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Archive for the ‘36 15 Me Myself & I’ Category

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« Samedi, 14 juillet 2001, 18h30, terrain de basket-ball derrière la Part-Dieu, fin d’une partie endiablée, pause H2O et Girl Talk »

Butor qui avait plus de mâchoire que de tête cria à trente centimètres des oreilles du mauvais génie :

« – Et sinon, ça fait quoi ce soir ? 14 juillet, O-BLI-GÉ,  je vais aller en résoi et serrer une michtonneuse ou deux, une de celles des Monts d’Or O-BLI-GÉ !!!! Yes papa !

– Subtile, vraiment subtile, mais ma bite à couper que tu vas serrer ta main droite comme tous les soirs !

– Hein hein, hein hein, éructe Butor !!!!

– Hum je vois que monsieur est très fort en onomatopées et sinon le français tu as déjà essayé ? Ils le parlent pas sur ton île ?

– T’sais quoi, t’parles beaucoup, mais t’fais jamais rien j’en suis sûr pélo !!!!

– En tout cas ce n’est pas ce que m’a dit ta mère. »

Heureusement qu’à ce moment crucial de la narration s’acheminant vers du free fight, une charmante mais néanmoins putassière jeune fille se mit à parler du cul du haut de ses talons compensés, sous la noble égide du bref morceau de tissu qui lui servait de mini-jupe. Et d’un coup de bassin, un seul, elle lobotomisa les deux belligérants jusqu’à la venue de sa future consœur. Le string ficelle est l’avenir de l’homme à ne pas en douter !

Personnellement, j’avais décidé depuis le début de l’après-midi de ne pas prendre partie, car la causerie avait dégénéré dès la première minute de jeu entre les deux coéquipiers. Et puis d’arbitre à bouc émissaire, il n’y avait qu’un pas – voire deux pour martyr.

D’un côté il y avait le mauvais génie, qui lui était le seul à me supporter 24h sur 24h et qui, de plus, avait les clefs de la voiture, quant à ma droite, recouvrant une large partie du soleil, il y avait le panoramique et subtil Butor. Je vous laisse imaginer d’où lui vient ce charmant sobriquet.

Admirez plutôt le bébé. Un monstre de poche, 2m10 de muscles animaliers nourris à la cuisine antillaise et 100 kilos de bêtise cathodique érigeant la violence à l’état de religion, équipé d’un sens moral douteux flirtant avec la lâcheté la plus ordinaire. Sa vie se résumait à rejouer encore et encore la scène de la rivière dans «La guerre du feu».

Le patibulaire et pathologiquement atteint Butor amusait particulièrement le mauvais génie qui rêvait d’en découdre du haut de ses 1m65 – enfin, sur la pointe des pieds – et de ses 60 kilos avec l’artillerie de poing, mais avec le petit Sun Tzu illustré à la place de l’instinct de survie. Je voyais inquiet ses yeux étinceler à l’idée David et Goliathienne de briser à la base le genou le plus faible de son vis-à-vis afin de le positionner à hauteur de sentence pour administrer avec amour une série de low kick dans la tempe, dans un moment d’allégresse onirique que n’aurait pas renié la Calas. La poésie des coups et blessures…

Ah, ces moments de testostérone appliqués sont dévolus à la camaraderie au final ! La cultiver, la chérir, la protéger, qui plus est si celle-ci peut être éprouvée contre un ennemi commun, n’importe lequel, n’importe quand, n’importe comment et pour n’importe quoi ! La bête humaine dans tout son génie universel, car jouer à la mort, c’est toujours plus distrayant à plusieurs. Et puis de nos jours la qualité d’un spectacle tient plus du public que de ses acteurs. Voilà pourquoi il ne s’est rien passé. A bien regarder autour de nous, le playground était désespérément vide de tous témoins pour perpétrer une quelconque légende urbaine. Alors les mines crispées des deux combattants se sont détendues jusqu’à la traditionnelle poignée de main, soldant les comptes jusqu’à la prochaine fois.

J’étais autant hébété que circonspect devant ce moment d’humanité volé à une éventuelle rubrique nécrologique. Et lorsque dans le soleil couchant, je vis le petit con et le grand abruti rire aux éclats, épaule contre épaule, enfin épaule contre coude, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’un string ficelle sur un cul cambré était la seule alternative à notre barbarie toujours plus propre et sophistiquée.

Mais en attendant l’éveil des consciences et l’ajout à la constitution de l’orgie comme un droit et un devoir fondamental, la seule guerre acceptée de tous se déclare avec un sifflet, des maillots et un ballon. L’honneur est sauf, tout n’est pas perdu, heureusement qu’il reste les hymnes pour nous remémorer le goût du sang.

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Comment dire… Ma bienséance est gouvernée par ma panse. Et elle m’impose de répondre par l’affirmative à chaque invitation dînatoire, sans exception aucune, même avec des extrémistes. Au regard du mépris séculaire de mon boucher, je ne peux que me joindre à la table des barbares présumés.

Ma gourmandise ne fait pas dans la politique et encore moins dans la théologie, mais j’avoue cultiver une méfiance certaine à l’égard des barbus, a fortiori cuisiniers. Ce n’est pas que je craigne un moutonicide imaginaire à même la baignoire, mais les poils fourchus dans mon assiette très peu pour moi ! Malgré tout, j’allais tromper mon impérialiste restaurant américain pour des mets terroristes.

 

Ce soir à Vénissieux la communiste, au 13ᵉ étage de cette tour plus bancale que vétuste, avec ascenseurs et fragrance d’urines les jours de chance, nous célébrions le départ de mon meilleur ennemi. Oui, mon meilleur ennemi. Mais ne vous méprenez pas, il ressemblait en tous points à la définition la plus fidèle que j’ai de la famille. Ceci étant nous étions les exacts opposés. Tout nous séparait et pourtant nous ne pouvions pas rester loin de l’autre trop longtemps.

Nous voulions toujours avoir tous deux raison mais pas pour les mêmes tords. Il avait tout d’un écorché vif et moi, sans le savoir, le parfait tranchant de la lame. J’en veux pour preuve nos sujets de discorde favoris, la nature illimitée de mes sarcasmes face à son respect quasi divin pour la figure maternelle. Celle-ci étant souvent associée à mes élucubrations fortement imagées en fin de phrase, il n’en fallait pas plus déclencher une guerre de tranchée dans le périmètre de sa chambre!

