à l’activisme passif, à la jouissance perpétuelle
Au final, qu’est ce que l’information quand chacun peut la pratiquer ? Sommes-nous encore à l’état de pouvoir de réserve ou simplement dans un système de langage sans dialogue?
Avec l’addiction au zapping des slogans plus que du fond, le choix des sujets à traiter devient largement restreint.
D’un côté, on peut surfer encore 6 mois sur la crise et les apéritifs dinatoires des appareils technocratiques qui l’accompagnent en analysant les faits avec une déontologie voyeuriste et une compassion de circonstance.
De l’autre côté, on peut feindre un anticonformisme en s’autoproclamant oracle de la nouvelle technologie pour tous ou entertainer humaniste, ce qui se résume, à bien y réfléchir, à un vulgaire télé-achat avec l’impression d’être unique ou précurseur en option.
19h43, un mardi soir dans mon bureau
Comme tout le monde, nous constatons puis nous transformons, avec le luxe d’apposer une paternité à nos propos depuis que la connaissance à portée de tous se résume à une succession de dépêches mortes nées.
Ceux qui demandent constamment le journal des bonnes nouvelles espèrent secrètement qu’il n’arrive jamais car l’ennui est l’ennemi du statu quo.
À bien y réfléchir, je regarde plus souvent la fenêtre toujours nouvelle du numérique que celle présentant l’agitation banale du quotidien avec la conviction d’y trouver autre chose, à défaut de quelqu’un. Mais que ce soit d’un côté ou de l’autre du miroir, les observateurs comptent les points et les morts, en prenant soin de ne pas se salir les mains.
Si notre époque se résume au téléchargement machinal, à la dictature de l’avis, à l’exposition permanente de nos égos, à la surenchère du bruit et de l’image, à la multiplication des religions qui ne portent pas de nom, à la certitude que les niches sont l’avenir de la civilisation, à l’activisme passif, à la jouissance perpétuelle, dites vous bien qu’il n’y aura rien à raconter sur la période de l’immédiateté à outrance.
20h01, un mardi soir sur mon bureau
Aujourd’hui, le monde a tourné sur lui même, plus par négligence que par habitude.
Puisque le progrès est acquis, rien n’a d’importance mais tout se vend. Alors la production du vide est plus excitante que la distance qui nous sépare du néant originel.
Tous veulent être différents mais tout en se ressemblant. Il y a ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, certains sont morts, d’autres à la retraite ou encore en vacances professionnelles et personne ne s’en rappellera, mise à part quelques fanatiques pacifistes.
On sent déjà une certaine lassitude face à la lecture sans image, que nous restera-t-il alors lorsque nous serons las de voir et d’entendre ?
Y aura-t-il encore quelqu’un ou quelque chose avec qui parler ?
Ce qui différencie l’intime de l’extime, c’est que le premier veut se souvenir alors que le second prie pour que l’on se souvienne de lui.




trés belle illustration, elle illustrait mon premier billet car j’étais convaincu qu’un blog en vrai ça sert à rien (c’est curieux d’ouvrir un blog avec ce sentiment, hein ?)
mais depuis c’est devenu un lieu d’échanges et de rencontres, je pense, et ça c’est le vrai plaisir dans le blogage : rencontrer et échanger
Très beau texte !!! Merci
Dis, tu peux quand même m’enlever de la mailing list stp, pas besoin d’elle pour te lire entre MS & FB ^^
Bizes.
Très très bon. Bravo, décidément je ne me lasse pas de te lire, en plus j’apprends de mots…!
“Ce qui différencie l’intime de l’extime, c’est que le premier veut se souvenir”, là je suis bien d’accord, “alors que le second prie pour que l’on se souvienne de lui”, par contre sur ce point je suis en partie d’accord car je dirais que ça dépend beaucoup de qui l’on regarde.
Si nous pouvons tous faire le distinguo entre image publique de soi et convictions privées de son être, par contre certains dont c’est parfois l’activité première, peuvent avoir à publicisicer l’intime, par exemple pour créer un produit extime de leur être, comme l’oeuvre d’art (c’est le cas de l’artiste qui, me semble t-il, s’il ne confond pas “sincérité” et “vérité”, principal reproche fait aux écrivains romantiques par ailleurs, doit en toute logique avoir à produire une image de soi dans son oeuvre).
Enfin, les hommes publics tel les politiques, “dans l’action” presque perpétuelle, ont à jouer de ces frontières par nature poreuses entre l’intime et l’extime pour se mettre en scène.
Avec l’émission de télé. psychologisante comme celle de Mireille Dumas “vie privée vie publique” on peut faire deux remarques dans la même veine : le “narcissisme-égotisme” actuel brouille les fontières entre intime et extime, un nouveau besoin de la pyraimide des besoins qui est celui de l’auto-expression ayant semble t-il émergé avec notre époque post-mo./néo-cons./tribalo-marxisante.
De plus, comme disait une conscience éclairée du siècle dernier et je ne sais plus qui : “bientôt, demain, tout le monde connaîtra au moins une fois son 1/4 d’heure de célébrité”. C’est une évolution qui tend à se façonner, et qui n’a donc sûrement pas fini de surprendre.
Mais de toute manière je crois que le mieux c’est encore l’image inaugurale de ton texte qui résume tout et donc sa conclusion qui invite au bavardage. Sur ce, bonne continuation dans la lancée de tout le le travail de décryptage déjà effectué.
Maxence, il nous faut du café et un table pour commencer un début de discussion…
Iep,
Cool ton texte.
C’est toujours un plaisir de te lire un mardi soir à 21h25.
Bonne continuation.
Ce qu’il faut dans l’avalanche des infos qui nous submergent, c’est du sens!
Ce sens là je le retrouve avec un léger recul dans le passé avec Pascal et un peu plus loin avec Socrate.
Le sens aujourd’hui me semble incongru à la vitesse à laquelle le dit sens cherche sa direction, encombré qu’il est dans les médias modernes.
Il n’est pas essentiel de s’interesser à tout et commenter tout. L’information est quasiment caduque à sa lecture.
La seule réalité qu’il me (nous) reste, est de se replonger dans le passé et faire fi du présent. Il y a déjà tant de matière à réflexion…
Juste une citation de Marguerite Duras dans son livre “La vie matérielle”
“Ces aller et retour entre moi et moi, entre vous et moi dans ce temps qui nous est commun.”