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Posts Tagged ‘amour’

Je ne vais pas te raconter des histoires qui finissent bien et que tu connais déjà trop, je préfère que tu le fasses à ma place, moi je sais encore croire. Emmurée à même ma convalescence pour cause d’apesanteur capricieuse, je hante à cloche pied, gaiement, ces couloirs muets d’avoir suffisamment hurlé où la mort devient le seul ami à qui tu dis la vérité vraisemblable.

Un matin, par accident –  un de ces accidents dont on crédite à tord le destin – tu m’as tendu la main que tu avais oubliée, comme ça sans rien dire, sans rien faire, depuis ce lit qui a poussé sur ton dos et qui ne veut décidément pas te quitter. Je suis rentrée dans ta tête remplie de bobines, en sautant à pieds joints entre ton delirium tremens et ma dépression raisonnable.

Peu importe où ta folie ordinaire me fait sombrer – de fantaisies militaires en voyages héroïques – je veux la fin de ton mensonge parfait bien plus que la suite de ma vie prévisible. Tu parles si bien de vengeance avec l’Amour perdu à jamais pour excuse pardonnable, alors j’ai pris part à cette guerre sans ennemi valable qui n’est pas la mienne, ni celle de personne d’ailleurs.

La guerre, elle a l’habitude de construire des morts à la chaîne et d’abonner des prisonniers à la perpétuité. Toi, tu es le tien en parlant la langue du chagrin comme une aventure heureuse qui ne peut être comprise qu’une fois vécue. Mais une fois la nuit tombée plus bas que terre, le sommeil ne te trouve pas, trop occupé que tu es à combattre ton tourment sur mesure, sans jamais vouloir réellement le toucher de peur qu’il n’existe plus.

Moi, mes nuits – sans Morphée, ni morphine – étaient habitées par ces héros impossibles et accrochés désespérément à tes lèvres, celles qui me rappellent que les rêves demeurent tout ce qu’il nous reste de nos âmes au réveil soudain. Parfois, nos songes endormis jalonnent nos maux originaux et nos maladies imaginaires de fenêtres de tir pour mieux partir au loin, là où la médecine moderne ne pourra pas nous rattraper. Je ne connais pas la souffrance, j’ai juste mal, mais ça passera. Et toi, comment ça va ?

L’Amour, je te dirai qu’on ne le perd jamais, on l’abandonne pour de plus ou moins bonnes raisons parce qu’oublier pour toujours, c’est toujours mieux que de se rappeler de temps à autre que l’on est vivant. Toi tu en parles si facilement sans le connaitre dans une langue étrangère, derrière un masque, au-dessus de tout le monde.

Tu confonds souvent « être bien entouré » et « vivre dans des remparts », mais la vengeance qui t’a donné des compagnons d’infortune, elle les reprendra lorsque la douleur sera plus forte qu’elle ou quand tu ne sentiras plus rien. Certes je déforme la réalité moi, mais je ne la trahis jamais comme toi.

Je joue la comédie, tu fais ton cinéma, tu me vends et je restaure un monde qui n’est qu’un prétexte à notre vie commune, je suis ce petit rien qui te leste ici-bas dans le camp de vacances de l’au-delà entre course de chaises roulantes et concours de perfusions. Tu sais, toi, un jour quand je serai grande – grande comme ça ! – moi aussi j’aurai un dentier comme ceux qui ont plein de plis sur le visage et je pourrai arrêter de cligner des yeux pour voir le monde comme il est apparemment, le monde de « tu verras quand tu seras grande ».

J’aimerais me dire que je resterai un souvenir qui offre des fossettes immobiles dans ton monde où les images défilent une par une, mais ne restent pas. Je continue notre spectacle – mais cette fois c’est moi qui suis sur le lit – à deux voix et quatre mains avec ces liens qui ne tiennent à rien pour écrire mon manque, tu sais celui de plus tard, ton absence en forme d’ombre et de flashback, orpheline de ce temps cherché, d’une enfance enterrée dans l’espoir de la faire pousser.