Parfois lorsque l’esclandre et la punchline se faisaient trop cinglantes, mon meilleur ennemi, un homme un tantinet sanguin s’enquérait d’un couteau à large larme et me poursuivait dans la cage d’escalier du treizième étage au rez-de-chaussée. Une fois dans le hall d’entrée, je bondissais derrière un muret et de là, je trouvais une position stratégique pour continuer mon allocution à couvert. À cette époque, la conversation se terminait sur une analogie entre mon avenir et l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila. Toutes les guerres ayant leur trêve et tous les couples leur logique, je finissais par aller acheter une bouteille de Fanta citron et je faisais amende honorable. Enfin, au moins jusqu’à la prochaine crise œdipienne !

Mais revenons plutôt au dîner théologique. Pour l’occasion, le colocataire de circonstance de mon meilleur ennemi et ses collègues de la prière du vendredi avaient concocté des grillades, des légumes vapeur, du thé à la menthe et quelques pâtisseries pour m’achever. C’était un fondamentaliste moderne, le colocataire de circonstance de mon meilleur ennemi, le genre avec la dernière paire de Air Max, la Playstation, l’album « La racaille sort un disque » de NAP et un DESS en communication, un pur produit d’époque vous dis-je. Sa vitrine modérée ne m’empêchait pourtant pas de l’éviter comme la peste. Point trop d’urbanité n’en faut !

À chaque fois que nous tombions nez-à-nez dans leur minuscule appartement, il tentait systématiquement de me donner la bonne parole avec une conversion à la clé. Je ne pouvais pas lui en vouloir, il était en confiance. Le maire de Vénissieux laissait le fameux Imam gambader dans toute la ville, le plus tranquillement du monde, même devant l’arrêt du bus 48 Express, là où lui et son équipe tenaient la jambe et le crachoir du pauvre malheureux qui n’avait pas son crucifix sur lui. Et pour cause, le noir et la conversion à l’islam, c’est comme les blondes et la conversion à la négrophilie.

Le fameux colocataire de mon meilleur ennemi tenta ce soir là, une énième fois, de me faire adhérer au club en flattant mon surmoi. Mais j’avais un os occipital déficient, les informations avaient du mal à arriver jusqu’à mon égo. Sans compter qu’entre manger et penser il faut choisir et mon camp était tout désigné : je ne crois qu’en ce que je digère. D’ailleurs si j’avais pris ma retraite du milieu en quittant l’équipe de Jésus, ce n’était sûrement pas pour en intégrer une autre. De toute manière, je ne suis déjà pas d’accord avec moi-même, alors avec un Dieu hypothétique…

Mon ennemi et moi étions un couple dysfonctionnel soit. Mais pire, nous n’étions que les deux tiers d’un ménage à trois. Durant ce repas d’adieu, il manquait ce dernier tiers, le mauvais génie de mon meilleur ennemi celui qui faisait le lien parfait entre l’écorché vif et la lame. Ce bon monsieur avait décliné l’invitation. Officiellement pour une obscure histoire de concours « La meilleure crocheteuse de braguette du monde, du soir ». Officieusement d’après lui, Dieu ce sont ceux qui en parlent le moins qui le pratique le mieux. Puis le mauvais génie étant le plus sentimental de nous trois, Ô comme il lui était dur de dire au revoir.

 

Mais nous trois, nous avions une modeste religion où nous étions en communion, où nous ne parlions pas un ballon à la main sur un morceau de playground municipal. Un paradis gratuit et sans engagements. Dorénavant, à 30° à l’ombre, nous serions un de moins sur le terrain de basket. Nous serions un de moins tout court.

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Dernier étage avant le soleil, juillet 2010, 35 degrés.

J’attends qu’Icare fasse une overdose d’UV et repeigne la cour d’entrée. Pour tout vous dire, mon ventilateur s’est suicidé en tentant une énième fois de couper la patte de mon chat qui ne lui veut que du bien. Désormais orphelin et parent à charge, il me faut trouver une raison pour ne rien faire avant que l’on demande mon avis sur les excès d’orgueil de notre monde moderne. Ne posant que rarement des questions, je garde le silence car il est vain de m’extorquer une explication même un verre à la main. Alors, j’ai saboté l’interphone et la sonnette de la porte. Mais il reste le problème du tous connectés, que faire du truc qui sonne lorsqu’on ne lui demande rien? La téléphonie mobile n’engageant que ceux qui appellent, j’ai donné un peu de répit au summum de la technologie pour égoïstes universels. Plus de bip, plus de dring, plus de brrr…

Nous y voilà, un silence de règlement de compte et aucune justice aux alentours. Le paradis pour un impie.

Avec le temps, la canicule tente de me tuer à petit feu comme elle le peut. J’aurais bien voulu être une femme enceinte ou la salle d’attente d’un service gériatrique pour égayer les statistiques. Mais la mort me demande un effort que je ne peux décemment concéder. La gravité ankylosée, les muscles en berne, la bouche trop ouverte pour faire entrer de l’air, je prie pour une estocade comme lorsque l’on prie Dieu, c’est le geste qui compte pas le résultat. Et puis je veux bien souffler d’ennui, en revanche suffoquer jusqu’à l’agonie, c’est une voie sportive dans laquelle je ne peux m’engager sous peine d’y prendre du plaisir avec ma partenaire de lit. Faites l’amour pas les MST qu’ils disaient !

D’ailleurs, le lit et ma libido sont trop loin du salon, cela fait une quinzaine que nous ne nous sommes vus et depuis, la pornographie s’invite même dans mes céréales minceur. Je me dis qu’il est trop tard pour que je me prenne en main. Décidément, j’ai le cœur d’un manchot…

Whouha, pfff, arf, hum, heu… Rien à télécharger, l’été me ramène à la dure réalité nationale de la TNT. La télécommande est peut-être l’avenir de l’homme, mais sans piles neuves, je me contenterai de regarder le monde tourner en boucle par la fenêtre. Un embouteillage de nuages, des émanations de THC par une autre fenêtre et le mauvais goût quasi synchrone des voisins pour les refrains à base d’auto-tune. Un single et une déclaration d’amour en 8 mesures plus tard, rien ne se passe si ce n’est quelques preuves d’amour maternel avec une main et une joue d’enfant à l’étage du dessus, sans oublier l’écho du sex toy du couple d’à côté, dont l’accouchement a dû faire plus de dégâts collatéraux que d’heureux.

