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Seul à la maison… Cela sonne creux, cela ne résonne pas. Surtout s’il n’y a personne pour l’entendre. Combler à deux, à plusieurs ou en société le vide de la file d’attente relève déjà du petit miracle. Les calendriers nous recensent éphéméride après éphéméride. Mais ce soir, seul —sans mauvaise conscience— dans une boîte avec une serrure, je me dis que le purgatoire doit ressembler à s’y méprendre à une suite de chiffres et une liste de noms.

Je vois cet appartement comme une collection de rustines n’ayant plus rien à recouvrir. Des murs à tapisser qui finissent par devenir des cloisons à maudire, des portes grinçantes qui précèdent ou succèdent à d’autres portes silencieuses, un plafond à l’abandon prêt à se transformer en sol pleureur ou en toit du monde et des voisins qui pensent que je suis le leur.

Bienvenue chez moi, enfin chez moi… un endroit entre le monde extérieur et je ne sais quoi d’autre ! Une boîte à géométrie variable où l’on peut vivre, s’ennuyer, être heureux, être ensemble mais toujours enfermé en regardant par la fenêtre sale ou le décor gris. Et puis, pour me tenir en alerte j’ai un judas et une sonnette, à croire que j’habite une backroom !

Apparemment avoir son nom sur une boîte aux lettres, c’est un signe extérieur d’humanité. Alors je ne sais que penser lorsque mon nom trône ainsi sur cette même boîte aux lettres, sur l’interphone et sur la porte du dit « chez moi ». Suis-je un Dieu ou un mouton ? Et pourquoi pas le Dieu des moutons, avoir le pouvoir sans aucune ambition !

Je suis encore perplexe dans ce truc compartimenté où tout s’ouvre pour mieux se fermer. La liberté sous clé à l’abri des autres. Des pièces à remplir du temps passé dehors dans d’autres pièces avec d’autres voisins dans le même open-space. D’autres pièces où entasser les anciennes choses à crédit et les anciens gens en souvenir. Une pièce où aimer ou faire semblant à proximité de l’écran, une autre pour s’alimenter, puis celle qui la jouxte pour évacuer et la dernière pour se laver de ses péchés. Peu importe la taille, seul compte ce que l’on peut y emmagasiner!

À vrai dire toutes mes années de vagabondage mondain de canapés bosselés en squats amiantés sans oublier ces couches et ces femmes d’une nuit ont contribué à démanteler lieu après lieu ma définition du foyer et sa chaleur supposée. Pour ainsi dire, le bonheur résidait dans le fait de s’endormir comme une merde entre un banc de putes et un cortège de clochards sous le regard sanguinaire de la brigade anti-criminalité. N’y voyez là aucune fantaisie romanesque, seule la misère me poussait dans ce lit à ciel ouvert. Puisque que la galère est un sacerdoce et que la bohème est un loisir!

Un jour la nouvelle est tombée d’on ne sait où et, sans que je ne m’en rende compte à force de survivre, j’ai fini par avoir un chez moi avec un quelqu’un. Je crois que dans ma logique foutraque l’espace est une personne et le temps un sentiment.

Mine de rien occuper l’espace à deux demande une sérieuse organisation, une furieuse envie de l’autre et des calendriers à perdre. Sans oublier le fait qu’apparemment tout le reste de la création —de l’administration aux publicitaires— est au courant de mon secret estimé en mètres carrés et en étreintes pour la fille déficiente du concierge. Et dans ce grand élan fraternel, tous se donnent la main afin de m’ensevelir vivant sous des tonnes de papiers plus ou moins recyclés. J’en viendrais presque à bénir les spams!

Les semaines, les mois et les années copulent gaiement en soignant leurs handicaps jusqu’à faire apparaître mon premier cheveu blanc et des fossettes complémentaires sur ma gueule de souvenir ambulant. Et un beau jour, il y a plus de trucs que de vide dans mon espace locatif pour deux, avec chat en option. Parfois pour la fiche de paie, la carrière ou l’arbre généalogique l’un d’entre nous quitte la boîte personnalisée avec nos noms dessus pour quelques heures, pour quelques jours. Mais lorsque leur nombre ferait presque passer une simple addition pour une multiplication, je sens monter progressivement une angoisse dans le regard de l’imitateur dans mon miroir. En me retournant sur mon auguste royaume, je ne vois à perte de vue qu’un immense catalogue pour monogame endurci. Si dans certains immeubles centenaires on peut entendre des fantômes, moi je guette, nerveux, les missives des futurs nourrissons. La peur a le visage que l’on veut bien lui donner.

Les murs se rapprochent précipitamment, la télécommande me fuit sans se retourner, le toit me surveille d’un air supérieur et la porte se prend pour les accords Schengen ! Le ciel ne tombe pas sur la tête —trop occupé qu’il est en Irak ou au-delà de la ceinture de feu— non les choses me rappellent à l’ordre en m’indiquant que je ne suis qu’un invité de plus, de longue date certes, mais juste un invité. Et pour cause, je serai propriétaire le jour où ma carte d’identité aura la moindre valeur. Dans la clandestinité la plus totale, je suis un anonyme avec un nom sur une boîte aux lettres.