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Apparemment, tout le monde doit trouver sa place ou être à la sienne, même moi. Je baissais donc la tête – plus par habitude que par lâcheté –  pour être sûre que l’on ne m’en alloue pas une, par erreur en connaissance de cause, par hasard en toute bonne foi, par certitude pour mon bien. Allez donc savoir ce que je suis, vous, cachés derrière vos masques trop transparents. Connaître qui je suis, c’est ça le drame commun, l’anonymat nous préserve tous de l’attachement !

Mais lui, hum, lui, l’ombre dans ma rétine, hum, lui, je l’avais dans la peau comme il faut l’avoir, je l’avais dans mon cœur en éponge, prêt à accepter n’importe quelle offrande pourvu qu’elle comble quelques instants ce vide sans nom propre. Une première fois, c’est toujours une première fois, ça ne ressemble à rien, à rien de comparable, à rien de mémorable. Ça te ressemble en y repensant.

Ce rien, je le voyais maintenir en captivité ces deux faiseurs d’enfants – pieds et poings liés, toujours pratiquants, mais jamais croyants – qui réclamaient la reconnaissance de leur autorité dans chacune de leurs respirations : à table une fourchette à la main, à Noël les cadeaux sous le sapin, dans le salon la télécommande à la main, à la nuit tombée un toit sur la tête. Leur peine à purger dépendait uniquement de mon frère et moi, je ne sais pas comment leur faire payer ou les exhausser !

En attendant ce jour bénit, j’aperçois – sans réellement pouvoir ou vouloir l’attraper – le temps se traîner lentement de toutes ses conjugaisons et j’admets à ce moment-là malgré moi, que je suis au point mort. Mais depuis quand ? À vrai dire, lorsque j’ai saisi que j’étais la fin de la chaîne alimentaire et le début d’un engrais idéal, j’ai cessé de donner un sens gratuitement à tout, à tout le monde.

Il en va de même pour mon mal-être et mes états d’âme – me servant autant d’alibi que de mobile – prévisibles et dispensables. Que pourront-ils ses signes extérieurs de détresse face aux regrets omniprésents et à cette culpabilité sous-jacente dont les fantômes ont le secret ? Pas grand chose, hein ! Hé merde, j’aurai dû être malheureuse au lieu d’avoir l’amour automatique…

L’amour, cela se cherche désespérément et certains ne le verront qu’à travers les autres, n’est-ce pas ? Celui que l’on a sous la main ne suffit jamais vraiment, il nous appartient déjà, il fait partie du passé au risque de l’oublier. Où est-il lui, maintenant qu’il me manque, lui l’anodin, le familier ? Celui qui n’attendait rien, vraiment rien et c’était ça son problème, mon problème, puisqu’il faut en avoir.

Je suis partie plus à la poursuite qu’à la recherche de ce fragment de moi qui fait que ne le suis plus. En chemin, à chaque nouveau visage, je perdais la mémoire des gens, des choses, des années au fur et à mesure que mon imagination négociait un shoot de bonheur à cette douleur totale et sans fin.

Je ne veux à aucun prix qu’elle ne s’arrête, elle est ma croix, mon poids à moi seule, ma part de purgatoire sur Terre que nul ne pourra m’enlever ni comprendre. Je ne sombrerai jamais en sa compagnie, jour et nuit, années après années, elle finira par te remplacer et je pourrai toujours et encore te courir après pour ne jamais te retrouver.

Ne pas savoir, c’est mieux que tout connaître. Quand on vit de réponses, c’est que l’on est déjà plus là, que l’on n’attend plus rien de personne. Donc, dans le doute pour ne pas comprendre à coup sûr cette absence en moi, je ne me retournerai jamais sur mes pas, par peur légitime de me voir disparaître de ton amour.

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Écoute chérie, cesse d’expulser les voyelles et reprends ton souffle, je vais te raconter une histoire avant que tu ne sortes de ma vie. Je suis le super nègre comme les quotas n’en font pas, sans peur communautaire et sans reproches affectifs sous les draps satinés, sans cause à défendre fonction des victimes et sans principes à la moralité négociable. Ne me parlez jamais de justice mais des choses justes !