Je pourrais le twitter, mais cette mise en abîme finirait par me mettre la tête dans le merdier humain. Être ensemble, tout le temps, mais séparés sans but précis, juste pour donner dans l’humanisme, sans aucune responsabilité. Moi, je ne ressens plus rien et c’est mieux comme ça, c’est mieux pour toi, c’est mieux pour vous. Si je devais aimer, je finirais par voir les gens comme ils sont et je n’aime pas la violence en réunion démocratique et encore moins me salir les mains. Du coup, je les garde dans mes poches et je me surprends à siffler en même temps. Le surmenage me guette.

Un jour quelconque sur Terre à fixer le travail à la chaîne de l’horloge pour donner un peu de sens au vide. En perdition dans ce canapé —défiguré matin après matin par mon chat— où je me sens dans la peau du chauffeur de Miss Daisy. Mais où va-t-on et depuis quand suis-je là ? Nous sommes immobiles, est-ce une fuite d’huile ou de gazole ?

Ma cellule résidentielle commence-t-elle à sentir le faisandé ou ai-je omis de me laver depuis les vacances de la femme de ménage imaginaire ? Ni l’un, ni l’autre. Par mégarde, j’ai oublié une expérience scientifique en cours qui a pour but de définir le stade supérieur de la junk food. À l’oeil et au nez, les fabricants de ronron devraient subventionner mes travaux. Bref, je reprends mes esprits et mes crampes d’estomac en font de même. Mais quelle belle machine que l’homme, capable d’infini pour combattre le temps et réduit à la vacuité de la réalité par ses besoins basiques ! Je fixe l’horizon en restituant péniblement ces mots sur l’accoudoir gauche du canapé jadis blanc, désormais gris —pour le légiste et les archéologues.

Le comble de mon pragmatisme face aux choses, face aux gens, ce n’est pas que je refuse d’appeler à l’aide, mais que j’ai perdu le numéro du traiteur japonais. Alors, depuis j’hésite entre la grève de la faim et le cannibalisme.

Mon canapé, il est un peu comme feu mon banc. Jadis je traînais en bas de chez moi, à présent, je le fais à domicile. Drôle d’époque qui trouve du progrès là où il n’y en a pas. Peut-être que c’est pour notre bien. Peut-être que c’est pour le sien. Je le saurais bien, si un jour, par erreur, je sors de là !

PS : Vous pouvez remplacer le mot canapé par les mots : Femme, Nation, Travail, Religion et enfin celui qui lie tous les précédents les uns aux autres, l’Amour.

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Lundi 19 : 31/08/2005, Part 2 : Orgie conviviale &  Mardi 20 : 31/08/2005, Part 3 : La cigarette d’après

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J’ai la fâcheuse manie d’avoir l’imagination cannibale, voire boulimique, mais aujourd’hui aucune morsure. Je ne suis peut-être plus à son goût. Non, disons plutôt qu’un adultère entre deux jours ouvrables — fait de banalité citoyenne et de politesse économique — ne lui suffit plus. Quant à ses aguichantes avances de folie permanente, je passe mon tour pour le moment, car la liberté est à ce prix lorsque l’on a un mass murder au bout des doigts. Elle, elle me mâche, me recrache et me renvoie dans l’assiette avec les autres, avant le réveil-destin. Les mains dans le pétrin à avaler le purin en souriant jusqu’à en redemander en heures supplémentaires, je ne rentre pas dans le rang car je ne l’ai jamais quitté. Tout cela pour finir par prendre plus de distance que de recul.

Certains portent leur imagination autour du cou, la mienne, cette marâtre, prend toujours plus qu’elle ne donne, mais que ne ferait-on pas pour un rail d’évasion en solitaire, même en charter ? Quitte à ne jamais atteindre le sommeil paradoxal, autant être jetlagué de Frederic Taddéï à William Leymergie. Le problème de la drogue, ce n’est pas de décrocher, ce sont plutôt ses moyens de substitution. Merde, à force d’avoir des rêves en image de synthèse, en plastique, en Wifi, par abonnement avec un morphing et une laisse universelle à la clef, je finis par rêver éveillé et, pire, m’en satisfaire.

Ce soir, je ne trouve pas la nuit et encore moins un coma éthylique, la veine qui sépare mes sourcils froncés ne cesse de danser le derrière cambré en conviant mes tempes à l’agonie aux réjouissances tribales. Que quelqu’un fasse taire mon horloge biologique, avant que je ne coupe définitivement les fils qui ne se touchent plus depuis bien longtemps! Tout est une question de rythme et de mécanisme. Tout est une question d’habitudes et de fin. Je ne demande pas la paix, juste une pause, afin de reprendre mon souffle et d’y laisser mes forces.

Mais la trotteuse me tient en respect en m’agrippant par la partie la plus génocidaire de mon intimité. J’obtempère à ses moindres souhaits pour l’instant, enfin jusqu’au jour de ma vasectomie. D’ici là, on ne le fera plus pour obtenir la paix sociale entre le coït dominical et l’érotisme ménager, mais pour satisfaire le désir de la Chine, sûrement. La géopolitique, c’est comme le couple, c’est une question de latitude et de temps qui passe.

Bref, nous n’y sommes pas encore et j’émets quelques réserves raisonnables quant à mon éventuelle participation à l’affaire en question, la troisième guerre mondiale ne fera pas de prisonniers et le cholestérol non plus. Finalement, je crois que j’ai une montre dans la tête qui me laisse certes mon libre arbitre mais m’indique quand penser.

