s’est suicidé en tentant une énième fois de couper la patte de mon chat qui ne lui veut que du bien. Désormais orphelin et parent à charge, il me faut trouver une raison pour ne rien faire avant que l’on demande mon avis sur les excès d’orgueil de notre monde moderne. Ne posant que rarement des questions, je garde le silence car il est vain de m’extorquer une explication même un verre à la main. Alors, j’ai saboté l’interphone et la sonnette de la porte. Mais il reste le problème du tous connectés, que faire du truc qui sonne lorsqu’on ne lui demande rien? La téléphonie mobile n’engageant que ceux qui appellent, j’ai donné un peu de répit au summum de la technologie pour égoïstes universels. Plus de bip, plus de dring, plus de brrr…

Nous y voilà, un silence de règlement de compte et aucune justice aux alentours. Le paradis pour un impie.

Avec le temps, la canicule tente de me tuer à petit feu comme elle le peut. J’aurais bien voulu être une femme enceinte ou la salle d’attente d’un service gériatrique pour égayer les statistiques. Mais la mort me demande un effort que je ne peux décemment concéder. La gravité ankylosée, les muscles en berne, la bouche trop ouverte pour faire entrer de l’air, je prie pour une estocade comme lorsque l’on prie Dieu, c’est le geste qui compte pas le résultat. Et puis je veux bien souffler d’ennui, en revanche suffoquer jusqu’à l’agonie, c’est une voie sportive dans laquelle je ne peux m’engager sous peine d’y prendre du plaisir avec ma partenaire de lit. Faites l’amour pas les MST qu’ils disaient !

D’ailleurs, le lit et ma libido sont trop loin du salon, cela fait une quinzaine que nous ne nous sommes vus et depuis, la pornographie s’invite même dans mes céréales minceur. Je me dis qu’il est trop tard pour que je me prenne en main. Décidément, j’ai le cœur d’un manchot…

Whouha, pfff, arf, hum, heu… Rien à télécharger, l’été me ramène à la dure réalité nationale de la TNT. La télécommande est peut-être l’avenir de l’homme, mais sans piles neuves, je me contenterai de regarder le monde tourner en boucle par la fenêtre. Un embouteillage de nuages, des émanations de THC par une autre fenêtre et le mauvais goût quasi synchrone des voisins pour les refrains à base d’auto-tune. Un single et une déclaration d’amour en 8 mesures plus tard, rien ne se passe si ce n’est quelques preuves d’amour maternel avec une main et une joue d’enfant à l’étage du dessus, sans oublier l’écho du sex toy du couple d’à côté, dont l’accouchement a dû faire plus de dégâts collatéraux que d’heureux.

Je pourrais le twitter, mais cette mise en abîme finirait par me mettre la tête dans le merdier humain. Être ensemble, tout le temps, mais séparés sans but précis, juste pour donner dans l’humanisme, sans aucune responsabilité. Moi, je ne ressens plus rien et c’est mieux comme ça, c’est mieux pour toi, c’est mieux pour vous. Si je devais aimer, je finirais par voir les gens comme ils sont et je n’aime pas la violence en réunion démocratique et encore moins me salir les mains. Du coup, je les garde dans mes poches et je me surprends à siffler en même temps. Le surmenage me guette.

Un jour quelconque sur Terre à fixer le travail à la chaîne de l’horloge pour donner un peu de sens au vide. En perdition dans ce canapé —défiguré matin après matin par mon chat— où je me sens dans la peau du chauffeur de Miss Daisy. Mais où va-t-on et depuis quand suis-je là ? Nous sommes immobiles, est-ce une fuite d’huile ou de gazole ?

Ma cellule résidentielle commence-t-elle à sentir le faisandé ou ai-je omis de me laver depuis les vacances de la femme de ménage imaginaire ? Ni l’un, ni l’autre. Par mégarde, j’ai oublié une expérience scientifique en cours qui a pour but de définir le stade supérieur de la junk food. À l’oeil et au nez, les fabricants de ronron devraient subventionner mes travaux. Bref, je reprends mes esprits et mes crampes d’estomac en font de même. Mais quelle belle machine que l’homme, capable d’infini pour combattre le temps et réduit à la vacuité de la réalité par ses besoins basiques ! Je fixe l’horizon en restituant péniblement ces mots sur l’accoudoir gauche du canapé jadis blanc, désormais gris —pour le légiste et les archéologues.

Le comble de mon pragmatisme face aux choses, face aux gens, ce n’est pas que je refuse d’appeler à l’aide, mais que j’ai perdu le numéro du traiteur japonais. Alors, depuis j’hésite entre la grève de la faim et le cannibalisme.