Et toi, chérie ! Merci de ne pas bavasser en stéréo par habitude – avec ce son aigu et tapageur que tu appelles à tord ta voix – après la cigarette syndicale, tu vas réveiller les autres gagnantes du concours d’acrobaties participatives. Je donne toujours de ma personne, ok !!! Mais pas mon numéro de téléphone, d’accord ?!

Je n’entretiens pas les stéréotypes. Ceci étant, pourquoi nier certaines réalités lorsque les bonnes manières du centre ville trop bienpensant pour être honnête s’endorment sur ce ghetto en roue libre où le crime parle à la première personne et les obsèques rythment la mélodie des coups de feu. Sachez que je prends simplement aux proxénètes freelance à la main lourde pour redonner aux prostituées surtaxées ayant une âme de punching-ball. C’est uniquement une question d’équilibre précaire.

La rue qui m’appelle – de sa bouche peinturlurée, de ses doigts carmin et de son cul en faillite – ne crée pas la violence économique, mais elle l’entretient du mieux qu’elle peut pour ne pas mourir de cet ennui de minimas sociaux ou de cet oubli dont les faubourgs ont le secret. Et l’amour dans tout ça ? Je n’extrapole pas sur ce que je ne connais pas, alors donne toi une minute de silence et éteins la lumière, viens près de moi et fais attention à mon afro en me découvrant dans la pénombre !

Tout comme les tests de paternité que tu me réclameras d’ici 9 mois chérie, c’est le plus naturellement du monde, par un meurtre dans mon histoire trop noire pour s’intégrer, que tout commence. On m’a enlevé un frère – pas l’un de ceux que l’on salue du poing à la recherche de fraternité avant de le diffamer – non, la chaire de ma chaire, le sang de mon sang d’après ma mère et l’assistante sociale en tout cas !

« Prière de ne pas m’adresser des sanglots automatiques, des condoléances surjouées et des dommages et intérêts en francs CFA », c’est, selon toute vraisemblance, ce que mon sombre visage indique à cette assistance trop clairsemée pour se disperser élégamment. Moi je réclame une vengeance obsessionnelle en Technicolor et un coït quotidien en Thx, aucune reconnaissance posthume n’est requise pour ce travail bénévole, mais les rappels sont acceptés !

Pour traquer une piste criminelle, il faut suivre l’argent sale ou trop propre, celui là même qui lie indéfectiblement les trafiquants cherchant une couverture sociale à la corruption politique la plus anodine. En remontant la filière, le menu fretin confesse ses péchés qui sont peu souvent motivés par cette méchanceté viscérale, le mal est plus grand, on l’appelle communément « un rêve », et pour ce qui est du gratin, ce sont leurs actes qui dictent le contexte, rarement l’inverse.

Le complot est partout, certes – même dans mon lit où certaines demandent imprudemment l’asile permanent sans l’espoir de l’avoir à la levée du jour – mais cette fois, j’ai le sentiment logique et la paranoïa lucide. « Ils » nous en veulent, eux. Moins je donnerai de noms et de visages, plus vous continuerez de lire sur le bout de ma langue experte, mes chéries anonymes !

Je préfère de loin les monologues ponctués de jurons maternels, une arme rutilante et fumante à la main, devant les balbutiements d’explication de ma cible en col blanc aux dialogues surannés lors de meeting de piètre importance des militants – en uniforme pré-dictature ou en costume post-pouvoir en place – plus intéressés qu’intéressants. Coupables ou pas, il n’y a pas de justice pour ceux qui ne l’a détiennent pas depuis le premier coup de fouet pédagogique.

Je ne raconte pas la guerre du Vietnam – au nom du sadomasochisme flagrant de l’oncle Sam – en thérapie, le cul assis sur mon syndrome post-traumatique, mais plutôt dans un isoloir où le patriotisme que l’on nous inocule avec l’alcool et la drogue prend tout son sens, seul dans les yeux de la nuit. Voter, c’est mourir toujours!

La réalité n’est ni noire côté victimes complaisantes, ni blanche côté bourreaux compatissants, soit, mais le contraste qu’on me vend ne vaut pas mieux. Alors, plutôt que de faire preuve de l’un de ces discernements de magazine féminin, ma mission en tête, je tue – sans héroïsme de drapeau et ni médailles à planter sur mon torse d’ébène – avant de poser des questions qui ont plus de raison d’être que leurs réponses.