Le jour J à l’heure H. En pleine transe devant le Dieu écran, la vision trouble et décalée, je frotte nerveusement ma main droite déjà usée contre mon visage trop cabossé en espérant qu’il en jaillisse une idée ou tout du moins mon mauvais génie. Mais personne ne vient. Et quoi de plus logique, il me faudrait une cause à défendre ou un monde à dominer. Il y a trop d’empathie pour si peu d’amour, il y a trop de haters pour si peu de misanthropes.

Mon manque manifeste d’ambition «despotique pour le bien de tous» accrédite la thèse selon laquelle le globe est devenu un terrain vague sans frontières immobilières pour lesquelles mourir dignement.

Maintenant qu’il n’y a plus d’espoir de viol, tout le monde croit en la proctologie. La Terre préfère crever d’ennui que d’une crise cardiaque !

Je ne demande qu’un peu d’ingérence au milieu de cette xénophobie platonique. Mais cette époque de provocations toujours gratuites a accouché de manchots et de culs-de-jatte comme seuls belligérants. À partir de là, je ne distingue plus la légitime défense d’une réunion Tupperware.

Et plus le Journal Officiel façonne une société capitonnée, plus je me dis que je serais en sécurité dans un asile. Soyons dingues, avec un peu de chance j’y trouverais peut-être la folie qui me manque mais aussi le sommeil du juste que mon visage cabossé, ma main usée, mes tempes à l’agonie et ma veine centrale réclament à chacun de mes coups de sang devant le défilé perpétuel des problèmes de cœur et de cul de la grande Histoire des petits hommes !

Apparemment, j’ai une fosse commune à la place du cœur à tous vous regarder au passé, comme des meubles, mais il n’en est rien, je ne suis qu’un marchand de cibles qui distribue les balles…

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«Et plus que du sens, il me fallait dorénavant un but pour ne pas sombrer dans l’oubli ou la rubrique nécrologique…»

Toujours pas de ravalement de façade à l’horizon et l’an 1994 est arrivé, un chronomètre à la main pour me stipuler amicalement mais fermement que c’était cette année ou jamais, au quel cas une brillante carrière de CEO de friteuse dans un fast food m’était toute destinée. J’ai haussé les épaules par habitude en soufflant tout ce que je pouvais, avant de regarder dans le vide en attendant une réponse.
Et sans que je ne m’en rende compte les Rwandais débattaient déjà entre eux de l’épineuse question de l’identité nationale, Kurt Cobain goûtait au feu sacré, Robert Hue donnait ses lettres de noblesse au collier de barbe, Charles Bukowski prenait son ultime biture et les racailles élevées par Lacoste dansaient péniblement nuit et jour le Mia sous ma fenêtre.
Nous étions vraisemblablement en juin lorsque la machine à éphéméride s’est arrêtée pour le grand je m’en foutisme estival et j’avais fortement sollicité mon foi au lieu de ma cervelle.

Concernant ma fibre scolaire, j’avais en moi un tel amour pour la classe de cinquième qu’il m’était tout bonnement impossible de la quitter. Nous nous donnions donc à nouveau rendez-vous en septembre en espérant que les professeurs que j’avais éduqués aient enfin retenu mes enseignements ! Mine de rien je commençais à organiser quelque chose, un sabotage peut-être, mais quelque chose de construit.
Début du tour de France, certains retournent au bled d’où qu’ils soient, même du Morbihan. Quant à nous autres, il nous restait les allers et retours poisseux dans les transports en commun, la vente de fleurs (prises dans les poubelles de la clinique) à l’entrée du cimetière et notre participation à l’explosion démographique de la piscine municipale – si Jésus avait traîné avec nous, lui aussi aurait tenté un aquaplaning en dépit de l’apesanteur et des baigneurs !

Toujours aucun plan A à l’horizon et encore moins de plan B.
Les antennes paraboliques lorgnaient vers leur satellite et moi en direction du goudron qui semblait ramollir sous mes pas sans vraiment me retenir, la moiteur de l’atmosphère n’avait rien de sensuelle et j’en étais déjà à mon 12e Mr Freeze. Pas d’évasion possible, emprisonné sur Terre, parqué dans mon quartier.
Sans leur permission de sortie, économique ou généalogique, les fous tournaient en rond entre les contrôles de police à l’heure du goûter, la philosophie en nocturne et les érections matinales. La chaleur ne faisait pas de prisonniers et les toxicomanes désertaient progressivement le jardin d’enfants, disparition des seringues faisant foi !
De 11h à 23 h, pour limiter la propagation du coma ensoleillé, les plus chômeurs des consommateurs exhibaient leurs hauts parleurs confondant volume et puissance pour se battre en duel de cloison en cloison, de balcon en balcon et de tour en tour. Mais avec les mêmes artistes, les mêmes playlists, le même titre : nous étions plus proches de la  pensée unique que du métissage de paillasson…

Ainsi, à l’heure où les platines laser s’installaient confortablement dans les foyers grâce au CD 2 titres, l’underground était encore une maladie imaginaire. Et à l’époque, même en plein été et en province, «L’agitateur de curiosité» rue de la République rechignait à importer les ogives américaines du moment, d’habitude négligemment entassées dans un bac dénommé colonialement black musique. Devant ce lieu de culte et d’espoir, les plus déviants et marginaux des clients passaient de l’électro à la world, de la new jack au triphop, de la house au HIP HOP*, d’un cd à un autre, puis d’une rangée à une autre. Ceci avait pour effet de produire des rencontres au sommet, aussi inattendues que fructueuses. Les victimes et les bourreaux réunis fraternellement sur l’autel de la culture de masse. Mais une fois les juilletistes en piste pour l’A7, le manque de Bpm se faisait ressentir cruellement et les plus faibles se laissaient conquérir par l’éternel tube de l’été, une fois la fête nationale passée…

