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Posts Tagged ‘couple’

Puisque le cœur m’en disait, j’aurais voulu en perdre ma tête, mais j’y ai laissé le reste…

Tout est une histoire d’attente d’une vie, de passantes inconnues et de terminus plus ou moins définitif. Voilà, nous sommes arrivés à destination, tout le monde descend, enfin moi, pour sûr. Parfois au hasard des caprices de la circulation, c’est en rentrant chez soi que l’on perd son chemin en croyant fermement que rencontrer un platane vaut mieux qu’accepter la fatalité. À vrai dire, je ne sais plus comment tout est arrivé, le moment où le temps a cessé d’être un compagnon fidèle pour devenir un témoin à charge entre anomalies et destinées. Techniquement, j’aurais dû être à l’abri de tout cela, question d’éducation, de programmation, mais la timidité la plus flagrante a des montées de bonheur incontrôlées. Alors j’ai quitté la route pour ne plus la retrouver. Ma vie suivait scrupuleusement les desseins du papier millimétré imprimé dans ma tête et mon regard avait plus tendance à s’excuser en fixant le sol qu’à soupirer en défiant le ciel. Mon hymne à la joie au son de la pointeuse, mon régime élémentaire plus rigide que psycho, aucune entorse à la règle, pas de fantaisies sentimentales, rien d’extraordinairement particulier, tout de la routine parfaite. Puis tu m’as rattrapé au vol sur la route du déjà-vu.

Plus les jours passaient à loisir sur notre insouciance de porcelaine, plus je prétendais parler au pluriel. Depuis elle, je ne suis plus tout à fait moi et c’est bien ça le problème et la solution. Pour moi l’Amour est une forme de don de soi jusqu’à la dernière pièce, tandis que pour elle, il est un suicide à rebours, à deux si possible et plus si infidélités. Nous le savions dès le départ, mais sur une erreur de jugement en secourant l’image que l’on a du désir, on peut croire que l’on a l’âme d’un sauveur et cela suffit à tous les sacrifices, même les plus idiots. Pour tout dire, j’avais tout du réparateur et peu de points communs avec l’âme sœur, mais en partant de rien, on peut se satisfaire de pas grand chose. Et une habitude en provoquant une autre à chacune de ses disparitions punitives, je savais d’orès et déjà dans mon fort intérieur qu’une nouvelle part de moi allait devenir sienne et c’est bien ce que ce que je recherchais après tout, pour être honnête.

De rendez-vous manqués en attente téléphonique, j’ai appris à chérir ses absences comme des sursis nous séparant du drame suivant. Pourquoi invoquer les maladresses des accidents aléatoires lorsqu’on a le talent du sabotage sur sa propre personne ? Certains aiment jouer à la mort pour être sûr de lui survivre au moment opportun. Le seul inconvénient avec les récidivistes et leurs tentatives, ce sont les dégâts collatéraux à même le domicile et leurs prisonniers de guerre atteints du syndrome de Stockholm. Je crois que j’aime le feu autant qu’elle, ils sont indissociables et donnent un goût de paradis à l’autodestruction. Mais dans le jeu de la surenchère passionnelle, il vient un moment où l’on n’a plus rien à donner, et donc fort logiquement, bientôt à coup sûr, un jour sûrement, demain peut-être, je ne lui servirai plus à rien. L’Amour est une parenthèse raisonnable pour l’instinct de survie.

Puisque le cœur m’en disait, j’aurais voulu en perdre mon âme, mais j’y ai laissé le reste…

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J’aimerais parfois que le temps me parle comme il me tue,

avec une voix froide, lente, sans sentiments ni issues

Il a plus d’humour que de compassion, alors je pleure

ceux partis sans prévenir, en prenant en otage ma mémoire,

ma nostalgie, je la vis mieux au passé et j’en rirai au futur,

l’angoisse logée dans le ventre et mon crâne percutant le mur

Plus je le cogne, moins je nous oublie en rejetant ta greffe

Plus je compte, moins il me reste à dénombrer de souffle,

de gens bientôt anonymes, d’images impersonnelles, de toi,

les remords partagés, eux, enfantent des regrets avant la Foi

Je pourrais ne plus te voir ni t’entendre ou te sentir, tête baissée

Si je ne devais ne plus te toucher, je perdrais mon reste d’humanité

À quoi bon mourir, à quoi bon prier, si je n’ai plus rien à perdre,

rien à offrir, rien à convoiter, libre de la trotteuse, pourquoi attendre,

des murs, des planches, tes hanches, j’aime plus la prison que je ne la hais

J’y fais la pluie et les condamnations car je mens mieux que je ne me tais

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Rapport XY, Dossier 08122006, déclassifié

Mes chers confrères, mes chères consœurs,

Mon propos liminaire portera sur la nature, la société et la monogamie.