Des taudis en manque d’espérance de vie à la maison blanche en overdose de temps à perdre en passant par les rizières gardant en otage nos idéaux enfantins, la fatalité fait des sacrifices pour moi. Puis le super nègre règle avec les poings fermés ses comptes personnels, ou pas, et il se rachète une virginité ! J’ai fini cette nuit avec toi où j’ai suffisamment parlé pour nous deux, maintenant, tu peux partir, essuie-moi correctement ce rimmel et n’oublie pas de fermer la porte !

Sweet Sweetback’s Baadasssss Song

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J’ai eu la vie que je pouvais. J’ai un spectacle à la place du cœur, alors jouez jusqu’à disparaître de ma mélancolie.

Je ne suis qu’un homme complexe avec un plan simple, une ligne de vie définie que je refuse du bout des doigts, sans te retenir vraiment, lorsque tu claques la porte pour ton propre échappatoire, ailleurs, sans plus personne à blâmer, à connaître, à décevoir.

J’attends d’avoir l’avis des autres pour me dire que seul le mien compte, perdu que je suis entre la postérité périssable et une psychanalyse non remboursée, la vacuité du moment présent et l’impossibilité de l’infini. Je cours, je coule à ma perte, lentement, doucement, en emmenant tous ceux que j’aime dans ma chute, mais assez loin de moi pour qu’ils me manquent.

Je ne vis qu’au travers de femmes, à croire que j’aurai voulu en être une. L’une me voit comme une maladie imaginaire qu’elle a partagée un jour, l’autre comme une pièce manquante qu’elle rangerait dans son livre des petites choses, les dernières comme le père qu’elles n’auront jamais eu, excepté dans le flou parfait de leur enfance. Moi, je préfère me souvenir d’elles toutes, telles des fantômes, plutôt que de les quitter.

Le sursis permanent est un meilleur moteur que le bonheur fugace, toutes les absences, les abandons, les falsifications d’identités dans mes albums de famille décomposés suffisent à donner un sens à ma folie ordinaire, celle du temps qui s’épuise de nous, toujours et encore, quand l’automne est déjà là.

J’ai besoin de me sentir seul pour pleurer devant vous, me sentir aimé dans tes bras trop grands que je ne comprends pas, me faire pardonner ces erreurs qui sont miennes mais que je t’attribue, oublier que ma prison n’a jamais eu de barreaux pour nous séparer. Seul, je me recueille à chaque enterrement, au milieu de ce vacarme – moderne et dépassé – respirant trop vite pour mon histoire qui nous ponctue puis se conclut.

À n’être plus personne, j’en deviens un meilleur personnage que j’articule méticuleusement au gré de mes déceptions récurrentes et des tiennes aussi. Lui, il est un moi en mieux, puis je mets en scène des accidents plus commodes qu’hasardeux pour ne plus avoir à regarder en face ou en arrière.

J’ai occulté vaillamment tant que je doutais, tant que je pouvais le fait qu’il y avait un dehors et un peut-être, trop muré que j’étais dans ma bulle, trop usé par des adieux que l’on me refuse, la médecine et Dieu n’ont pas leur place dans mon théâtre à l’échelle d’une vie.

Les noms des amours, les saisons anonymes, l’Histoire des manuels changent, mais pas moi, non. Ce qui est n’a plus d’importance au regard de ce que je pense sans le croire, ce que je souffre sans ressentir, ce que je cherche sans rien trouver.

Les jours de joie m’échappent inexorablement, les uns après les autres dans l’ordre du calendrier, je les ai gâché d’un mot, un seul, en priant mon nombril de les faire revenir au crépuscule de mon art, mais à leur retour, ils se meurent pour mieux me maintenir en vie, en stase.

Mon existence est un décor identique à mes souvenirs les plus valables où je peux à loisir répéter jusqu’à épuisement l’avant, l’hier, celui qui n’a plus de futur, celui là même que l’on a maintenant, mais qu’on ignore pour le moment, obnubilé par son prédécesseur.