Sur mon banc de prédilection, concassé à l’horizontale entre un RMIste et un récidiviste cherchant la verticale, j’ai eu une épiphanie après ma seconde 8.6. ! Puis je l’ai perdue et enfin retrouvée aux alentours de mon second round de déglutissement en public et en stéréo, s’il vous plaît ! J’allais donc donner au peuple ce que la FNAC lui refusait ardemment : une semaine de décalage horaire sur le reste du monde et une classification musicologique.
Devant l’étendue de la tâche qui allait être la mienne j’ai repris une bière pour m’éclaircir les idées pendant que le ciel commençait à s’écraser lentement mais sûrement sur mes paupières juvéniles. Le sommeil du juste vaut bien toutes les vengeances nocturnes.
Le matin suivant à 7h00, surpris par l’horaire et armé d’un stylo fuyant, d’un cahier usagé et de Nesquik dégriffé, j’ai échafaudé malgré moi en quelques colonnes et quelques chiffres, un business plan et un début de carrière.
Après un blackout bien mérité, ma studieuse après-midi fut consacrée au négoce avec mes fournisseurs de supports magnétiques, sans oublier l’obtention d’une carte de membre auprès de mon diffuseur officiel, la médiathèque. Celle-ci possédait une réactivité à écœurer les disquaires plus fonctionnaires que musiciens.
Le temps de gober deux aspirines et des Dragibus, habillé comme un dimanche à la messe, j’entamais timidement mon étude de marché, en prospectant auprès des arrêts de bus bondés emmenant ma clientèle supposée vers ses zones criminogènes ou pavillonnaires.

La demande était bien au rendez-vous et l’argent de poche allait couler à flot.

Le reste de ma semaine fut consacrée à l’histoire contemporaine de la musique au fin fond de la bibliothèque, à l’emprunt à long terme de quelques magazines chez le buraliste, puis à la collecte de fournitures de bureau glanées auprès des Hospices Civils de Lyon.

Ma petite entreprise illégale était née : je compilais, copiais, listais et dessinais des mixtapes en série limitée ou personnalisée pour 50F. La chaîne-hifi en est morte, mais c’était pour la bonne cause…
Mon bureau à ciel ouvert était sur le 3e banc à gauche de la cage d’escalier du bâtiment 35, de 10 h à 19h et en nocturne en fin de semaine. Les contrevenants testant l’interphone après 22 h étaient irrémédiablement alpagués par ma logeuse et en créole qui plus est !
Lorsque la concurrence s’organisa en se spécialisant dans le Funk et le Rap Français, j’ai décidé d’aller voir ce qu’il se passait après le périphérique.
Je partais donc aux aurores faire le tour de la proche campagne les samedis et dimanches sur les marchés, ce qui me permettait de voyager en bus, de voir des gens et des décors, un morceau de la France d’à côté en somme!  Au final, je ne suis pas devenu riche, loin de là, mais j’ai pu assouvir ma passion et la communiquer à mon prochain moyennant finance. La philanthropie beaucoup en parlent, mais peu la pratiquent.
Last night a mixtape save my life !

À 14 ans, en plein été, j’ai appris à mes dépens que la rectitude était la seule folie raisonnable…

* HIP HOP en majuscules parce que KRS ONE le «Teacher» me l’a vociféré à portée de postillons à l’Ecole Normale Supérieure lors d’une conférence sur les cultures urbaines en 2005.

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Note de service : Je n’ai pas appris la discipline à l’armée, ni avec Françoise Dolto – Part 1/2 http://wp.me/pn1lw-1xH

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«Fais pas ci, fais pas ça, mets pas les doigts dans ton nez, finis ton assiette, brosse toi les dents et éteins moi cette foutue veilleuse, l’électricité n’est pas gratuite…»

Enfant, je ne pouvais raisonnablement pas espérer échapper à ce laïus, une Bible braquée sur ma tempe et la vigoureuse main nourricière à portée de joue. Lorsqu’on a été élevé à l’impératif, psaumes après corrections, on ne peut que retourner la faveur à ses créateurs par la négative. Dorénavant, « Non! » sera la réponse pour tout et n’importe quoi, puisqu’il faut avoir des principes, j’ai retenu la leçon, à ma façon.

Les années passèrent en me regardant grandir à l’ombre de la démocratie, tout se négociait au-dessus de ma tête et Dieu n’y était pour rien dans cet adultère à l’échelle mondiale. Hormis l’urgence quotidienne arbitrant notre confort à crédit allant de la promiscuité de classe aux quotas d’indigence en passant par les injustices héréditaires, je trouvais désormais du sens à l’ordre dans le chaos organisé. Objectivement, le mur de Berlin avait trébuché définitivement sur les Hommes, Bouygues avait racheté TF1 pour ses maçons d’employés et le monde ne s’en portait que mieux ! Il faut bien un peu de naïveté pour entretenir l’espoir, non ?

Dès lors j’entendais le bruit sourd de l’humanité me murmurer ses axiomes exclusivement au conditionnel.

À 13 ans, l’impératif était devenu une banale histoire d’acouphène et le champ du possible un terrain vague sans foi ni loi où je pouvais régner en végétant la visière de ma casquette recouvrant mon visage, mes baskets en éventail et un casque sur les oreilles, le volume au maximum afin de parfaire ma surdité.

Ainsi la procrastination hygiénique et le freestyle permanent régissaient les trous de mémoire de mon emploi du temps fait d’ennui traditionnel et d’argent illégitime. L’école était facultative, la violence un préalable, et l’avenir rédhibitoire…

À cette époque où l’amour maternel faisait les 3/8, l’autorité parentale et moi ne nous croisions que très rarement durant le silence pesant du repas dominical. Soyons sérieux, à la rigueur braver l’ordre établi armé d’un rictus, certes, mais le dimanche, Dieu et son fils restaient à mes yeux la meilleure assurance vie sur le marché. Les gens sont croyants avant d’être citoyens !

La semaine reprenait ses droits entre le sabotage en règle du réveil et le façonnage de ma carrière de noctambule. Mais, à chaque fois que je rentrais chez moi en plein milieu de la nuit, de la peinture sur les mains et les vêtements déchirés, au nom du vandalisme et certainement pas de l’art, je soufflais en maudissant le ciel global, puis le sol local. Même l’obscurité la plus crasse ne pouvait cacher la tête de perdant de ce bâtiment – made in Tony Garnier – faisant la joie des dératiseurs, des prétendants à la mairie et des statistiques du rectorat. Et si d’aventure je me surprenais à rentrer dans le droit chemin en m’intégrant durablement, j’allais finir ma vie ici entre l’usine génétique, le PMU œcuménique et l’Hôtel de police, toujours éthylique.