Mon canapé, il est un peu comme feu mon banc. Jadis je traînais en bas de chez moi, à présent, je le fais à domicile. Drôle d’époque qui trouve du progrès là où il n’y en a pas. Peut-être que c’est pour notre bien. Peut-être que c’est pour le sien. Je le saurais bien, si un jour, par erreur, je sors de là !

PS : Vous pouvez remplacer le mot canapé par les mots : Femme, Nation, Travail, Religion et enfin celui qui lie tous les précédents les uns aux autres, l’Amour.

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Lundi 19 : 31/08/2005, Part 2 : Orgie conviviale &  Mardi 20 : 31/08/2005, Part 3 : La cigarette d’après

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«Et plus que du sens, il me fallait dorénavant un but pour ne pas sombrer dans l’oubli ou la rubrique nécrologique…»

Toujours pas de ravalement de façade à l’horizon et l’an 1994 est arrivé, un chronomètre à la main pour me stipuler amicalement mais fermement que c’était cette année ou jamais, au quel cas une brillante carrière de CEO de friteuse dans un fast food m’était toute destinée. J’ai haussé les épaules par habitude en soufflant tout ce que je pouvais, avant de regarder dans le vide en attendant une réponse.
Et sans que je ne m’en rende compte les Rwandais débattaient déjà entre eux de l’épineuse question de l’identité nationale, Kurt Cobain goûtait au feu sacré, Robert Hue donnait ses lettres de noblesse au collier de barbe, Charles Bukowski prenait son ultime biture et les racailles élevées par Lacoste dansaient péniblement nuit et jour le Mia sous ma fenêtre.
Nous étions vraisemblablement en juin lorsque la machine à éphéméride s’est arrêtée pour le grand je m’en foutisme estival et j’avais fortement sollicité mon foi au lieu de ma cervelle.

Concernant ma fibre scolaire, j’avais en moi un tel amour pour la classe de cinquième qu’il m’était tout bonnement impossible de la quitter. Nous nous donnions donc à nouveau rendez-vous en septembre en espérant que les professeurs que j’avais éduqués aient enfin retenu mes enseignements ! Mine de rien je commençais à organiser quelque chose, un sabotage peut-être, mais quelque chose de construit.
Début du tour de France, certains retournent au bled d’où qu’ils soient, même du Morbihan. Quant à nous autres, il nous restait les allers et retours poisseux dans les transports en commun, la vente de fleurs (prises dans les poubelles de la clinique) à l’entrée du cimetière et notre participation à l’explosion démographique de la piscine municipale – si Jésus avait traîné avec nous, lui aussi aurait tenté un aquaplaning en dépit de l’apesanteur et des baigneurs !

Toujours aucun plan A à l’horizon et encore moins de plan B.
Les antennes paraboliques lorgnaient vers leur satellite et moi en direction du goudron qui semblait ramollir sous mes pas sans vraiment me retenir, la moiteur de l’atmosphère n’avait rien de sensuelle et j’en étais déjà à mon 12e Mr Freeze. Pas d’évasion possible, emprisonné sur Terre, parqué dans mon quartier.
Sans leur permission de sortie, économique ou généalogique, les fous tournaient en rond entre les contrôles de police à l’heure du goûter, la philosophie en nocturne et les érections matinales. La chaleur ne faisait pas de prisonniers et les toxicomanes désertaient progressivement le jardin d’enfants, disparition des seringues faisant foi !
De 11h à 23 h, pour limiter la propagation du coma ensoleillé, les plus chômeurs des consommateurs exhibaient leurs hauts parleurs confondant volume et puissance pour se battre en duel de cloison en cloison, de balcon en balcon et de tour en tour. Mais avec les mêmes artistes, les mêmes playlists, le même titre : nous étions plus proches de la  pensée unique que du métissage de paillasson…

Ainsi, à l’heure où les platines laser s’installaient confortablement dans les foyers grâce au CD 2 titres, l’underground était encore une maladie imaginaire. Et à l’époque, même en plein été et en province, «L’agitateur de curiosité» rue de la République rechignait à importer les ogives américaines du moment, d’habitude négligemment entassées dans un bac dénommé colonialement black musique. Devant ce lieu de culte et d’espoir, les plus déviants et marginaux des clients passaient de l’électro à la world, de la new jack au triphop, de la house au HIP HOP*, d’un cd à un autre, puis d’une rangée à une autre. Ceci avait pour effet de produire des rencontres au sommet, aussi inattendues que fructueuses. Les victimes et les bourreaux réunis fraternellement sur l’autel de la culture de masse. Mais une fois les juilletistes en piste pour l’A7, le manque de Bpm se faisait ressentir cruellement et les plus faibles se laissaient conquérir par l’éternel tube de l’été, une fois la fête nationale passée…