Je me sens vide de vous et déserté par mes démons, les mémoires immortelles ont délaissé mon désir de survivre pour la prochaine inconnue, mon orgueil de petit homme parlant de solitude comme du temps qu’il fait, depuis j’entends une voix douce, calme, affectueuse qui pense à ma place, qui m’intime quoi dire, qui étrenner et quand mourir, enfin.

À lire en écoutant Jon Brion – Little Person

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J’avoue être resté sans voix, voire passablement dépité pourtant je le savais depuis presque un an déjà, à la fin de ma glorieuse et prometteuse 25ème année, je n’existerai plus, pour plus grand chose et pour plus grand monde.

La machine humaine est une affaire rondement menée, presque sans failles. Au départ, chacun doit gagner la parole pour passer son temps à écouter l’impératif sous toutes ses formes, ensuite quand on peut raisonnablement donner des ordres plus personne ne nous écoute et finalement on perd la parole et l’on recommence à nous parler à l’impératif, mais cette fois comme si on n’était pas là.

Hum, un couloir pour tous avec une chance de porte de sortie pour chacun, voilà un challenge flatteur! Quelle belle perspective en prévision du tunnel et de la lumière. Moralité, j’aurais dû apprendre l’économie et la théologie afin de franchiser la vente d’espoir.

Du quart de siècle fraîchement dépucelé qui était le mien à l’Alzheimer prophétisé que je n’atteindrai peut-être pas, je m’occuperai comme je le pourrai en faisant des dons en nature – 2,8 fois – à la natalité ainsi qu’à ma fiche d’imposition afin de perpétuer le cirque ou la vie, c’est selon.

Dans le meilleur des cas, j’invoquerais la réussite pour acheter mon droit d’exister aux yeux de tous. Dans le cas contraire,  je m’excuserais en rampant – en un silence masochiste – de ne pas participer au grand jeu de la norme, et entre les deux je prendrais volontiers en otage une personne minimum dans mon lit et on attendrait en se méprisant, plus ou moins patiemment.

Jusque là, rien de spécial, je feignais l’évidence, ceci étant en refaisant ma carte 12-25 le dernier jour de mon importance parmi les jeunes. Je me sentis partir un peu comme si je devenais un souvenir ou une nouvelle statistique. Mais à minuit le couperet est tombé tel une exécution publique, bienvenu dans le monde des poches vides, du plein tarif, du cash et comptant !

En supposant que je tienne plus ou moins le coup jusqu’à la carte Vermeil, qui accompagnera mon démantèlement annoncé et la possibilité de langer mon incontinence, qui me dit que ma concession pour la postérité ne deviendra pas une fausse commune pour les livres d’Histoire? Ce qui est sûr c’est que je ne suis plus assez jeune et pas assez vieux pour quoi que ce soit, mais plus que jamais rentable et une chaire à canon sophistiquée avec le droit de la fermer !

La retraite c’est un fantasme taillé sur mesure pour le système de santé, voire pour l’un de ces crédits que l’on peut léguer en héritage. Et la jeunesse dans tout ça, c’est la seule indemnisation que j’obtiendrai, mais personne ne m’a tenu au courant, j’en aurai sans doute mieux profité au lieu de singer la bienséance de ceux disant merci avant de mourir.

Les forces vives de la nation, l’avenir du pays, cela relève autant de la publicité mensongère pour les caprices du PIB que du coup de pression patriotique. Alors, prendre les armes ou la tangente : je n’appelle pas cela un choix.

Franchement, en dépit du bon sens, sans jouer sur la carte « repentance, misérabilisme et esclavage » comment allais-je faire pour obtenir ce respect dont jouissent les handicapés, les chiots ainsi que les femmes enceintes ?

Etant donné mes perspectives de croissance et le prix d’une thérapie, je regarde ce que font mes congénères pour prendre la place qui est censée être la leur dans le monde des illustres. Devrais-je m’inventer l’une de ces carrières artistiques où l’on préfère le miroir à soi-même ou voyager à travers les Hommes en confondant quête spirituelle et fuite en avant ?