Parler de l’Amour sans évoquer l’autre, en voilà une forme de solitude qui semble satisfaire la plupart des complexés du myocarde. J’imagine à mon cœur défendant qu’à partir du moment où compagnie et absence se confondent, il est impossible pour chacune des parties de contracter le moindre serment avec qui que ce soit. Disons que nous sommes en présence de l’histoire habituelle de lui et elle : lui qui ne pense qu’à prendre la tangente instinctivement et elle qui cherche à survivre puisqu’elle est détentrice de la vie. Et avec des objectifs aussi distincts qu’éloignés, comment pourraient-ils se comprendre, alors qu’ils n’ont pas su s’apprivoiser ?

Le drame évident dans tout cela, c’est que lorsque l’un des deux part pour une raison ou une autre, celui qui reste a besoin d’une vraie explication, qui plus est quand l’Amour ne peut se conjuguer qu’au passé. L’homme en a plus dans le crâne que dans le cœur, mais cela ne lui réussit guère au final, sachant que ses doutes salvateurs se transforment le plus souvent en prison idéale avec le visage de celle qu’il a quitté par l’une de ces nécessités animales. Pour ma part, j’ai horreur de courir pour courir et j’ai la même détestation pour le bonheur en forme de camisole de force, mais le problème du dilemme réside dans sa nature manichéenne. Nous avons beau étudier toutes les options envisageables, elles ne relèvent pas du caractère sacré de l’amour et de la haine.

Avant d’évoquer l’angle féminin des choses, passons en revue les démons et paradoxes des sujets mâles venus nous livrer leurs sentiments et les 1001 manières de donner du plaisir sans en connaître la définition. Entendons-nous bien, je ne juge pas, moi-même, jadis, j’ai cédé à l’appel de la forêt – depuis mon jardin en zone pavillonnaire – en convoitant ma voisine, une barre de chocolat ou même une paire de jambes sur un 4×3, mais certainement pas avec le talent et l’ambition de ces vendeurs d’amour qui n’en veulent pas. Il serait trop simple ou dans l’air du temps de définir l’homme comme lâche, mais sa passion pour les remords devrait être, elle, un moyen de reconstitution du puzzle des ruptures.

Avec du recul, je ne sais pas ce qui est le pire concernant notre analyse, à savoir le fait que certains hommes considèrent les femmes telles un objet ou que celles-ci envisagent les hommes comme un projet… Au vu de nos récentes recherches, nous en avons déduit ce que les femmes pensent vouloir avoir malgré elles, apparemment c’est de désirer le contraire de l’opposé et avoir l’opposé du contraire. Ha ! Je vois très bien vos mines déconfites, vos invectives télékinésiques et vos sourires de derrière le visage, ceci étant il n’y a rien de plus clair et plausible, comment réussir à être dans le sens des mœurs et rester fidèle à ses idéaux sans en arriver à ce dérangeant raisonnement ?

S’il vous plaît ne quittez pas la salle, il y aura un buffet à volonté et un speed-dating à la fin. Je veux simplement vous signifier que la mode de la multiplication des identités à partir d’un individu construit des impossibilités inconciliables pour le bonheur discutable de certains. Et ceci est à la fois un problème permanent et une solution provisoire, mais en aucun cas une vérité partisane.

Maintenant, chers confrères, chères consœurs, je vais vous citer le cas d’un sujet assez troublant et révélateur, un multirécidiviste exempté par son entrejambe et Marc Dorcel de toute espèce de moralité, puisqu’il faut des coupables pour faire des exemples. Je suis resté comme médusé devant la fougue et le cœur qu’il offrait dans ces récits porno affectifs. Et pour cause ! Selon ces dires, sa quête – celle qui se dessinait au travers de ses aventures extra ou intra conjugales – était uniquement guidée par la connaissance de la Femme, ça et rien d’autre. Vous me croirez si vous le voulez, mais c’est les larmes aux yeux qu’il m’avoua avoir échoué en tombant plus ou moins amoureux, la quarantaine passée, bêtement en allant au distributeur de préservatifs, un soir de Ligue des Champions et de maris absents, d’un de ces amours de brochure de concessions funéraires. Depuis il est inconsolable et l’optique de ne devenir qu’une image inamovible dans le regard de l’autre suffit à sa peine à perpétuité. A-t-il payé ce je ne sais quoi ou faut-il l’émasculer dans le doute ? Ce choix est plus tendancieux que la rupture en elle-même, non ?