La discipline me mènerait à ma perte et je choisissais le sabordage à la reddition.

Qu’allais-je bien pouvoir faire ? Le suicide n’étant pas une option, la drogue demeurant trop coûteuse, la télévision devenant rébarbative et l’alcool dormant déjà dans mon sang, il ne me restait plus que l’ennui pour combler le vide !

Ma logeuse tentait périodiquement de fabriquer des preuves à charge avec l’aide du dernier souffle de pédopsychiatrie et la prophétique arrivée de la thérapie systématique et remboursée. Une promesse hebdomadaire d’ordres susurrés au conditionnel. Mais c’était peine perdue, j’étais trop malin pour le charlatan en face de moi, mais pas assez pour accepter que j’avais un problème.

La solution à tout avait un nom que tout le monde chuchotait en parlant de moi à la troisième personne: l’armée. C’est toujours mieux que le séminaire ou la trépanation, me direz-vous, enfin quoi que…

Effectivement, la domestication est bien meilleure conseillère que l’acceptation. L’unique bémol à cette réhabilitation annoncée, était qu’il me restait encore 5 années d’errance avant ma majorité pour continuer à m’embourber tranquillement dans les Comics et le HIP HOP.

Pendant ce temps là, 1993 rendait l’âme en laissant le Wu-Tang Clan passer à tabac les tympans dans la pure tradition de «Rodney King», le système D se commuait en régime parlementaire et le gangstérisme ordinaire se professionnalisait un peu trop à mon goût.

Depuis ma fenêtre – nouvellement double vitrée, mais n’atténuant pas les décibels des violences du voisinage – peu de choses séparait le statu quo cathodique de l’anarchie sponsorisée. Au premier étage du lit superposé, je ne voyais pas le vaste monde caché derrière le balcon, simplement un mur. Même en y mettant de la mauvaise foi, j’aurais fini par lui rentrer dedans tôt ou tard. Certains aiment les voyages, moi il me fallait une destination.

Et plus que du sens, il me fallait dorénavant un but pour ne pas sombrer dans l’oubli ou la rubrique nécrologique…

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Note de service : Je n’ai pas appris la discipline à l’armée, ni avec Françoise Dolto – Part 2/2 http://wp.me/pn1lw-1zd

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«Veuillez, si vous le permettez, Ô majestueux téléphone, serrer moins fort le fil qui se trouve présentement autour de mon cou désormais pourpre». Pas de réponse. Votre correspondant est absent ?!

Comment dire…

Je suis apparemment suspendu dans un ciel aqueux – sans plafond, ni sol – où un troupeau de ballons sauteurs en peau de peluche se disputent un emploi de magicien-orthodontiste, en chantant en canon «La Bamba». Baila, Baila la bamba…
Disons que là tout de suite, les paramètres scientifiques et les goûts musicaux de la faune environnante sont le cadet de mes soucis, car l’oxygène commence à me faire défaut et je suis irrésistiblement obnubilé par le sigle PTT me masquant la lumière violacée accompagnant l’odeur de réglisse industrielle qui règne ici-haut ! Téléphone partout, justice nulle part.
Visiblement, un banal problème de communication était à la base de ce contentieux juridique, il me fallait donc y couper court. Mais imaginez un instant la stature de mon adversaire, un S63 couleur kaki ou fiente de basse-cour, me dévisageant de toutes ses touches souillées d’empreintes digitales. Il s’applique à remplir mon quota de traumatismes crâniens en martelant son combiné sur la coquille entourant mon cervelet, tout en compressant ma pomme d’Adam comme pour l’expulser de mon corps, par n’importe quel moyen et peu importe l’issue.

Mais quel crime ignominieux ai-je pu commettre ?
En arrivant ici comme si j’y avais toujours été, je chevauchais paisiblement un skateboard volant en jouant à cache-cache avec mon ombre. Oui, mon ombre est joueuse et pour la garder fidèle et vigoureuse, il me faut la stimuler par quelques jeux «maître/esclave». L’amour d’un couple est à ce prix. Passons, revenons à nos moutons ou plutôt à nos ballons sauteurs. J’étais en train de simuler mon engouement lorsqu’un immense cadran téléphonique domestique apparut subitement, traversant de bout en bout mon champ de vision, jusqu’à imposer son cercle en plastique craquelé comme unique avenir !

Pas besoin de vous préciser que mon ombre avait pris la fuite. Et par l’une de ces curiosités mal placées, j’avançais plus que de raison vers l’obstacle et plissant les yeux, je découvris abasourdi puis excité, des têtes de Présidents occidentaux et assimilés à la place des chiffres arabes.

Interloqué, mon hébétement fut de courte durée. Une voix ressemblant à s’y méprendre à un doublage de télé-achat m’indiqua, enfin m’ordonna, de composer un numéro à 8 chiffres, hum, 8 têtes plutôt, sous peine de «sinon…».
Mon skateboard commençait à paniquer. Je m’exécutais donc, afin d’éviter de n’avoir que le vide sous la partie la plus charnue de mon anatomie. Hésitant d’abord, réfléchissant ensuite, me résignant enfin, ma combinaison fut : «Mitterrand, Franco, Ceauşescu, Thatcher, Giscard d’Estaing, Kohl et Prodi». Recroquevillé sur moi-même entre sueurs froides et bouffées de chaleur, le verdict se faisait attendre et le silence que je chérissais tant d’habitude se commua en une attente insoutenable. Et, dans un roulement de tambour aussi burlesque que militaire, la voix du télé-achat me dit :

– «Perdu, tu as perdu ! Tu es perdu ! Chien d’infidèle, comment oses-tu composer un numéro sans y inclure les démocrates Kadhafi et Ben Ali ! Pour la peine, tu seras puni par le téléphone arabe !!!!»

– «… : concrètement que cela signifie-t-il ? Je veux bien avoir peur, mais il faut une raison valable. Par téléphone «arabe» insinuez-vous la calomnie des tabloïds ou quelque chose de plus raciste ?»