Je pourrais tout aussi bien tenter de me reproduire modérément au vu de la population mondiale. C’est un compromis d’hygiène de vie assez séduisant, beaucoup de plaisir, parfois même avec sa partenaire, un peu de garderie, c’est peu de chose pour obtenir la symbiose entre un ami et un animal de compagnie, un enfant et pas mal de responsabilités morales, pénales, économiques, hypothétiquement affectives, une modeste manière d’occuper ses loisirs, en somme.

J’ai trouvé ! Oui mais c’est bien sûr, je pourrais avoir un but, un combat, une croyance dans la vie, avoir un avis comme le con d’à côté, mais en ayant raison. Sachant que j’ai les mains moites et que les marches militaires m’incommodent au plus haut point, je pourrais distribuer des tracts ou défiler mollement en faisant comme les autres une fois la farce du 1er Mai venue.

En même le temps le nihilisme est la religion la plus à la mode. Ne rien faire, ne rien penser tout en adhérant à un mouvement qui n’en est pas un, cela me semble être une mascarade à la hauteur de celle qui nous est présentée comme un moyen d’accéder au bonheur et, fonction des confessions, à la vie éternelle.

Avec tout cela, je ne me suis toujours pas décidé. Il faut que je me presse avant qu’on ne le fasse à ma place songeais-je. Aux dernières nouvelles, je fais la course comme tout le monde en me dopant un verre à la main, mais j’aime à penser que les paysages qui nous observent valent mieux que la ligne d’arrivée qui nous nargue en reculant. Dans ces conditions, je vous laisse terminer premiers, bien volontiers !

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Thirst

Sur ton lit de mort tu as retrouvé cette vérité qui sort de la bouche avant l’âge de raison, avant l’ère du mensonge et maintenant tu essayes vainement de fuir en promettant à l’au-delà que le coma sera une meilleure prison.

Ne me demande rien sur ta destination, ressemblerais-je à une agence de voyage? Je ne peux que réciter la leçon de mon manuel de masochisme à l’usage des croyants, encore une fois.

Ferme les yeux, tremble sereinement, quitte-nous sans jamais partir, excuse-toi une dernière fois de tout ce que tu ne sais pas et choisis entre l’absolution et la rédemption.

Une fois le spectacle achevé, je retourne dans les coulisses pour le débriefing où mes collègues en nécrophilie parlent à coeur ouvert en aimant avec leurs regrets pour purger leur reste de conscience.

J’ai longuement hésité entre les patients et ma patience, il est donc temps.

Au sommet de mon art de psychotrope en soutane, je prends ma retraite dorée pour bons et loyaux services, je m’invente une mission divine et je confonds don de soi et suicide, à moins cela soit la même chose.

Résultat des courses, je me retrouve à la place des patients, un fiasco expérimental et une réorientation professionnelle, placebo le jour, poinçonneur la nuit.

Coincé entre mon job de starlette de bénitier et ma nouvelle passion pour la liqueur, je me répète sans trop d’espoir que je ne changerai jamais.

Moi qui buvais le sang du Christ en week-end, entre amis, j’ai perdu la foi, pas la soif.

Quelques gouttes suffisent, quelques doutes subsistent, mais les instincts ont eu raison de mes convictions.

Puis, au hasard de la détresse, après des nuits d’exode, je l’ai croisée, elle, qui donna pour toujours un sens à mon vice.

Tiraillé entre la première fois et le viol, l’amour à long terme et une passion suicidaire, je la dévore plus que je ne la désire, je la torture plus que je ne veux la détruire.

J’en veux pour preuve ces regards que je ne lui rends pas.

Ma première infraction sur sa peau laiteuse fut aussi violente que vitale. Revenu parmi les vivants entre ses cuisses, j’ai goûté aux péchés ainsi qu’au pardon en même temps. Sa bouche pleine de moi, son corps s’abandonnant sauvagement au rythme des gémissements confus, ses yeux à la dérive reprennent les affaires là où ils les avaient laissées, dans les miens.

Mais, elle n’était pas mienne, de la convoitise à l’adultère, j’étais condamné au meurtre, donc acte, pour enfin avoir droit à cette culpabilité menant à la monotonie à deux, cette douce agonie qui précède cet ennui dont on ne revient pas.