Mais, j’ai également en tête un autre spécimen, caucasien, middle-class, catholique, de droite, jusque-là rien d’anormal. Celui-ci croyait dur comme fer avoir vu l’Amour, comme certains voient Dieu ou Elvis et il n’est pas revenu indemne de cette révélation mystique à l’eau de rose. Notez bien qu’à la base ce jeune homme respectait tous les critères de l’Homo-pragmaticus, sensible sur commande, viril dans la chambre ou dès la nuit tombée, équipé d’un avis à utiliser en dernier recours, stabilité humoristique et financière, ne vouant pas un culte à sa mère et avec de l’amour propre en option. Un modèle haut de gamme, rien à redire. Mais suite à cette révélation divine, il a fauté – non pas en forniquant, mais en offrant ses sentiments, malédiction – alors que sa relation monogame était homologuée comme amoureuse ! Plus je l’écoutais murmurer son histoire en ravalant ses sanglots, plus sa voix sonnait juste, son regard devenait certain et persistait dans l’aveuglement. C’est donc cela l’Amour ? Je n’ai pas réussi, pardonnez-moi chers confrères, chères consœurs à répondre à cette question, mais la nature éphémère de celui-ci lui confère une authenticité que le temps ne pourra jamais lui donner, jamais.

De ce témoignage là, nous pouvons tirer deux enseignements. Premièrement que la trahison est inhérente à la nature imprévisible des individus, de leurs sentiments et dans un second temps que seuls les justiciables avancent car ils n’ont personne à qui transmettre leurs colères. Concernant l’autre partie, peut-on deviser en se disant que se soigner c’est oublier et que par voie de conséquence mieux vaut se morfondre que pardonner ? Elle et lui, lui et elle emportant au fur à mesure des collisions de phéromones des morceaux de leurs icônes, de leurs vestiges, de leurs victimes, de leurs vertiges, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien, même pas un souvenir. Je crois en cela, la mémoire fusse-t-elle amoureuse, chacun en dispose et s’en accapare, mais qu’à trop espérer, à trop donner, on n’est plus soi-même, on n’est plus bon à aimer.

En définitive ce que je retiens de cette expérience d’hommes connaissant sans comprendre et de ces femmes qui pensent à leur place, c’est que tout ceci n’est qu’une dispute autour du mobile – mais pas du crime – et un motif suffisant de croire. C’est donc de cela dont il s’agit, la peur d’une vie sans religion à deux et je partage partiellement cette frayeur. Plus que la peur de la solitude, il y a la peur de perdre. La différence est ce qui nous définit les uns envers les autres, alors pourquoi ne pas être des opposés pour mieux se retrouver ?

Mes chers confrères, mes chères consœurs membres des cœurs brisés et des obsédés anonymesTM, demain nous discuterons ensemble de l’impact d’un animal de compagnie dans la stabilité déjà bien précaire du couple…

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J’ai toujours suivi les règles à la lettre près, quant à elles, elles ne parient que trop rarement sur moi et je les comprends. Etre un bon garçon, cela relève plus de la malédiction divine que de l’hygiène citoyenne. Dès que je commence à ressentir le moindre plaisir terrestre ou gratuit, je culpabilise automatiquement avant de jouir, comme ça. Et finalement ce couperet permanent me permet d’avancer même en roue libre et peu importe vers où !

En chemin vers nulle part, la vie bien comme il faut accompagnée de la cellule familiale parfaitement dysfonctionnelle me signifient, toutes deux, que mon bail pour une monogamie plus ou moins épanouie a expiré sans que mon avis ne compte. En consultant immédiatement ma culpabilité, puis en comptabilisant mes inavouables méfaits, je constate étonné que je n’ai rien à me reprocher. Je n’ai rien fait et c’est cela le problème ! Le jour où l’on m’a demandé de devenir un homme devant les autres, j’aurais dû m’abstenir.