– «Tu te moques chien d’infidèle. Tu périras donc par le téléphone arabe dans d’atroces souffrances faites de mauvais plastique, de combiné inaudible et d’un fil entortillé à l’extrême à ton cou. Ensuite tu écouteras d’interminables digressions adolescentes sur la légitimité de la fellation entre un chewing-gum et le cours suivant, avant que le téléphone arabe ne te raccroche définitivement à la face !».

Un bruit lourd, lent, assourdissant et déchirant l’air et venu de nulle part, en la personne d’un S63 géant, couleur kaki ou fiente de basse-cour se plaça face à moi en lévitant au milieu de la mélasse de nuages. Mon skateboard prit la tangente sans demander son reste en allant rejoindre mon ombre. Mon cou maintenant marié à ce fil, j’attends que se termine mon ultime appel…

La gorge s’asséchant petit à petit, le pouls intermittent et absent, les yeux exorbités et grenadine, l’air sortant plus qu’entrant, un voile opaque puis obscur gagnait ce qu’il restait de ma vie. J’allais mourir par le téléphone, mais sans cancer. Brusquement, au moment de faire pénitence dans une prière en récitant «Ni Dieu, ni maître», le fil du téléphone arabe fut tranché par une fine feuille blanche, austère et administrative. C’était la réforme des PTT – estampillée de son «since 1990» – qui venait réguler le pouvoir des flux en empêchant mon assaillant de me poster vers l’au-delà ou à St-Étienne. La réforme revint tel un boomerang dans les mains ministérielles de Paul Quilès venu à dos de Michel Rocard me délivrer du monopole. Et, au moment fraternel de le remercier chaleureusement, je fus malheureusement comme dans la grande tradition des histoires sans queue ni tête, réveillé par la sonnerie sud-américaine de mon portable ! Putain de merde.

Pourquoi ?! Pourquoi ?! Je vous le demande ?!
Je voulais chasser sans vergogne les ballons sauteurs à peau de peluche en voix d’extinction avec Paul Quilès en surfant sur Michel Rocard, so 80‘s.

Mais 2010 et son anticipation ne laissent aucune chance au rêve.

Alors, la bouche pâteuse, les yeux merdeux et l’apesanteur à ras du sommier, j’étais de retour parmi les gens pressés. Satané temps solaire, satané gadget technologique ! En plus j’ai l’angle d’un bouquin gravé sur le visage pour homologuer cet instant, sans oublier le marécage de salive séchée aux commissures des lèvres.

Rien de pire que des murs pour vous rappeler l’importance de l’espace et je ne prends pas la peine d’évoquer les heures face à l’infini. Du bruit, du bruit, du bruit, toujours du bruit, j’ai comme une envie de débrancher l’espèce humaine une bonne fois pour toute. Une douche, un trône et un thé plus tard, me rendant compte de la logistique que cette entreprise demanderait et compte tenu de l’inertie du nombre, je m’attellerai donc à une plus modeste oeuvre en refaisant le portrait des passants, logé à la terrasse d’un café.

Encastré entre deux tables d’étudiants savants, coincé entre deux débats sur le retour de la morale et les sextoys, j’en viens à fixer avec conviction le marc de ma tasse en espérant qu’il me parle, plutôt que d’en entendre plus, mais je suis sans cesse perturbé par le concerto chaotique et téléphonique des sonneries musicales de l’armée portable, celle-ci me ferait presque regretter la cacophonie des klaxons à l’heure pointe ! Pour être tout à fait honnête, d’aussi loin que je m’en souvienne, le téléphone et moi, n’avons jamais été vraiment amis.

Enfant, pour moi le téléphone signifiait une chose : famille, cabine, carte, appel longue distance et 30 min de créole, en dépit des recommandations de la météo ou de la queue du dimanche soir, qui plus est. Par la suite, ce délateur de communiquant avait la fâcheuse habitude de transmettre à la virgule près la liste exhaustive de mes exploits scolaires du trimestre, voire des suspicions face à mes maladies imaginaires et mes activités de faussaire.
La communication, je l’ai apprise de balcon en balcon ou en suivant à la trace les crachats de mes congénères. Alors cher Alexandre Graham Bell, hormis le téléphone rose, à quoi sert le pot de yaourt de poche si ce n’est à trouver de nouvelles manières de nous jalouser ? Entre l’invention et la révolution il y a la loi du marché. Réalité économique oblige, j’avais un septennat de retard sur les modes des publicités.

Aujourd’hui mon téléphone sonne et je ne sais pas si je dois répondre ou me percer les tympans. Finalement, je le regarderai jusqu’à ce qu’il s’arrête, c’est ce que je fais le plus souvent d’ailleurs. Qui dit répondre à un appel, induit inévitablement une conversation, enfin le mot est bien fort, épanchement mutuel, excuse bancale, dépêche médicale, culpabilité généalogique ou amour maladif, dans la plupart des cas. J’avoue préférer voir les gens, si possible afin de partager un peu de notre temps restant. Ha oui, il paraît qu’on sauve des vies avec la téléphonie, mais dans l’absolu, on en tue aussi.
Je ne cherche pas à vendre quoi que ce soit, moi, en revanche, je sais ce dont je n’ai pas besoin. Malheureusement «le vivre ensemble» débarque avec ses grands sabots pour lier outils et objets.
Seul les imbéciles et les pauvres – qui sont souvent les mêmes personnes à en croire les statistiques – n’ont pas de téléphone de nos jours. Pour avoir avoir un travail et par extension pouvoir manger et se loger, puis avoir une vie sociale, normale ou tout court, il faut avoir le machin d’émission/transmission. J’ai donc acheté un truc mais le travail n’est pas venu, sûrement à cause de la gamme à laquelle appartient celui-ci ! Soit, je l’ai gardé comme on vit avec une maladie, on s’habitue à tout, c’est cela notre magie. Maintenant, le bidule en question fait tout. A savoir quand et qui appeler et comment tout faire avec un doigt, il n’y a plus rien à apprendre, il suffit de réagir au signal !
Franchement, d’un muet à des sourds, parler si naturellement à une chose en lui conférant un peu de sa vie, indique légitimement que la folie est devenue ordinaire. Alors si parler sans voir les gens est une religion, qu’y a-t-il d’absurde à ce que je passe mon temps à chercher le silence dans le bruit ?