Sur mon banc de prédilection, concassé à l’horizontale entre un RMIste et un récidiviste cherchant la verticale, j’ai eu une épiphanie après ma seconde 8.6. ! Puis je l’ai perdue et enfin retrouvée aux alentours de mon second round de déglutissement en public et en stéréo, s’il vous plaît ! J’allais donc donner au peuple ce que la FNAC lui refusait ardemment : une semaine de décalage horaire sur le reste du monde et une classification musicologique.
Devant l’étendue de la tâche qui allait être la mienne j’ai repris une bière pour m’éclaircir les idées pendant que le ciel commençait à s’écraser lentement mais sûrement sur mes paupières juvéniles. Le sommeil du juste vaut bien toutes les vengeances nocturnes.
Le matin suivant à 7h00, surpris par l’horaire et armé d’un stylo fuyant, d’un cahier usagé et de Nesquik dégriffé, j’ai échafaudé malgré moi en quelques colonnes et quelques chiffres, un business plan et un début de carrière.
Après un blackout bien mérité, ma studieuse après-midi fut consacrée au négoce avec mes fournisseurs de supports magnétiques, sans oublier l’obtention d’une carte de membre auprès de mon diffuseur officiel, la médiathèque. Celle-ci possédait une réactivité à écœurer les disquaires plus fonctionnaires que musiciens.
Le temps de gober deux aspirines et des Dragibus, habillé comme un dimanche à la messe, j’entamais timidement mon étude de marché, en prospectant auprès des arrêts de bus bondés emmenant ma clientèle supposée vers ses zones criminogènes ou pavillonnaires.

La demande était bien au rendez-vous et l’argent de poche allait couler à flot.

Le reste de ma semaine fut consacrée à l’histoire contemporaine de la musique au fin fond de la bibliothèque, à l’emprunt à long terme de quelques magazines chez le buraliste, puis à la collecte de fournitures de bureau glanées auprès des Hospices Civils de Lyon.

Ma petite entreprise illégale était née : je compilais, copiais, listais et dessinais des mixtapes en série limitée ou personnalisée pour 50F. La chaîne-hifi en est morte, mais c’était pour la bonne cause…
Mon bureau à ciel ouvert était sur le 3e banc à gauche de la cage d’escalier du bâtiment 35, de 10 h à 19h et en nocturne en fin de semaine. Les contrevenants testant l’interphone après 22 h étaient irrémédiablement alpagués par ma logeuse et en créole qui plus est !
Lorsque la concurrence s’organisa en se spécialisant dans le Funk et le Rap Français, j’ai décidé d’aller voir ce qu’il se passait après le périphérique.
Je partais donc aux aurores faire le tour de la proche campagne les samedis et dimanches sur les marchés, ce qui me permettait de voyager en bus, de voir des gens et des décors, un morceau de la France d’à côté en somme!  Au final, je ne suis pas devenu riche, loin de là, mais j’ai pu assouvir ma passion et la communiquer à mon prochain moyennant finance. La philanthropie beaucoup en parlent, mais peu la pratiquent.
Last night a mixtape save my life !

À 14 ans, en plein été, j’ai appris à mes dépens que la rectitude était la seule folie raisonnable…

* HIP HOP en majuscules parce que KRS ONE le «Teacher» me l’a vociféré à portée de postillons à l’Ecole Normale Supérieure lors d’une conférence sur les cultures urbaines en 2005.

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Note de service : Je n’ai pas appris la discipline à l’armée, ni avec Françoise Dolto – Part 1/2 http://wp.me/pn1lw-1xH

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«Fais pas ci, fais pas ça, mets pas les doigts dans ton nez, finis ton assiette, brosse toi les dents et éteins moi cette foutue veilleuse, l’électricité n’est pas gratuite…»

Enfant, je ne pouvais raisonnablement pas espérer échapper à ce laïus, une Bible braquée sur ma tempe et la vigoureuse main nourricière à portée de joue. Lorsqu’on a été élevé à l’impératif, psaumes après corrections, on ne peut que retourner la faveur à ses créateurs par la négative. Dorénavant, « Non! » sera la réponse pour tout et n’importe quoi, puisqu’il faut avoir des principes, j’ai retenu la leçon, à ma façon.