J’ai des principes de paix de sociale comme tout le monde, mais surtout un modèle – sûrement dépassé au vu de l’orgie ambiante – de gestion tranquille des crises humanitaires en communauté. Et c’est cette image de respect intégral construite par ma mémoire et idéalisée par les années de monotonie à laquelle je me réfère fidèlement pour dicter ma conduite jours après jours. Le drame, lorsque l’on voue un culte aux modes d’emploi, c’est que l’on oublie souvent la vie qu’il y a autour, ainsi que ceux qui vous regardent comme si vous étiez la pièce d’un musée. A force d’amnésie maîtrisée, j’ai perdu même en gagnant.

Les banqueroutes les plus banales, les plus ménagères donnent inexorablement naissance aux interrogations que j’avais sciemment chassées de mon vocabulaire modéré. Les réponses sont faites pour ceux qui ont besoin de satisfactions personnelles, moi je veux des raisons logiques pour m’expliquer l’absurde. Au vu de mes bons et loyaux services soi-disant philanthropes, j’exige un échange ou un remboursement. Enfin, quelque chose qui me donne de quoi m’occuper.

Le problème avec les cadeaux que l’on vous offre sincèrement, c’est que leurs commanditaires se refusent à toute d’aide pour vous indiquer pourquoi ils sont cassés, alors que la garantie stipule que bon entretien rime avec longévité et peut-être un peu de prospérité. Pour me porter assistance, je viens bêtement voir et parler de ma petite vie à mon vendeur de croyance le plus proche. Et lui, en retour, s’offre une psychanalyse sur mon malheur en le nourrissant d’anecdotes sans queues ni têtes. J’aurais plutôt dû demander la paix intérieure à mon avocat.

À chaque plainte légitime ou accessoire, il faut un coupable idéal et bien évidement je serai le dernier sur cette short list. En attendant de m’en prendre à moi-même – un peu plus que d’habitude – j’hésite, hum… j’hésite vraiment en pleine crise spirituelle à demander des dommages et intérêts ou un coup de main au voisin du dessus, lui qui ne connaît que trop le son de ma voix et dont le visage si familier m’est totalement inconnu. J’aimerais qu’il sache parler aussi bien qu’il écoute, je me passerais bien de son amour pourvu qu’il me donne un plan, une direction et à l’impératif si possible.

Il me semble que le pire des choix, c’est d’en avoir. Trop à l’aise dans ma camisole de force respectable sous tous rapports, je confonds sécurité prévisible et mort provisoire. Je justifie scrupuleusement chacun de mes actes – de toutes mes respirations maladroites à mes cas de conscience financiers – par rapport à cette morale qui fait que je me se sens bien dans ma peau, que je regarde fièrement les autres en souriant, que j’attends en dodelinant de la tête mon dernier souffle, sereinement.

Mais avant de prendre mon billet en première classe pour le grand voyage, je dois comme on me l’a dit – conseillé, dicté et prescrit – me donner de nouvelles perspectives, sans savoir exactement où cela s’achète. Puisque que je dois obligatoirement aller de l’avant, et quitte à ramper, autant trouver une autre drogue que ma famille en instance de rupture pour prendre une option sur l’asile professionnel ou l’exil artificiel. Alors s’il faut un substitut, je vais commencer par la voisine, les grandes causes et autres petits remèdes peuvent attendre encore un peu.

Une fois la copropriété consommée, je commence à prendre par moi-même des décisions pour en tuer d’autres, évidemment, et je crois obstinément m’éloigner d’elles en pensant que mon mobile et mon nombril sont bien meilleurs que leurs crimes et leurs égoïsmes. Mais, parfois, les sorties de route sont plus sûres que les routes elles-mêmes et, en fin de course, je me trouve au point de départ parce que je l’avais fui. Parce qu’en définitive, il faut bien trouver quelqu’un ou avoir besoin de l’aimer, non ?

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Teaser en série (2) A Serious Man V.1 : http://wp.me/pn1lw-P5

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Rentrer chez soi…

En voilà un concept original, comme si l’Homme était conçu pour être sédentaire, comme si l’homme était programmé pour être monogame. Cependant la société des gens heureux et du bonheur prêt-à-porter est passée par là et la machine humaine ne connaît pas la pitié – si elle n’est pas rentable – particulièrement envers ceux qui tentent de ne pas suivre scrupuleusement le mode d’emploi du sens de la vie. J’aime avoir toujours les mêmes habitudes, mais jamais au même endroit et encore moins avec les mêmes gens.