Une fois l’irrémédiable accompli, la morale refait surface comme pour mieux nous punir de ce que nous sommes devenus, alors moins tu m’aimes, plus tu les désires, autant je t’attends.

Notre maison nous sert de tombe de luxe, les visites y sont autorisées, mais plus personne ne parle vraiment en fixant ces photographies qui vieillissent sans nous !

Au moment précis où l’amour devient une habitude, il n’y a plus de plaisir, que des regrets individuels et des remords en commun, alors la violence domestique devient l’unique preuve à conviction de notre premier baiser.

Je t’ai tuée en te donnant ma maladie pour avoir quelques instants de vie près de toi, il ne me restait que le mépris ou le vol.

Depuis tu te venges de nous, en t’humiliant, en m’oubliant, en nous perdant, en offrant la mort à autrui avec ou sans son consentement, parce que ton visage a la douceur de l’innocence et que tu as le goût de l’interdit.

Et puisque ce qui n’a pas de fin n’a pas de sens, j’ai cherché la lumière pour nous deux, pas celle qui donne des réponses à la carte, celle qui vient sans prévenir, discrètement, en nous caressant, sans promesse d’un futur à conjuguer ou même d’un ailleurs à haïr.

Je préfère te garder une dernière fois contre moi, lentement, en silence, sans un mot de trop, plutôt que de te dire un de ces au revoirs qui n’engagent personne. Et en fermant les yeux sur le peu de rides de ton monde, le soleil s’est levé pour nous disparaître à jamais.

En perdition au milieu de tous dans une rue déserte, elle s’évade le temps d’une nuit pour retrouver une vie qu’elle n’a plus, mais elle reviendra comme à chaque insomnie.

Elle empruntera les sombres desseins de la ville, le monstre urbain au teint grisâtre, à l’haleine polluée, au destin jamais scellé et aux fêlures à l’âme. Il prend toujours plus qu’elle ne donne en faisant courir les Hommes derrière des titres, des chiffres ou un peu de bonheur en viager.

La géométrie des lieux négocie sa personnalité aux illuminés qui l’habitent entre deux journées de travail, entre le mutisme de l’heure du crime désinhibé de tout ordre et la prudence des alcooliques reconnus par les poubelles qui évitent poliment de trop les connaître.

À la croisée des chemins, aux détours d’une silhouette pressant le pas, on se suggère que les ombres fuyantes nous mèneront à une terre promise ou un cul de sac.

Quand je vois la vie depuis chez moi, tout me semble millimétré à la seconde près de la mécanique de la violence à la magie sentimentale, alors que nous ne sommes qu’une succession d’accidents dans un jeu de hasard appartenant à une boule qui tourne sur elle-même.

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The Rules Of Attraction

J’ai renié la gravité le jour où mon premier black out a battu l’apesanteur par KO.

Si match retour il y a, il se déroulera après l’arrivée aux urgences et avant le lavement.

Entre le sol et le ciel, j’appuie sur retour rapide pour faire avancer le film de ma vie, essayer de trouver un sens à ce qui n’en a pas.

Alors, si tout est une question d’éloge funèbre je me proclame immortel, de mon ennui le plus profond à l’hystérie la plus collective.

Plus on est de fous, plus on fuit.

Puisque qu’il n’y a plus de deadline pourquoi observer la timeline, pourquoi continuer à employer des mots d’anglais au lieu du chinois ?

Hum ? Quoi ? Je répondrai à cette délicate interrogation existentialiste, sûrement sur le trône lorsque je me serai totalement extirpé de mon coma habituel ainsi que de mon vomi personnel, enfin, je n’en suis pas sûr.

Autour de moi, tournoyant sans s’arrêter, une collection de poster encadrés et poussiéreux prouvant que la pop culture est plus une religion qu’un business, contre mon front une paire de sneakers édition limitée gluantes qui ne m’appartiennent pas, comme le reste de la chambre d’ ailleurs.

« Où je suis ? » c’est un meilleur échappatoire que « qui je suis ? ».