J’ai besoin d’air, d’extérieur, d’ailleurs pour retrouver la trace de la vie. Donnez-moi un banc, un morceau de carton, un bout de canapé dans le 18ème que je retrouve mon identité, le bouton d’autodestruction dans le crâne et le poison dans le goulot. La liberté, c’est le danger, mais à nous faire peur depuis la nuit des temps, nous prendrions presque la sécurité pour une bénédiction. Délesté de toute peur, je prends un bain de foule dans la grande boîte ronde en attendant qu’elle perde la tête ou qu’elle prétende faire la révolution pour entasser les trucs des autres chez elle!

À force d’en avoir, des choses, j’en suis devenu une et ce soir il n’y a personne pour me réanimer du bout de mes longs fils. Je sombre dans la folie administrative avec un matricule pour chacun de mes cent pas exécutés en tournant rond sur cette ligne droite. En déambulant encore désarçonné dans une rue bondée de gens presque prêts à tuer pour rentrer chez eux, derrière leur porte avec leur nom dessus, je me suis rassuré sur ma précarité. Même en ce novembre flegmatique entouré de cadavres de manifestations en pleine nuit blanche sur un banc célibataire, je prends conscience que je n’ai jamais eu de problème de où mais un besoin de qui.

Ivre d’une détresse captive, j’en appelle à gorge déployée à la nuit, à la vie pour trouver une corde raide où exister encore, encore une fois. Un endroit au milieu de nulle part où tu viendras me sauver de moi.

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Je n’arrive pas à choisir entre un premier pas vers la tombe et le cancer du cheveux
(Mario Vargas Llosa 0 – Schwarzkopf 1)

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On m’avait prévenu à l’époque de mon amour pour le vandalisme mural, “Etre un adulte, c’est avoir des responsabilités, des obligations et une once d’hypocrisie”.

Le rendez-vous est pris à peu près quinze ans de nomadisme et quelques comas éthyliques plus tard.

L’âge adulte s’est pointé sans crier gare armé d’un faire part de mariage aux relents d’épitaphes.

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À ce moment précis, une fois l’erreur du débutant passée, celle d’ouvrir l’enveloppe et d’imaginer les réjouissances spontanément programmées, il me restait deux choix et deux retours de flamme.

Esquiver…

Soit par l’une de ces gastro-entérites aussi inopinées que crédibles, au risque de subir une soirée rétrospective du mariage et son cortège de photographes amateurs ayant tous fait l’acquisition d’un Reflex et d’une version crackée de Photoshop à noël dernier.

Ou

Soit en expliquant à ma moitié que, par conviction, je ne me sens pas d’être l’un de ces voyeurs qui en silence tout au long de la cérémonie, du repas assistera l’œil lubrique à ce qui ressemble à des préliminaires en public qui se solderont par un divorce dans 1 cas sur 3, hors violence conjugale et sinistrose en binôme, bien sûr.

Se saborder…

Soit pris d’un élan d’humanisme de 24 décembre ou d’un goût certain pour la proctologie, déciderais-je de partager un peu de mon temps perdu en micro-blogging avec des étrangers, sans espoir d’éviter les débats endiablés sur la météo, l’équipe de France de football et la politique, heu, non Secret Story.

Ou

Soit avec l’accord officiel avec mon foie, enfin ce qu’il en reste et les commodités les plus proches, je sifflerais tout ce qui peut être fermenté, frelaté et qui, au cas échéant, me sauvera d’une de ces lucidités pratiques qui n’a pas sa place au pays du bonheur d’un jour et à crédit. L’honnêteté n’est pas de mise en pareille circonstance.

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Puisque les dés étaient lancés et pipés, il me fallait résoudre le détail du transport, une fois la pression sociale de l’écologisme à tout prix renvoyée dans les cordes par mes finances, mon choix se porterait sur les services délivrés ou plutôt leur absence.

Je veux juste voyager, je ne veux ni jeux ni nourriture pour étouffe païen et encore moins l’une de ces puéricultrices que l’on pourrait confondre avec des péripatéticiennes, venant me vérifier avec un sourire toutes les 10 minutes comme un horodateur en manque de pièces.

Mais d’un autre côté, faire 6 heures de train avec une angoisse certaine  à l’idée de partager un compartiment entier avec un régiment d’énergumènes fiers et tout émoustillés à la première vision de billet estampillé IDTGV, je me résolu à jouer à la roulette russe, voire au crash test, en optant pour l’avion.

Je vous épargne la scène du guichetier, mi glavio, mi statue, lent, très lent sûrement par l’une de ces consanguinités rurales, celui-ci vous ferait presque regretter ces discussions dans un français approximatif, sans résolution avec une hotline perdue quelque part au Maroc.

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Ce que j’aime avec les aéroports, c’est qu’ils ressemblent à un siphon pour les gens trop pressés et un zoo sophistiqué à la fois.

Roissy Charles De gaulle, c’est un peu la vitrine de Paris, donc c’est agréable à l’œil, on pense à ses impôts, mais ça brille pour pas grand chose.

Un fois expulsé d’un RER monotone, précédemment délesté de ces travailleurs aigris et ces banlieusards résignés, direction mon point d’enregistrement en évitant les politesses maladroites des agents d’accueil.

En observant à vive allure mes semblables et le décor sur le tapis roulant, je me dis que nous avons une apointance maladive pour les boîtes, l’enfermement, peut-être afin d’exacerber notre besoin d’évasion, d’ailleurs, enfin donner un peu sens à tout ça…

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