En général ma manière de vivre les irrite plus que ma façon de penser. La simple évocation de l’idée que je n’engendre pas du temps comme un cadeau divin parce que je ne fais que le traverser de part en part, elle remet en question les gens tout en les confortant. Mais on ne peut décemment pas porter tout le monde dans son sac à dos et encore plus, sa propre mémoire. Si je ne peux me souvenir de moi même, je n’aurai plus rien à regretter !

Pour moi, l’échec est semblable à un contrôle interminable derrière une famille fuyant leur chez eux pour les vacances, à un retard sur un vol qui produira le manque de mon scotch au bar déjà désert, à une réservation d’hôtel mal enregistrée qui annoncera une vengeance prochaine en faisant droit de privilège en doublant légalement dans les files d’attente. Ha ! Oui, je sais, les gens dans tout ça ? Hum, ils meublent avec plus ou moins de succès mon temps de transit entre deux échappatoires.

Justement en parlant des « gens », les seuls, les vrais, les uniques et irremplaçables, pour mon travail salutaire, j’en croise souvent, j’en croise beaucoup, j’en croise trop à vrai dire. Sachant que cette overdose d’humanisme garantit à elle seule mon mode de vie, je consens à mettre tout mon cœur lorsque je fais le tour du pays pour annoncer à ces personnes, avec leur vie sur le visage, qu’elles sont licenciées. Une fois la sentence assenée – nette, sans bavure et avec un sourire compatissant en option – je les vois hébétés, en colère, absents, effondrés, autant de choix qui les empêchent d’avancer suffisamment vite pour ne pas disparaître de l’organigramme du grand dessein.

À toute épreuve à handicap, le seigneur pourvoit une récompense à la mesure du sacrifice, alors dites merci à la culture de votre entreprise pour laquelle vous avez donné, sans poser de questions, les meilleures années de vos existences car elle vous propose un plan de résurrection en plusieurs étapes. Ne nous remerciez pas. Donc pour revenir parmi nous un jour, il faut que vous nous quittiez définitivement.

La manière dont on part est aussi – si ce n’est plus important que tout – ce que l’on a fait auparavant. J’aime à penser que les additions ne font pas le résultat. Pour certains leur emploi est tout, un but, une famille, un foyer et au moment de dire adieu à ce morceau d’eux qu’ils ne récupèreront vraisemblablement plus, je leur demande de fermer les yeux une minute car, à tout regarder comme si chaque chose autour de leur open space était primordiale, ils en oublient vite leurs priorités.

Personnellement, la famille, ma famille, cela n’en n’était pas une, disons que cela fait partie d’un pack à l’origine et du décor au bout du compte. J’ai des liens avec les miens, de ceux qui sanglent pour mieux m’aimer et qui me ramènent à chaque fois à ceux qui meurent du temps qui passe et qui portent mon nom. J’ai beau fuir aussi vite que l’avion le peut, elle me rattrape toujours.

Ne pas mourir seul, cela paraît être la seule obsession raisonnable, mais de la part des vendeurs d’amour à tout prix qui font de leur hygiène affective une morale à toute épreuve, je trouve cela d’un égoïsme dont seul les solitaires devraient se prévaloir. Apparemment, c’est ça l’objectif trouver quelqu’un, une fois qu’on l’a, il faut évidemment produire d’autres quelqu’un sous peine de s’ennuyer avec le premier quelqu’un. Je crois en la loyauté, l’honnêteté ça ne dure que le temps d’une pause café ou d’une partie de jambes en l’air, voire à l’horizontale. On aime couché, on cohabite debout.

Les gens, encore eux, ont un besoin maladif de savoir d’où les autres viennent, comme si l’on était condamné à n’être qu’un échantillon de notre passé. Je vois si souvent le monde d’en haut en classe affaire que j’en oublie le nom des terres en dessous. Mais si vous voulez savoir, moi, je viens d’où je suis maintenant.

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J’ai eu la vie que je pouvais. J’ai un spectacle à la place du cœur, alors jouez jusqu’à disparaître de ma mélancolie.

Je ne suis qu’un homme complexe avec un plan simple, une ligne de vie définie que je refuse du bout des doigts, sans te retenir vraiment, lorsque tu claques la porte pour ton propre échappatoire, ailleurs, sans plus personne à blâmer, à connaître, à décevoir.