Un dernier sourire sur l’inconnue que je ne veux pas connaître, la frontière de la porte péniblement franchie, j’arpente chancelant, au petit matin de midi, ce couloir que je connais décidément par cœur, par cul…

J’aperçois finalement la lumière au bout du tunnel, ébloui par le monde, j’accèderai peut-être à la rédemption ou un café, une fois que mes yeux cachés derrière la fine couche de crasse de mes lunettes de soleil, décorant un automne sous assistance respiratoire en attendant l’hiver, auront trouvé asile entre mes paupières et mes cernes.

Certains ont une double vie, quand je doute encore que la mienne m’appartienne en constatant d’un rictus nerveux comment je peux la détruire avec trois doigts et une seringue, juste comme ça.

Quand il n’y a pas de stigmates, il n’y a pas de plaisir, demandez à Jésus !

Sociabilise-toi, on m’a dit petit, je suis un élève appliqué en faisant dans l’humanitaire entre toxicomanes en manque de problème et dealers qui veulent en avoir à tout prix.

Parfois les négociations tournent à l’explication lorsque le service après vente n’existe pas et que le distributeur veut son retour sur investissement, donc les gémissements font les coupables et les retards construisent les exemples.

Les fractures ou les fractions, je ne sais pas, mais on ne guérit pas de ce que l’on a perdu, alors la plupart se bercent d’hypothèses plutôt que de vivre face à leurs échecs chaque matin en se brossant machinalement les dents pour entretenir la vitrine de la machine à créer du vent.

Je ne crois ni aux signes des astrologues ni au destin des marionnettistes, mais une lettre anonyme au parfum de futur, pourquoi pas ! On s’accorde avec le déni qui nous rassure le plus.

Devenir accro à un bonheur hypothéqué, quoi de mieux pour un vendeur de rêve à la demande ?

Dans le creux des reins de la nuit on change, on se mélange, on voit rouge, on déroge, on s’érige, on s’arrange, on enrage, on se fige, on se mélange, on change, puis on se venge et les deux aspirines qui se désagrègent en pétillant militairement au fond du verre nous interrogent.

Quand on vit de prétextes plus ou moins douteux, on a toujours une excuse valable pour ne pas assumer.

Il faut dire que le sexe a plus d’ avenir que l’amour, à nous regarder, nous, le peuple des relations bucco-génitales qui ne peut pas s’empêcher de l’ouvrir, même pour faire silence.

Mon pays c’est mes névroses, je peux partir en guerre pour un câlin, un regard de travers, mais principalement parce que mon cœur n’a jamais eu les couilles de mon ego et je préfère le lit d’autrui à la solitude du mien.

Les moments de vérité j’ai toujours su les rater avec un professionnalisme certain, il ne me reste qu’une voie de garage ou un cul de sac, mais comptez sur moi pour préméditer un carambolage à la sortie de la boîte des enfants avec un permis de mourir.

La prévention construit une clientèle plus qu’elle ne la dissuade !

Avant de m’enterrer dans la concession voisine de celle de mon revendeur agréé de poudre aux yeux, il me faut combler mon prêt étudiant et les espoirs parentaux dans une salle de classe remplie à la hâte d’une mosaïque qui mériterait un bon lifting et fournie avec le prélat érudit, enfin plus que ces fidèles, faisant autant cours qu’un speed dating.

M’instruire ? Pourquoi faire ? Je ne vais pas apprendre l’existence dans un bouquin, j’opte pour un aquaplaning dans un verre d’eau, de redbull, de rhum ou une chirurgie à cœur ouvert par mail interposé.

Pourquoi les pécheurs parlent toujours de morale comme de la liste des courses du samedi après-midi ?

Chacun comble son enfance dans la désintoxication possible et la luxure plausible, certains pleurent secrètement leurs fantômes parce c’est encore plus dur de grandir à plusieurs plutôt que seul et les derniers montent une arnaque à l’assurance avec leurs démons le vendredi, samedi et dimanche, selon leur boutique.

Je ne termine jamais ce que j’ai commencé, comme l’autre soir dans tes bras, dans tes draps, je ne termine jamais ce que j’ai commencé comme la vie en général, je ne termine jamais ce que j’ai commencé comme cette

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