Les années passèrent en me regardant grandir à l’ombre de la démocratie, tout se négociait au-dessus de ma tête et Dieu n’y était pour rien dans cet adultère à l’échelle mondiale. Hormis l’urgence quotidienne arbitrant notre confort à crédit allant de la promiscuité de classe aux quotas d’indigence en passant par les injustices héréditaires, je trouvais désormais du sens à l’ordre dans le chaos organisé. Objectivement, le mur de Berlin avait trébuché définitivement sur les Hommes, Bouygues avait racheté TF1 pour ses maçons d’employés et le monde ne s’en portait que mieux ! Il faut bien un peu de naïveté pour entretenir l’espoir, non ?

Dès lors j’entendais le bruit sourd de l’humanité me murmurer ses axiomes exclusivement au conditionnel.

À 13 ans, l’impératif était devenu une banale histoire d’acouphène et le champ du possible un terrain vague sans foi ni loi où je pouvais régner en végétant la visière de ma casquette recouvrant mon visage, mes baskets en éventail et un casque sur les oreilles, le volume au maximum afin de parfaire ma surdité.

Ainsi la procrastination hygiénique et le freestyle permanent régissaient les trous de mémoire de mon emploi du temps fait d’ennui traditionnel et d’argent illégitime. L’école était facultative, la violence un préalable, et l’avenir rédhibitoire…

À cette époque où l’amour maternel faisait les 3/8, l’autorité parentale et moi ne nous croisions que très rarement durant le silence pesant du repas dominical. Soyons sérieux, à la rigueur braver l’ordre établi armé d’un rictus, certes, mais le dimanche, Dieu et son fils restaient à mes yeux la meilleure assurance vie sur le marché. Les gens sont croyants avant d’être citoyens !

La semaine reprenait ses droits entre le sabotage en règle du réveil et le façonnage de ma carrière de noctambule. Mais, à chaque fois que je rentrais chez moi en plein milieu de la nuit, de la peinture sur les mains et les vêtements déchirés, au nom du vandalisme et certainement pas de l’art, je soufflais en maudissant le ciel global, puis le sol local. Même l’obscurité la plus crasse ne pouvait cacher la tête de perdant de ce bâtiment – made in Tony Garnier – faisant la joie des dératiseurs, des prétendants à la mairie et des statistiques du rectorat. Et si d’aventure je me surprenais à rentrer dans le droit chemin en m’intégrant durablement, j’allais finir ma vie ici entre l’usine génétique, le PMU œcuménique et l’Hôtel de police, toujours éthylique.

La discipline me mènerait à ma perte et je choisissais le sabordage à la reddition.

Qu’allais-je bien pouvoir faire ? Le suicide n’étant pas une option, la drogue demeurant trop coûteuse, la télévision devenant rébarbative et l’alcool dormant déjà dans mon sang, il ne me restait plus que l’ennui pour combler le vide !

Ma logeuse tentait périodiquement de fabriquer des preuves à charge avec l’aide du dernier souffle de pédopsychiatrie et la prophétique arrivée de la thérapie systématique et remboursée. Une promesse hebdomadaire d’ordres susurrés au conditionnel. Mais c’était peine perdue, j’étais trop malin pour le charlatan en face de moi, mais pas assez pour accepter que j’avais un problème.

La solution à tout avait un nom que tout le monde chuchotait en parlant de moi à la troisième personne: l’armée. C’est toujours mieux que le séminaire ou la trépanation, me direz-vous, enfin quoi que…

Effectivement, la domestication est bien meilleure conseillère que l’acceptation. L’unique bémol à cette réhabilitation annoncée, était qu’il me restait encore 5 années d’errance avant ma majorité pour continuer à m’embourber tranquillement dans les Comics et le HIP HOP.

Pendant ce temps là, 1993 rendait l’âme en laissant le Wu-Tang Clan passer à tabac les tympans dans la pure tradition de «Rodney King», le système D se commuait en régime parlementaire et le gangstérisme ordinaire se professionnalisait un peu trop à mon goût.

Depuis ma fenêtre – nouvellement double vitrée, mais n’atténuant pas les décibels des violences du voisinage – peu de choses séparait le statu quo cathodique de l’anarchie sponsorisée. Au premier étage du lit superposé, je ne voyais pas le vaste monde caché derrière le balcon, simplement un mur. Même en y mettant de la mauvaise foi, j’aurais fini par lui rentrer dedans tôt ou tard. Certains aiment les voyages, moi il me fallait une destination.

Et plus que du sens, il me fallait dorénavant un but pour ne pas sombrer dans l’oubli ou la rubrique nécrologique…

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Note de service : Je n’ai pas appris la discipline à l’armée, ni avec Françoise Dolto – Part 2/2 http://wp.me/pn1lw-1zd

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