J’attends d’avoir l’avis des autres pour me dire que seul le mien compte, perdu que je suis entre la postérité périssable et une psychanalyse non remboursée, la vacuité du moment présent et l’impossibilité de l’infini. Je cours, je coule à ma perte, lentement, doucement, en emmenant tous ceux que j’aime dans ma chute, mais assez loin de moi pour qu’ils me manquent.

Je ne vis qu’au travers de femmes, à croire que j’aurai voulu en être une. L’une me voit comme une maladie imaginaire qu’elle a partagée un jour, l’autre comme une pièce manquante qu’elle rangerait dans son livre des petites choses, les dernières comme le père qu’elles n’auront jamais eu, excepté dans le flou parfait de leur enfance. Moi, je préfère me souvenir d’elles toutes, telles des fantômes, plutôt que de les quitter.

Le sursis permanent est un meilleur moteur que le bonheur fugace, toutes les absences, les abandons, les falsifications d’identités dans mes albums de famille décomposés suffisent à donner un sens à ma folie ordinaire, celle du temps qui s’épuise de nous, toujours et encore, quand l’automne est déjà là.

J’ai besoin de me sentir seul pour pleurer devant vous, me sentir aimé dans tes bras trop grands que je ne comprends pas, me faire pardonner ces erreurs qui sont miennes mais que je t’attribue, oublier que ma prison n’a jamais eu de barreaux pour nous séparer. Seul, je me recueille à chaque enterrement, au milieu de ce vacarme – moderne et dépassé – respirant trop vite pour mon histoire qui nous ponctue puis se conclut.

À n’être plus personne, j’en deviens un meilleur personnage que j’articule méticuleusement au gré de mes déceptions récurrentes et des tiennes aussi. Lui, il est un moi en mieux, puis je mets en scène des accidents plus commodes qu’hasardeux pour ne plus avoir à regarder en face ou en arrière.

J’ai occulté vaillamment tant que je doutais, tant que je pouvais le fait qu’il y avait un dehors et un peut-être, trop muré que j’étais dans ma bulle, trop usé par des adieux que l’on me refuse, la médecine et Dieu n’ont pas leur place dans mon théâtre à l’échelle d’une vie.

Les noms des amours, les saisons anonymes, l’Histoire des manuels changent, mais pas moi, non. Ce qui est n’a plus d’importance au regard de ce que je pense sans le croire, ce que je souffre sans ressentir, ce que je cherche sans rien trouver.

Les jours de joie m’échappent inexorablement, les uns après les autres dans l’ordre du calendrier, je les ai gâché d’un mot, un seul, en priant mon nombril de les faire revenir au crépuscule de mon art, mais à leur retour, ils se meurent pour mieux me maintenir en vie, en stase.

Mon existence est un décor identique à mes souvenirs les plus valables où je peux à loisir répéter jusqu’à épuisement l’avant, l’hier, celui qui n’a plus de futur, celui là même que l’on a maintenant, mais qu’on ignore pour le moment, obnubilé par son prédécesseur.

Je me sens vide de vous et déserté par mes démons, les mémoires immortelles ont délaissé mon désir de survivre pour la prochaine inconnue, mon orgueil de petit homme parlant de solitude comme du temps qu’il fait, depuis j’entends une voix douce, calme, affectueuse qui pense à ma place, qui m’intime quoi dire, qui étrenner et quand mourir, enfin.

À lire en écoutant Jon Brion – Little Person

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Thirst

Sur ton lit de mort tu as retrouvé cette vérité qui sort de la bouche avant l’âge de raison, avant l’ère du mensonge et maintenant tu essayes vainement de fuir en promettant à l’au-delà que le coma sera une meilleure prison.

Ne me demande rien sur ta destination, ressemblerais-je à une agence de voyage? Je ne peux que réciter la leçon de mon manuel de masochisme à l’usage des croyants, encore une fois.

Ferme les yeux, tremble sereinement, quitte-nous sans jamais partir, excuse-toi une dernière fois de tout ce que tu ne sais pas et choisis entre l’absolution et la rédemption.

Une fois le spectacle achevé, je retourne dans les coulisses pour le débriefing où mes collègues en nécrophilie parlent à coeur ouvert en aimant avec leurs regrets pour purger leur reste de conscience.

J’ai longuement hésité entre les patients et ma patience, il est donc temps.