Une dernière chose, lorsque je parle seul à voix haute dans la rue, fatigué de ma tête, pourquoi me jugez-vous ? Et pour les autres, si je ne réponds pas, ne m’en voulez pas, ne m’en voulez plus…
Et puis, je ne sais pas pourquoi mais j’ai envie de chanter La Bamba ! Baila, Baila la bamba…

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À Lire En V.2 Ici : http://www.herosordinaires.com/2010/11/22/s-c-p-suicide-collectif-passif-part-1/

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Juste un choix, un shoot, un chut…une chute.

À cette heure de ma vie, en dépit de l’apesanteur et de mon ostéopathe, ma colonne vertébrale fait de la résistance là où mes muscles ont déserté, puis mon front enfin détendu commence à flotter dans le vide en attendant l’impact ou un crissement de pneus. Seul, sans mes œillères d’homme comme il faut, je ne crois qu’en ce que mes paupières m’autorisent à voir une fois sur deux, de l’aveuglement légitime au black-out nécessaire. Le menton décidément greffé au torse, je lutte par intermittence lorsque la fatigue me refait le portrait – à coup de deadlines avortées – entre une paranoïa me préservant des siestes crapuleuses et une anthologie de mes cauchemars enfantins. La nuit ne porte pas conseil, elle sample la veille pour que je finisse par aimer sa chanson.

J’aurai tant aimé avoir une gueule de bois, mais je n’ai qu’un miroir informant devant moi . Épuisé, j’en viens à trembler en effleurant du bout des doigts la maladie de Morvan, et finalement je ne sens plus rien, il est trop tard pour quémander de l’endorphine auprès du silence, voire du vide qui m’entoure affectueusement.

24h par mission impossible et aucun symptôme de schizophrénie pour me donner l’impression du devoir accompli, au moins une fois. Mon compte en banque et mon amour propre puis sale ne mentent pas. Mais malgré la caféine et la timeline des inutilités en cours, ma vue baisse plus rapidement que mes mouvements approximatifs ne ralentissent en tentant une énième fois de rattraper à pied le temps perdu, depuis le réveil et ses bips aux allures de starting-blocks. Tenir, tenir, tenir…
Je ne veux pas dormir, pas encore une fois, pas cette fois, car si je devais en mourir, je n’aurais plus rien à écrire et personne pour me lire. Le culte de l’immédiateté permanente ne pardonne pas l’absence et encore moins la somnolence.

Depuis le fond de la classe contre le radiateur jusqu’à la machine à café et son avancement en passant par le coma à deux à l’horizontal, je ne voulais qu’une overdose de je ne sais quoi, peut-être d’infini, rien d’autre. Mais j’ai eu droit à une insomnie…

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Lundi en lieu et place d’une crise de foi dominicale ou chocolatière, vous trouverez Rythmes & mécanismes S01 E02 RMX, puis mardi l’ultime Teaser en série (30) Moon V.2

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Une boîte au-dessus de nous, une boîte au-dessous de nous, une boîte dans une autre ou l’inverse et peu importe, je continue à la regarder…

Une boîte sur mesure à sang pour sang pour satisfaire le remords de bénitier de mon karma et les aléas économiques du facteur chance. Elle me colle à la peau, elle m’enveloppe comme personne ne le pourra, elle m’emprisonne à jamais jusqu’à l’expiration de ma garantie, elle me préserve de la lucidité de mon âme, elle me réanime puis m’anime mécaniquement dans les bras d’une autre boîte. Une boîte sur mesure sans cloison ni voisin – sauf exception médicale – pour m’affranchir de ses limites, mon petit pied-à-terre en location, un bordel à ADN par dotation, une fabrique à cicatrices en commun, une preuve circonstancielle pour les pompes funèbres, un album de souvenirs pour faire patienter les autres boîtes. Je n’ai rien d’un écorché vif, elle est tout ce que j’ai, mais elle ne m’appartient pas, elle s’appelle revient.

Une boîte à ciel ouvert dans une tête se refermant sur elle-même, un garde-fou moral ou une évasion idéale avec laquelle je dois négocier à chacun de mes pas de travers sur le droit chemin, à chacune de mes respirations coupables une télécommande à la main. Elle demeure l’ultime rempart à la géolocalisation, elle se présente comme un ami imaginaire à défaut d’être présumé, elle me parle selon son bon vouloir avec un ton paternaliste et prophétique, elle ne condamne pas mes outrages journaliers, elle s’en lave les mains en me laissant seul avec un Dieu quelconque pour négocier le pardon prévisible. Une boîte à faire semblant avec ses semblables, je ne pourrais l’offrir à personne en dépit de mes sentiments d’usine, et oui je suis seul avec elle mais au moins je peux rire de tout sans inviter l’avis de tout le monde. Je finis par croire en elle, à défaut de moi-même et plus le temps nous passe dessus au ralenti, plus on l’aime lorsque les morceaux d’Amour profitent des cimetières pour me quitter.

Une boîte ferme et définitive autour de moi, pour toujours, en attendant le dur labeur des lombrics, cette boîte ma dernière maison et ma première fois d’après la réincarnation, j’en viens à regretter mon HLM, l’agoraphobie du covoiturage à la chambre à coucher, et même les autres. Elle ressemble à s’y méprendre à l’ennui mortel durant ma carrière scolaire tout en me rappelant la léthargie au sortir de table lors des réunions consanguines avec patronyme en commun et intimités divergentes. Elle prononce la fin du bonheur des uns et de la litanie des autres, elle provoque le vide et réclame des comptes en mettant la Foi face à ses responsabilités, elle promet l’infini à qui veut l’entendre au lieu d’accepter les faits. Une boîte à faire la fortune des fleuristes, à ritualiser le pèlerinage des fumistes, à faire gémir et pleurer de rire, à construire les iniquités théologiques, à conserver intacts les liens qui nous sanglaient jadis. Je dois dire enfin apaisé que j’ai finalement trouvé sans le savoir ce que j’ai vainement cherché auprès de mon prochain. La paix ? Soyons sérieux, le silence.

Une boîte au-dessus de nous, une boîte au-dessous de nous, une boîte dans une autre ou l’inverse et peu importe, je me ferai incinérer…

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