Au sommet de mon art de psychotrope en soutane, je prends ma retraite dorée pour bons et loyaux services, je m’invente une mission divine et je confonds don de soi et suicide, à moins cela soit la même chose.

Résultat des courses, je me retrouve à la place des patients, un fiasco expérimental et une réorientation professionnelle, placebo le jour, poinçonneur la nuit.

Coincé entre mon job de starlette de bénitier et ma nouvelle passion pour la liqueur, je me répète sans trop d’espoir que je ne changerai jamais.

Moi qui buvais le sang du Christ en week-end, entre amis, j’ai perdu la foi, pas la soif.

Quelques gouttes suffisent, quelques doutes subsistent, mais les instincts ont eu raison de mes convictions.

Puis, au hasard de la détresse, après des nuits d’exode, je l’ai croisée, elle, qui donna pour toujours un sens à mon vice.

Tiraillé entre la première fois et le viol, l’amour à long terme et une passion suicidaire, je la dévore plus que je ne la désire, je la torture plus que je ne veux la détruire.

J’en veux pour preuve ces regards que je ne lui rends pas.

Ma première infraction sur sa peau laiteuse fut aussi violente que vitale. Revenu parmi les vivants entre ses cuisses, j’ai goûté aux péchés ainsi qu’au pardon en même temps. Sa bouche pleine de moi, son corps s’abandonnant sauvagement au rythme des gémissements confus, ses yeux à la dérive reprennent les affaires là où ils les avaient laissées, dans les miens.

Mais, elle n’était pas mienne, de la convoitise à l’adultère, j’étais condamné au meurtre, donc acte, pour enfin avoir droit à cette culpabilité menant à la monotonie à deux, cette douce agonie qui précède cet ennui dont on ne revient pas.

Une fois l’irrémédiable accompli, la morale refait surface comme pour mieux nous punir de ce que nous sommes devenus, alors moins tu m’aimes, plus tu les désires, autant je t’attends.

Notre maison nous sert de tombe de luxe, les visites y sont autorisées, mais plus personne ne parle vraiment en fixant ces photographies qui vieillissent sans nous !

Au moment précis où l’amour devient une habitude, il n’y a plus de plaisir, que des regrets individuels et des remords en commun, alors la violence domestique devient l’unique preuve à conviction de notre premier baiser.

Je t’ai tuée en te donnant ma maladie pour avoir quelques instants de vie près de toi, il ne me restait que le mépris ou le vol.

Depuis tu te venges de nous, en t’humiliant, en m’oubliant, en nous perdant, en offrant la mort à autrui avec ou sans son consentement, parce que ton visage a la douceur de l’innocence et que tu as le goût de l’interdit.

Et puisque ce qui n’a pas de fin n’a pas de sens, j’ai cherché la lumière pour nous deux, pas celle qui donne des réponses à la carte, celle qui vient sans prévenir, discrètement, en nous caressant, sans promesse d’un futur à conjuguer ou même d’un ailleurs à haïr.

Je préfère te garder une dernière fois contre moi, lentement, en silence, sans un mot de trop, plutôt que de te dire un de ces au revoirs qui n’engagent personne. Et en fermant les yeux sur le peu de rides de ton monde, le soleil s’est levé pour nous disparaître à jamais.

En perdition au milieu de tous dans une rue déserte, elle s’évade le temps d’une nuit pour retrouver une vie qu’elle n’a plus, mais elle reviendra comme à chaque insomnie.

Elle empruntera les sombres desseins de la ville, le monstre urbain au teint grisâtre, à l’haleine polluée, au destin jamais scellé et aux fêlures à l’âme. Il prend toujours plus qu’elle ne donne en faisant courir les Hommes derrière des titres, des chiffres ou un peu de bonheur en viager.

La géométrie des lieux négocie sa personnalité aux illuminés qui l’habitent entre deux journées de travail, entre le mutisme de l’heure du crime désinhibé de tout ordre et la prudence des alcooliques reconnus par les poubelles qui évitent poliment de trop les connaître.

À la croisée des chemins, aux détours d’une silhouette pressant le pas, on se suggère que les ombres fuyantes nous mèneront à une terre promise ou un cul de sac.

Quand je vois la vie depuis chez moi, tout me semble millimétré à la seconde près de la mécanique de la violence à la magie sentimentale, alors que nous ne sommes qu’une succession d’accidents dans un jeu de hasard appartenant à une boule qui tourne sur elle-même.

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